DOCTEUR MAÏMOUNA MANÉ, ONCOLOGUE-RADIOTHÉRAPEUTE, CHEF DU SERVICE D’ONCOLOGIE-RADIOTHÉRAPIE DE L’HOPITAL CHEIKH AHMADOU KHADIM DE TOUBA: « Dès qu’on dépasse le nombre de patients par jour, on se retrouve avec un arrêt de la machine d’un ou deux jours »
Face à la panne des appareils de Dalal Jamm et à la fermeture du service de Le Dantec, Touba est aujourd’hui le seul centre au Sénégal à assurer la radiothérapie. Le docteur Maïmouna Mané, chef du service d’oncologie du Centre hospitalier national Cheikh Ahmadou Khadim, alerte sur la surcharge du service, la fragilité des machines et l’urgence d’un renforcement du plateau technique.
Touba dispose de la seule radiothérapie fonctionnelle au Sénégal. Comment fonctionne-t-elle ?
Le service d’oncologie se trouve au Centre hospitalier national Cheikh Ahmadou Khadim de Touba. C’est un service organisé en plusieurs unités : une unité de radiothérapie, une de chimiothérapie et une de chirurgie oncologique. Jusqu’à récemment, la radiothérapie de Touba était la troisième unité après celles de Curie (Le Dantec) et de Dalal Jamm. Comme vous le savez, l’hôpital Le Dantec a fermé ses portes il y a environ deux ans, et le service de Dalal Jamm rencontre actuellement des problèmes techniques. Depuis le 1er septembre, ils ont cessé de recevoir des patients pour la radiothérapie. Aujourd’hui, notre structure est donc la seule au Sénégal à assurer cette prise en charge. Tous les patients, de l’intérieur du pays comme des pays limitrophes, viennent à Touba pour bénéficier des soins de radiothérapie.
Comment faites-vous face à cet afflux massif de patients ?
Nous avons essayé, tant bien que mal, de nous organiser. Sur le plan des ressources humaines, même si nous aurions souhaité disposer de plus de personnels qualifiés, la situation reste gérable. Nous nous efforçons de maintenir les activités de consultation dans des conditions normales. Car, nous recevons des patients de tout le Sénégal, mais aussi des pays voisins qui ne disposent pas de service de radiothérapie : les deux Guinées, la Sierra Leone ou encore le Cap-Vert. Pour y faire face, nous avons mis en place un système de shifts, afin d’assurer la continuité des soins. Cependant, la plus grande difficulté reste liée à la machine de radiothérapie. La radiothérapie repose sur deux machines, des accélérateurs linéaires de particules, qui sont des équipements fragiles. On ne peut pas les pousser à bout ni dépasser un certain seuil d’utilisation. Dès que nous dépassons 50 à 55 patients par jour, la machine finit souvent par s’arrêter pendant un ou deux jours. Cela complique énormément la prise en charge, Car, chaque panne entraîne un ralentissement des traitements en cours.
Que comptez-vous faire pour disposer d’accélérateurs plus performants ?
Dès la mise en service de notre unité de radiothérapie, nous savions qu’un jour viendrait où la demande dépasserait nos capacités. Nous avions donc rédigé un document proposant plusieurs mesures pour anticiper cette situation, notamment en prévoyant une évolution technologique de la machine.Il s’agissait d’intégrer des techniques plus précises et plus performantes qui nous permettraient d’augmenter le nombre de patients traités quotidiennement. Malheureusement, cette mise à niveau n’a pas été réalisée. Aujourd’hui, nous faisons face à une liste d’attente de plus de 300 patients pour la radiothérapie. Et le plus préoccupant, c’est que la maladie, elle, n’attend pas. Chaque jour de retard aggrave les risques pour les patients.
Vous êtes donc toujours confrontés à la question du plateau technique adéquat ?
Effectivement. Nous souhaitons disposer d’un équipement plus performant. Ce que nous demandons n’a rien d’extraordinaire. C’est une amélioration technique tout à fait réalisable. Dans des pays comme la Mauritanie ou le Burkina Faso, ces avancées existent déjà. La machine que nous utilisons peut être améliorée. Il suffit d’y insérer un logiciel spécifique pour bénéficier de techniques de traitement plus modernes et plus efficaces. C’est un peu comme une voiture. Si vous payez pour des options plus avancées, vous avez accès à de meilleures performances. Nous avons simplement demandé ces « options » pour accroître notre capacité de prise en charge et offrir de meilleurs soins aux patients.
Viviane DIATTA

