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Elhadji Maodo Malick Sy : Une vie exceptionnelle au service de la Tijaniyya

La ville sainte de Tivaouane est en effervescence. Ce jeudi 4 septembre, des milliers de fidèles s’y pressent pour célébrer le Maouloud, sous la conduite du Khalife général des Tidianes, Serigne Babacar Sy Mansour. À la veille de ce grand rendez-vous spirituel, L’Informé revient sur le parcours hors du commun de celui qui a implanté la Tijaniyya au Sénégal : El Hadji Maodo Malick Sy

Né en 1855 à Gaya, dans le département de Dagana, El Hadji Malick Sy voit le jour orphelin de père. Élevé par son oncle maternel, il est initié dès son plus jeune âge à la Tijaniyya, confrérie fondée au Maghreb par Cheikh Sidy Ahmed Tijani (1737-1815). Très tôt, il se distingue par sa soif d’apprendre. Entre 1858 et 1870, il fréquente les plus grands foyers islamiques du Sénégal, puis poursuit sa quête de savoir en Mauritanie, au Fouta, au Cayor et au Ndiambour. À seulement 18 ans, il est déjà reconnu comme professeur d’arabe accompli.

Un guide spirituel et savant

À son retour, El Hadji Malick reçoit le wird tidjane et l’Ijaza (parchemin d’autorisation) de l’ordre, conformément aux recommandations d’El Hadji Omar Tall. Fort de cette reconnaissance, il poursuit son chemin de transmission du savoir et de l’orthodoxie islamique, tout en restant fidèle aux principes de la Charia et de la Sunna.

Le pèlerinage et l’installation à Tivaouane

Après son pèlerinage à La Mecque en 1888, Maodo séjourne brièvement en France, puis en Égypte, avant de rentrer au pays. En 1892, il fonde la Zawiya de Saint-Louis, première grande étape de l’expansion tidiane. Mais c’est à Tivaouane, en 1902, sur invitation du commerçant Djibril Guèye, qu’il choisit de s’implanter définitivement. Il y érige la Zawiya centrale, qui deviendra le cœur battant de la confrérie. Avec ses proches compagnons, dont El Hadji Rawane Ngom, il organise à Dakar la première commémoration du Maouloud ou Gamou, marquant un tournant dans la diffusion de la Tijaniyya.

Maodo, maître spirituel et modèle de vie

Plus qu’un enseignant, El Hadji Malick Sy fut un guide spirituel dont l’exemple de piété et de rigueur a marqué des générations. Son œuvre morale et philosophique reste ancrée dans une quête : suivre pas à pas le Prophète (PSL) et son maître Sidy Ahmed Tijani. Maodo laisse derrière lui de nombreux écrits. Son chef-d’œuvre, le « Khilazu-zahab » (l’or décanté), un poème de 1001 vers retraçant la vie du Prophète, demeure une référence dans la littérature islamique. À cela s’ajoutent des ouvrages comme le « Kifayatou Raghibine », traité de droit civil et social, ou encore le « Wassilatoul Mouna », le « Fatihatou Toulaab », et plusieurs autres contributions majeures.

Le témoignage des fidèles

Rappelé à Dieu le 27 juin 1922 à Tivaouane, El Hadji Malick Sy continue d’inspirer. « Tout musulman doit s’inspirer de lui. Nul ne peut avoir du savoir et de la droiture sans Maodo », confie El Hadji Samb, fidèle Tidiane, croisé devant la grand mosquée de la ville sainte. Pour Habib Sokhna Sy, « si le Sénégal fait face à autant de difficultés, c’est parce que nous n’avons pas suivi ses enseignements ». Même son de cloche chez Abdourahmane Diop. « L’héritage de Maodo, comme celui de Serigne Touba ou de Baye Niasse, doit être intégré dans notre système éducatif. Nous avons eu des érudits d’une dimension mondiale, mais nous n’avons pas su tirer profit de leur savoir », dit-il.

Un repère intemporel

Un siècle après sa disparition, l’œuvre d’El Hadji Malick Sy reste vivante. Son modèle de vie, sa pédagogie et sa production intellectuelle demeurent un phare pour la Tijaniyya et pour tout l’islam sénégalais. À Tivaouane, ce Maouloud 2025, marquant la naissance du sceau des prophètes, Seydina Mohamed (PSL), est plus qu’une commémoration. C’est un rappel vibrant que Maodo Malick Sy fut, et reste, une boussole spirituelle pour un peuple en quête de valeurs.

(L’informé)