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Fruit en vogue : Le Madd fait saliver… mais attention à l’excès !


Star des marchés en période hivernale, le Madd ou Saba senegalensis est un fruit sauvage prisé pour son goût acidulé, ses vertus médicinales et son importance dans les habitudes alimentaires sénégalaises. Mais entre plaisir gustatif et risque d’excès, comment le consommer intelligemment pour en tirer tous les bienfaits ? Immersiondans les rues de Dakar et auprès des experts.

Le Madd trône fièrement sur les étals des marchés et rues de Dakar, Thiès ou encore Kaolack, entre autres, dès le mois de mai. Cueilli dans les zones rurales, notamment dans la région de la Casamance naturelle, au Fouladou et une partie du Saloum, ce fruit pousse à l’état sauvage sur une liane robuste appartenant à la famille des Apocynaceae. Il est récolté à la main, souvent par des femmes rurales, qui en tirent un revenu saisonnier non négligeable.

Un fruit sauvage qui a conquis les palais urbains

« Le Madd, c’est notre mangue à nous », plaisante Aissatou, marchande au marché Tilène de Ziguinchor. « Il pousse sans engrais, sans produits chimiques. C’est la nature pure », nous édifie-t-elle.

Son goût ? Un savant mélange de citron, de tamarin et de baobab, qui explose en bouche dès la première bouchée. On le mange nature, en pâte, en jus, ou préparé dans de petits sachets vendus à la sauvette, avec sucre, sel et piment.

Un cocktail de nutriments et de vertus médicinales

Le Saba senegalensis est un fruit d’une densité nutritionnelle exceptionnelle. Sa pulpe est riche en vitamine C (qui stimule le système immunitaire, combat la fatigue et les infections), en vitamine B1, B2, B3, B6 (qui joue un rôle clé dans la production d’énergie et le bon fonctionnement du système nerveux), en minéraux (calcium pour les os, potassium pour la régulation de la tension artérielle, fer contre l’anémie, magnésium pour les muscles), en fibres alimentaires (qui favorisent la digestion et la sensation de satiété) et en antioxydants (flavonoïdes et polyphénols, qui combattent le vieillissement cellulaire).

Mais ce n’est pas tout. Dans la pharmacopée traditionnelle, la plante est aussi utilisée pour soigner diverses affections. Ses feuilles sont employées en décoction contre les troubles digestifs, tandis que les racines sont parfois utilisées pour traiter la stérilité féminine ou comme aphrodisiaque.

Une gourmandise qui peut aussi faire mal

Le revers de la médaille, c’est l’excès. Consommé de manière abusive, le Madd peut devenir problématique. Sa forte acidité naturelle est susceptible d’entraîner des brûlures d’estomac, des irritations gastriques, voire des ulcères chez les personnes sensibles.

L’autre danger, selon la nutritionniste coach Ndéye, vient des additifs utilisés pour l’accommoder. « Trop de sucre augmente le risque de diabète, trop de sel favorise l’hypertension, et le piment, combiné à l’acide du fruit, devient agressif pour l’estomac », previent-elle. Elle recommande de « savourer le fruit nature ou légèrement assaisonné, sans excès ».

Autre point d’attention. C’est le fait que l’acidité du Madd peut aussi fragiliser l’émail des dents. D’où l’importance d’un brossage régulier après sa consommation.

La consommation raisonnée, entre tradition et innovation

À l’ère du « consommer local », le Madd s’inscrit dans une dynamique de valorisation des produits du terroir. Plusieurs startups sénégalaises transforment désormais ce fruit en confitures artisanales, jus naturels ou même sirops bio, dans le respect des normes sanitaires.

« C’est un produit qui a un fort potentiel d’exportation », estime Pape Faye, transformateur basé à Thiès. « On peut en faire des bonbons, des glaces, des boissons énergétiques locales. Le défi, c’est la conservation », dit-il.

En effet, le fruit fermente vite à l’air libre. Pour une meilleure conservation, il est conseillé de le réfrigérer dans un sac papier ou un bac à fruits pendant 3 à 5 jours. Aussi, d’en extraire la pulpe pour la congeler. A défaut, le transformer en jus ou confiture, puis le pasteuriser et le mettre en bocal hermétique.

Un patrimoine culinaire et identitaire

Le Madd est bien plus qu’un simple fruit. C’est une empreinte culturelle, une gourmandise intergénérationnelle qui rassemble. Il évoque les après-midi d’enfance, les collations de retour d’école, ou encore les discussions entre amies sous l’arbre du quartier.

Dans les milieux urbains, le fruit est aussi devenu un phénomène social. Les vendeuses de Madd, souvent jeunes, créent des recettes innovantes et attirent une clientèle fidèle sur les réseaux sociaux. Certaines partagent même leurs préparations en live sur TikTok, transformant le fruit en véritable star digitale de la street food sénégalaise.

Délicieux, naturel, nutritif, le Madd mérite sa place de choix dans l’alimentation sénégalaise. Mais comme toute gourmandise, il doit être consommé avec mesure et conscience. C’est dans cet équilibre entre tradition, plaisir et santé que réside la richesse de ce fruit unique, témoin des savoirs populaires et des bienfaits de la biodiversité locale.

Linfo quotidien