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DOCTEUR PAPE SAMBA DIÈYE, DIRECTEUR DU COUS: « Nous avons élaboré un plan de préparation et de réponse adossé au dispositif médical des Jeux olympiques »

Dakar sapprête à accueillir 2 700 athlètes de 206 délégations, répartis sur trois sites, à loccasion des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ). À la veille de louverture ces jeux, le Dr Pape Samba Dièye, directeur du Centre des opérations durgence sanitaire (COUS), détaille le dispositif de prévention et de réponse aux risques sanitaires.

Docteur, dans quel contexte sanitaire se tiennent ces JOJ ?


Les Jeux olympiques de la jeunesse vont réunir plus de 2 700 athlètes et environ 206 délégations durant deux semaines de compétition. Ils se dérouleront dans trois zones : Dakar, Diamniadio et Saly, où seront installés des postes médicaux avancés. Ces Jeux se tiennent toutefois dans un contexte sanitaire particulier, marqué par la maladie à virus Ebola, qui constitue une urgence de santé publique de portée internationale, ainsi que par une épidémie de diphtérie en cours sur le territoire national. La fin de la saison des pluies saccompagne également de risques liés aux maladies vectorielles, notamment la dengue, le paludisme et la fièvre de la vallée du Rift. Il faut aussi prendre en compte les risques de vagues de chaleur et daccidents de transport.

Quel dispositif avez-vous mis en place pour y faire face ?
Nous avons élaboré un plan de préparation et de réponse adossé au dispositif médical des Jeux olympiques. Lobjectif est de disposer dun mécanisme intégré, multisectoriel, couvrant tous les risques et pouvant être activé rapidement. Il sagit notamment de rendre opérationnel un système de gestion des incidents, avec des seuils dactivation clairement définis. Nous disposons également dune matrice des risques actualisée à laide de loutil STAR et dun système de surveillance renforcé sur lensemble des sites de compétition et dans les villages olympiques.
Les circuits de transport des échantillons et des patients suspects sont testés au moyen dexercices de simulation. Des rapports de situation quotidiens sont également prévus. Avant les JOJ, nous avons procédé à une évaluation afin didentifier les risques prioritaires. Parmi les risques élevés figurent les maladies vectorielles, notamment la dengue et le paludisme, ainsi que limportation dun cas dEbola. Les vagues de chaleur, les événements climatiques et la fièvre de la vallée du Rift ont été classés parmi les risques modérés.
Dautres risques ont été considérés comme faibles, notamment les maladies diarrhéiques, le mpox, les méningites, les bousculades, les cyberattaques et les menaces nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques. Concernant spécifiquement Ebola, une première évaluation avait été réalisée au début de lépidémie, alors quaucun cas navait été signalé en Afrique de lOuest. Avec les experts nationaux, nous avions alors retenu un risque faible. Mais après limportation dun cas au Nigeria, une réévaluation a été effectuée le 22 octobre dernier. Nous sommes passés dun risque faible à un risque élevé, la probabilité dimportation ayant elle-même augmenté.

Concrètement, comment fonctionne le système dalerte ?
Nous avons cinq niveaux dactivation. Le niveau 0 correspond à la veille renforcée et à la surveillance épidémiologique. Pendant les Jeux, nous passons au niveau 1, qui correspond à une activation légère. Ce dispositif permet de renforcer lalerte, de vérifier les informations et de déployer rapidement une réponse sur le terrain. Lorsquun cas suspect est détecté, que ce soit dans un village olympique ou à un point dentrée, nous passons au niveau 2. Cela permet de mener les investigations et de prendre les mesures de contrôle nécessaires.
En cas de survenue dune épidémie ou de concrétisation dune menace, nous passons au niveau 3, avec une activation complète et la mobilisation de renforts. Enfin, le niveau 4 correspond à une crise majeure nécessitant une réponse intersectorielle, avec, éventuellement, le déclenchement du plan ORSEC. Ce plan comporte au total seize piliers, allant de la gouvernance à la surveillance, en passant par les points dentrée, les laboratoires, la prévention et le contrôle des infections, les soins avec le SAMU national, la communication sur les risques et les contre-mesures médicales.
Notre objectif est clair : toute menace doit être détectée dans les 24 heures, au moins 90% des menaces doivent faire lobjet dinvestigations et les postes médicaux avancés doivent être pleinement opérationnels. Les stocks critiques ont déjà été constitués et mis en place. Nous allons également produire chaque jour un rapport de situation, appelé SITREP. Le médecin-chef des Jeux nous a demandé de démarrer cette production et le premier rapport devrait être disponible aujourdhui.

Quel est le protocole Ebola pour les 206 délégations attendues ?


Pour Ebola, nous prévoyons une évaluation individuelle des risques pour lensemble des participants, selon trois catégories. La catégorie A concerne les personnes qui nont pas séjourné dans une zone affectée. Elles recevront des informations sur les mesures de prévention et la conduite à tenir. La catégorie B regroupe les personnes ayant séjourné dans une zone épidémique, sans exposition connue. Elles bénéficieront dun suivi quotidien pendant 21 jours. La catégorie C concerne les personnes à haut risque, ayant séjourné dans une zone épidémique avec une exposition connue. Nous préconisons quelles ne voyagent pas. Il appartient aux pays concernés de prendre les dispositions nécessaires pour éviter leur déplacement vers le Sénégal. Si elles arrivent malgré tout sur le territoire, elles devront être identifiées et isolées pendant 21 jours. À leur retour, les autorités sanitaires de leur pays et leur délégation seront informées par les canaux prévus.

Et pour la diphtérie, qui circule actuellement au Sénégal ?


La situation est sous contrôle. Nous disposons dun système de gestion des incidents qui coordonne les activités de réponse sur le terrain. Nous observons une tendance à la baisse des cas. Dans les zones accueillant les Jeux, seul le district de Diamniadio a notifié des cas positifs de diphtérie au cours de la dernière semaine. Dans le cadre des JOJ, nous recommandons aux volontaires, aux soignants et aux prestataires de vérifier leur statut vaccinal et, surtout, dappliquer les précautions standards afin de limiter les risques dexposition des athlètes et des autres membres des délégations.
Nous recommandons également aux délégations de vérifier le statut vaccinal de leurs membres avant leur départ et de respecter les mesures dhygiène dans les villages olympiques. Pour la surveillance, nous avons diffusé les définitions de cas et les fiches de notification. Concernant la prise en charge, un algorithme validé a déjà été transmis au COJOJ et est disponible sur les différents sites. Des antibiotiques et de lantitoxine diphtérique sont également prévus pour la prise en charge des cas.

Propos recueillis par
Viviane DIATTA