Traversées périlleuses vers Gorée : Quand Coumba Castel vacille
Lundi dernier, la chaloupe Coumba Castel a frôlé la catastrophe sous une pluie battante et une forte houle en accostant à Gorée. Sauvés in extremis par des habitants de l’île, les passagers rappellent l’urgence de moderniser la flotte, indispensable à la survie économique et touristique de Gorée.
Une traversée à haut risque
Depuis le Port de Dakar, des centaines de Sénégalais et d’étrangers embarquent chaque jour à bord des deux chaloupes pour rallier l’île de Gorée, joyau classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. En période de vacances, la plage de Gorée devient l’un des lieux les plus fréquentés du pays, attirant familles, touristes et curieux. Mais derrière le charme de ce site historique, un problème persiste : la vétusté des embarcations. Le lundi passé, la Coumba Castel, vieille de plus de trente ans, a failli chavirer en accostant sous une pluie battante et une forte houle. Les cris des passagers et les vidéos diffusées en direct sur les réseaux sociaux ont suscité une vive émotion.
Le courage des Goréens
« Le commandant et le personnel étaient dépassés. C’est grâce aux Goréens que le pire a été évité », raconte Amadou Sy, guide touristique et habitant de l’île. Ce soir-là, plusieurs jeunes de Gorée ont plongé à la nage, sous une pluie battante, pour dégager l’hélice encombrée de cordages et amarrer la chaloupe au quai. « Sans nous, ça aurait viré au drame », insiste Amadou, indigné que les Goréens soient systématiquement appelés en renfort sans reconnaissance ni rémunération.
Gorée, une île vibrante
Malgré ces incidents, Gorée reste irrésistible. Ses ruelles pavées bordées de maisons coloniales aux façades ocre et pastel, son atmosphère paisible loin du tumulte dakarois et son poids historique continuent de séduire. Ignace, installé sur l’île depuis plus de six ans, confirme : « Gorée est magnifique. Les visiteurs viennent pour la Maison des Esclaves, la Maison historique, mais aussi pour la plage, les restaurants et les petites boutiques artisanales. » En été, l’afflux est tel que les vendeurs de souvenirs, de pagnes et d’objets sculptés multiplient les stands, tandis que les restaurateurs vivent leur âge d’or. L’économie insulaire tourne à plein régime, au rythme des arrivées des chaloupes.
Les guides, gardiens de la mémoire
Amadou, né et grandi sur l’île, voit cet engouement comme une opportunité et une mission. « Je suis guide surtout les week-ends et en période de vacances. Je veux être un ambassadeur de Gorée, transmettre l’histoire de l’esclavage et de la colonisation. L’histoire n’a pas de prix », explique-t-il. Le tarif, fixé par la mairie, est de 8 000 francs CFA pour une visite individuelle et de 15 000 francs CFA pour les groupes. Les circuits, entièrement à pied, durent entre une et deux heures. « L’île est petite, mais chaque coin a son histoire », ajoute-t-il, évoquant le Fort, la Maison des Esclaves et les Canons de la période coloniale. Pour de nombreux jeunes de Gorée, ce travail saisonnier représente une bouffée d’oxygène économique face au manque d’emplois stables.
Un système vétuste à bout de souffle
Mais Amadou dénonce la précarité des conditions de transport. « Les chaloupes ont plus de 30 ans. Ce n’est plus acceptable. Et en plus, il n’y a pas de Goréens dans l’équipage. Quand il y a des incidents, c’est nous qui plongeons pour sauver les passagers », regrette-t-il. La flotte, limitée à deux embarcations vieillissantes, est insuffisante pour absorber le flux touristique croissant. Retards, pannes et files d’attente interminables au port de Dakar sont devenus la norme. « Même hier (mardi), il y avait encore un problème. C’est décourageant. Et aujourd’hui, beaucoup ont renoncé à venir », souffle Amadou.
Une urgence pour l’avenir de Gorée
L’incident de la Coumba Castel relance le débat sur la sécurité maritime et la gestion du transport vers Gorée. Les habitants, premiers témoins et acteurs de ces incidents, interpellent les autorités. « De nouveaux bateaux doivent voir le jour. Sinon, les gens finiront par ne plus venir. Et ce serait une catastrophe pour Gorée », avertit Moustapha, résident de l’île. Car, au-delà de son symbole historique, Gorée est un moteur économique et culturel essentiel pour Dakar et le Sénégal. Accueillant chaque année des milliers de visiteurs, scolaires, touristes et délégations officielles, la moindre défaillance dans la traversée risque de ternir durablement son image.
(Mame Ndella Faye, L’informé)

