Actualité

Chronique: entre liberté de Ton et confusion des rôles – Qu’est ce qu’un chroniqueur aujourd’hui ? Et qu’est qu’une chronique?

Voilà des questions simples en apparence, mais complexes dès qu’on tente d’y répondre dans le contexte sénégalais.La chronique, dans sa définition classique, est un récit ancré dans le temps, dans lequel les faits sont restitués dans leur ordre chronologique. Mais elle est bien plus qu’un simple enchaînement d’événements : elle est subjective, engagée, personnelle. Le chroniqueur n’est pas qu’un témoin ; il est un observateur critique qui propose une lecture de la réalité, un prisme assumé sur les faits du monde.À ce titre, le journaliste est en principe le plus légitime à exercer cet art, de par sa formation, sa rigueur, son éthique. Mais il n’est pas seul. Tout individu disposant d’une solide expérience – disons dix ans ou plus – dans un domaine précis (culture, économie, santé, sport…) peut revendiquer un droit à la chronique. Le problème ? C’est que chez nous, au Sénégal, tout le monde est chroniqueur.Une société où “l’homme qui sait tout” s’exprime partout, tout le temps, sans filtre ni recul. Et surtout, avec une fâcheuse tendance à confondre “wakh sa khalat” (donner son avis) avec produire une véritable chronique argumentée, documentée, responsable. Le phénomène est exacerbé par la place hégémonique du politique dans l’espace médiatique : on oublie qu’on peut être chroniqueur en mode, en technologie, en sport ou même en cuisine.Mais la chronique devient un sujet brûlant quand elle bouscule les puissants.C’est dans ce contexte que s’inscrivent les récentes déclarations d’Ousmane Sonko, président du parti Pastef et chef du gouvernement. Son discours, jugé par certains comme une tentative d’intimidation envers la société civile et les voix critiques, soulève l’inquiétude. Des propos que certains qualifient même d’abus de pouvoir et qui, potentiellement, peuvent fragiliser les fondements démocratiques.Car les voix dissonantes sont de plus en plus étouffées.Des chroniqueurs interpellés, poursuivis, emprisonnés : la liste s’allonge. Badara Gadiaga, inculpé ce lundi pour offense au chef de l’État, diffusion de fausses nouvelles, atteinte aux bonnes mœurs, est le dernier en date. Avant lui, Abdou Nguer, Moustapha Diakhaté, Ahmed Suzanne Camara, Assane Diouf… Autant de figures médiatiques tombées sous le coup de la loi.Et pourtant, n’est-ce pas leur rôle de poser les bonnes questions ? De refléter les préoccupations du peuple ?Alors, le métier de chroniqueur est-il devenu dangereux ?Ou est-il simplement trop libre pour un système qui peine à encadrer la parole sans la bâillonner ?La question devient plus vaste encore : la liberté d’expression est-elle en péril ?Une équation à plusieurs inconnues, dans un climat où le verbe dérange, où l’opinion choque, où la nuance disparaît.Certains appellent l’État et la justice à mettre fin aux dérives observées sur les plateaux télé, les radios, les webséries et les réseaux sociaux. D’autres dénoncent la posture de certains chroniqueurs, en quête de buzz plutôt que de vérité, qui se rêvent juges, avocats, procureurs ou stars de télé, tout sauf journalistes.Chroniqueurs sans formation, discours polarisés, posture de clash, absence de rigueur… La chronique devient alors une arme à double tranchant.Mais dans un pays où le débat public est vital, où l’argumentation construit la citoyenneté, il devient urgent de repenser le rôle de ces voix médiatiques.Car entre engagement citoyen et responsabilité professionnelle, la chronique reste et  »doit rester  » « un miroir » de notre  »démocratie ». Et tout miroir, même brisé, renvoie une image qu’il faut savoir lire.