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INITIATIVES D’ASSAINISSEMENT CITOYEN DANS LES QUARTIERS: Quand la population supplée l’État pour un meilleur cadre de vie

Favoriser le vivre-ensemble, c’est aussi rendre l’environnement plus paisible et agréable dans les quartiers. C’est dans cet esprit que, dans de nombreuses localités, notamment dans la banlieue dakaroise, les habitants ont décidé de prendre à bras-le-corps la question de l’assainissement pour assainir leurs espaces de vie. En période hivernale où plusieurs zones pataugent dans les eaux, la mobilisation citoyenne s’impose comme une réponse à la défaillance des autorités publiques. Face à l’attente et à l’inaction, des populations se sont organisées pour suppléer l’État. L’informé a fait une immersion à Grand-Mbao, où des initiatives citoyennes exemplaires sont menées.

Certes, l’État demeure le garant du cadre de vie, mais il ne peut pas tout faire. Il faut aussi, parfois, la volonté des citoyens d’apporter leur pierre à l’édifice. Comme le disait le président John F. Kennedy : « Ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, mais ce que tu peux faire pour ton pays ».Les Sénégalais semblent avoir fait leur cette maxime. Dans la banlieue dakaroise, une véritable organisation citoyenne s’est mise en place. Les habitants, soucieux de préserver la paix sociale et d’améliorer leur environnement, multiplient les initiatives pour rendre leurs quartiers propres et vivables.

Quand la solidarité devient moteur d’actionÀ Grand-Mbao, commune du département de Pikine, dirigée par le maire Abdou Karim Sall, cet engagement collectif prend forme. Située sur la presqu’île du Cap-Vert, cette localité de près de 30 000 habitants est devenue un modèle d’action communautaire. Pourtant, le défi reste immense : celui de l’assainissement. Chaque hivernage, les maisons se retrouvent envahies par les eaux faute de canalisations adéquates.

Parmi les pionniers de cette initiative, Ousmane Thiane, un jeune homme trapu, au teint noir et passionné de football, témoigne : « J’ai 42 ans, je suis né et j’ai grandi ici. Mais on a l’impression de ne pas avoir d’élus municipaux, encore moins un État à nos côtés. Chaque hivernage, c’est le calvaire. Alors nous avons décidé que cela devait cesser. Nous avons compris qu’il fallait compter d’abord sur nous-mêmes pour développer notre quartier et améliorer notre cadre de vie ».Le comité d’assainissement qu’il a rejoint a d’abord initié des actions de reboisement pour verdir les espaces. Puis, face à l’urgence, les jeunes ont décidé de s’attaquer au problème principal : les eaux stagnantes. « Nous avons tenu plusieurs réunions avec les chefs de quartier et les notables, raconte-t-il.

Ensemble, nous avons décidé de créer nos propres branchements dans les canaux afin que les eaux usées et de pluie s’écoulent directement vers la mer ».Son camarade, Mansour Guéye Diop, renchérit : « Il faut que les populations elles-mêmes trouvent des alternatives pour rendre leur environnement agréable. Beaucoup d’autorités locales ne se soucient pas de nos réalités, souvent parce qu’elles n’habitent pas ici. Devons-nous les attendre ? Non ! Grâce à notre comité d’assainissement, nous avons mobilisé les quartiers et commencé à mettre en place, par nos propres moyens, un réseau efficace d’évacuation des eaux. Et les résultats commencent à se faire sentir ».

L’exemple de Grand-Mbao fait école à Keur Mbaye Fall

Un modèle qui marche se partage. L’expérience de Grand-Mbao a inspiré les habitants de Keur Mbaye Fall, qui l’ont dupliquée dans leur propre quartier. Depuis décembre dernier, les effets sont visibles. Des travaux d’aménagement de caniveaux sont en cours, des gouttières noires sont installées un peu partout pour canaliser les eaux de pluie et usées vers des exutoires adaptés.Mariétou Béye, habitante de Keur Mbaye Fall, témoigne avec soulagement.

Elle dit : « Ce sont les populations qui se sont donné la main pour créer un système d’assainissement. Avant, je devais faire venir un camion de vidange presque chaque semaine pendant l’hivernage, dépensant entre 25 000 et 30 000 FCFA à chaque fois. Aujourd’hui, grâce à ce nouveau réseau créé par les jeunes, mes eaux usées s’évacuent directement vers les canaux. Je revis ! ».

Une contribution citoyenne fixée à 150 000 F CFA

Mais cette initiative citoyenne a un coût. Sans subvention ni appui extérieur, les habitants ont mis en place un système de financement solidaire et accessible. Chaque famille qui souhaite bénéficier du réseau contribue à hauteur de 150 000 FCFA pour l’installation du système d’évacuation des eaux.M. Cissé, trésorier du comité d’initiative de Keur Mbaye Fall, détaille le fonctionnement.

« Chacun verse selon ses moyens. Certains paient la somme complète, d’autres échelonnent les versements en plusieurs tranches. Nous tenons un cahier pour suivre toutes les transactions. Une fois le paiement terminé, nous installons les rigoles et les tuyaux pour évacuer les eaux directement vers la mer », renseigne-t-il.Il précise que le tarif de 150 000 FCFA concerne les propriétaires résidant dans leur maison, tandis que les immeubles locatifs sont facturés à 300 000 FCFA.

Quand la citoyenneté devient levier de développementÀ travers ces initiatives, les habitants de la banlieue dakaroise démontrent que la solidarité, la responsabilité et l’action collective peuvent transformer durablement leur cadre de vie.

Grand-Mbao et Keur Mbaye Fall incarnent désormais une nouvelle forme de citoyenneté active, où la population devient actrice du changement, un modèle à suivre pour bâtir des quartiers propres, résilients et dignes.

Adama AIDARA