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EN GARDE A VUE A LA DIC DEPUIS HIER: Aliou Sall et son épouse Aissata dans le viseur du PJF pour des soupçons de blanchiment de capitaux liés au foncier

Dans le viseur du Pool judiciaire financier (PJF) pour des soupçons de blanchiment de capitaux liés au foncier, suite à un report de la CENTIF, Aliou Sall, frère cadet de l’ancien président Macky Sall, et sa femme Aissata Sall, ont passé la nuit en garde à vue à la Division des investigations criminelles (DIC). Un fait que dénonce leur avocat, Me El Hadj Diouf.L’affaire prend une tournure judiciaire majeure.

L’ancien maire de Guédiawaye, Aliou Sall, frère cadet de l’ex-président Macky Sall, et son épouse, Aissata Sall, ont été placés en garde à vue à la Division des investigations criminelles (DIC), hier. Selon des sources proches du dossier, cette mesure découle d’une délégation judiciaire ordonnée par le doyen des juges d’instruction du Pool judiciaire financier (PJF), Idrissa Diarra, sur la base d’un rapport de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF).

Les enquêteurs s’intéressent à des flux financiers jugés suspects, liés à une opération foncière. L’objectif de l’enquête est de déterminer l’origine de ces transactions et d’établir si le couple a pu participer à des opérations de blanchiment de capitaux. D’après les informations recueillies, le rapport de la CENTIF a mis en évidence des mouvements de fonds atypiques sur les comptes bancaires de la société immobilière d’Alioune Sall et de son épouse. Ce signalement a conduit le Parquet général à saisir le PJF, qui a confié les investigations à la DIC.

Les explications d’Aliou Sall aux enquêteursToutefois, la défense conteste fermement les fondements de cette procédure. Devant les enquêteurs, Aliou Sall a tenu à fournir les documents justificatifs de ses activités commerciales. Selon son avocat, Me El Hadj Diouf, il s’agit d’une société immobilière dont l’ancien maire détient 92% du capital, tandis que son épouse en possède 1%. « Il a désigné son épouse comme gérante, car il n’a pas le temps de s’occuper de la gestion quotidienne. Elle lui a donné une procuration lui permettant de négocier avec les partenaires de la société », a précisé Me Diouf, ajoutant que « toutes les opérations financières ont été faites dans les règles, de manière transparente et légale ».L’avocat s’insurge contre ce qu’il considère comme une détention injustifiée.

« Quand M. Sall et madame montrent que tout s’est passé dans les normes, ils n’auraient pas dû passer la nuit à la police. Passer la nuit à la DIC, ça fait désordre », a dénoncé Me Diouf qui subodore une « vendetta politique ». En effet, très offensif, l’avocat estime que cette affaire relève d’un acharnement politique visant l’ancien chef de l’État à travers son frère. « Faute d’avoir mis la main sur le président Macky Sall, on s’acharne sur son jeune frère qui n’a rien fait », a-t-il déclaré, avant de citer La Fontaine : « La raison du plus fort est toujours la meilleure ».L’avocat de pointer une dérive grave judiciaire. « Il faut qu’on arrête de s’amuser avec la liberté des gens. Ce pays est une démocratie respectée, la vitrine de l’Afrique, mais elle est en train de craqueler. On préfère laisser partir des délinquants et d’arrêter des innocents », charge-t-il.

Aucun lien avec l’affaire Petro-Tim

Face aux rumeurs évoquant un lien avec l’affaire Petro-Tim, Me Diouf a apporté un démenti catégorique. « C’est faux, archifaux ! On n’a pas parlé une seule seconde de pétrole. Ce dossier n’a rien à voir avec Petro-Tim ni avec Amadou Sall. C’est une manipulation. Tout le monde, y compris les enquêteurs, est à l’aise, car rien ne peut être reproché au couple Sall », a assené Me Diouf.Le dossier actuellement instruit concerne une opération immobilière au cœur des investigations du Pool judiciaire financier, selon lui. Les enquêteurs cherchent à déterminer s’il s’agit de simples transactions commerciales ou d’un système de blanchiment à travers des circuits fonciers opaques.

Cependant, la dimension politique de l’affaire reste inévitable. Le couple Sall, défendu par un collectif d’avocats composé notamment de Me Ousmane Thiam et Me El Hadj Diouf, sera présenté ce vendredi au juge d’instruction du Pool judiciaire financier. La défense espère une libération immédiate, estimant que le dossier ne contient aucun élément à charge. En parallèle, Léopold Ngom, président du Conseil d’administration du groupe Sertem, est également attendu devant la DIC, dans le cadre du même dossier lié à des transactions foncières.

Mame Ndella FAYE