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FOOT -GUEDIAWAYE FC: Lumières en tribunes, ombres sur le terrain

Porté par les plus fervents supporters du pays, Guédiawaye FC traverse pourtant l’un des pires débuts de saison de son histoire récente. Dernier, amorphe, fragile, le club s’enfonce dans une crise sportive et institutionnelle qui dépasse largement le terrain.

Dimanche dernier, le 0-3 infligé par l’AS Pikine, pour mettre fin à 14 ans sans victoire, n’a fait que mettre en pleine lumière ce que le classement annonçait déjà. Guédiawaye FC traverse une tempête dont on ne distingue plus le bout. Six matchs, cinq défaites, un nul, un point, un seul but marqué (la pire attaque du championnat) et onze encaissés (la pire défense). Une double faillite qui raconte l’effondrement d’un projet pourtant ambitieux au départ.

Alioune Mbaye fragilisé

Le contraste est saisissant. Dans les tribunes, les Jaune et Bleu restent un modèle de ferveur. Chants continus, tambours, mobilisation massive à chaque rendez-vous. Guédiawaye est peut-être le club le plus vivant du pays… mais seulement en dehors du terrain. Car sur le pré, rien ne répond. Ni le pressing, trop désordonné. Ni les transitions, inexistantes.

Ni les idées de jeu, brouillées par les errements technico-tactiques qui s’accumulent semaine après semaine et un mental défaillant à l’image d’un Mbagnick Basse méconnaissable dans le derby.Forcément, Alioune Mbaye se retrouve en première ligne. L’entraîneur, déjà fragilisé par les mauvais résultats, doit désormais composer avec une rumeur persistante. Celle de la possible nomination d’El Hadji Seck, ancien coach du Stade de Mbour, pour lui succéder.

Une perspective qui nourrit encore un peu plus l’instabilité qui gangrène le club. Mbaye, lui, se veut serein après les rumeurs relayées par le site Sunu Foot Local, qui annonçait sa démission du Guédiawaye FC au lendemain de ce revers dans le derby.

« Avant de diffuser une information, il faut la vérifier. Je suis le principal concerné. S’il y a quelqu’un qui peut démissionner, ce serait moi, ou bien les dirigeants du club pourraient me démettre de mes fonctions et cela fait partie de la vie d’un entraîneur. La seule chose qui lie un coach à un club, ce sont les résultats, et pour l’instant, il n’y en a pas encore. Mais je reste à la disposition de mes dirigeants. Quoi qu’il arrive, je m’y plierai, car j’étais déjà dans une équipe avant de venir à Guédiawaye. Tout ce que je devais au club, je l’ai pratiquement fait. C’est moi qui ai fait monter l’équipe en 2003 et en 2020 », a réagi l’entraîneur des Crabes. Mais la pression est palpable, et son avenir ne tient probablement plus qu’à un fil.

Sans cap ni commandement

Le sportif, pourtant, n’est qu’une partie du problème. En interne, le climat serait lourd, marqué par des tensions entre deux camps opposés, sur fond de rivalités entre Mohamed Dieng et Lat Diop, selon plusieurs sources. Le report de l’Assemblée générale n’a fait qu’amplifier un sentiment d’abandon, comme si la barque du Guédiawaye FC avançait sans capitaine, ballotée par les vents d’un conflit dont personne ne connaît réellement l’issue.Et comme si le chaos n’était pas suffisant, Guédiawaye doit composer avec une punition sévère : une amende de deux millions de francs CFA, une défaite par pénalité face à Sonacos, un point retiré, et trois matchs à huis clos sur terrain neutre. Un coup de massue de plus pour un club déjà au bord de la rupture même si le club aurait fait appel.

Le tableau est sombre, et le derby perdu contre Pikine n’a fait que l’assombrir davantage. Pourtant, tout n’est pas irrémédiable. Le soutien populaire est un socle solide. L’effectif, malgré ses lacunes, possède encore de quoi se rebeller. Mais il faudra une décision forte, une ligne claire, un commandement assumé.

Pour l’instant, Guédiawaye ressemble davantage à un navire livré aux courants qu’à un club prêt à se battre pour rester en vie. Le temps presse. Et dans la banlieue, l’inquiétude grandit. Il faudra rapidement se rebiffer avec un nouveau grand choc dès ce dimanche contre le champion en titre, le Jaraaf de Dakar. Un retour à LSS pour la bande à Moustapha Fanné où il sera question d’honneur et montrer un meilleur visage que celui affiché face au rival de la banlieue.

Mouhamed DIEDHIOU