RÉFORME DE LA SANTÉ DE PROXIMITÉ: Le Sénégal veut mettre fin à la précarité des acteurs communautaires
Le secrétaire général du ministère de la Santé et de lHygiène publique, Leroux Dramé, a validé, hier, les orientations dune réforme visant à faire de la santé de proximité un pilier de la Couverture sanitaire universelle. Celle-ci doit notamment prendre en compte le statut, la rémunération et lintégration de 43 344 acteurs communautaires au système de santé.
Le ministère de la Santé et de lHygiène publique veut mettre fin à la précarité des « bajenu gox », des relais et des dispensateurs de soins à domicile (DSDOM). Présidant hier la réunion du Comité de pilotage de la réforme de la politique de santé communautaire, le secrétaire général du ministère, Leroux Dramé, a rappelé les progrès réalisés depuis ladoption de la stratégie nationale de santé communautaire en 2013. Toutefois, a-t-il souligné, le contexte a profondément changé.
« Les maladies non transmissibles progressent, les épidémies, les menaces environnementales, le changement climatique et les crises mettent nos communautés à lépreuve. De nouveaux besoins saffirment, la santé mentale, le vieillissement, le handicap, et léquité de genre. Les attentes de nos concitoyens sont justement plus fortes », a-t-il déclaré. Il a également salué lengagement des acteurs communautaires qui, souvent bénévolement, assurent laccès aux soins jusque dans les zones les plus reculées.
Selon lui, la riposte aux épidémies rappelle que, sans mobilisation communautaire pour la recherche des cas, le suivi des contacts et la vaccination, aucune réponse ne peut être durable. « Notre modèle communautaire doit donc évoluer à profondeur. La réforme vise à repositionner la santé communautaire comme pilier de la gouvernance universelle autour de quatre exigences. Une gouvernance renforcée, des services de qualité mieux intégrés au système de santé, un financement personnel et une appropriation locale effective. Elle sinscrit pleinement dans les orientations de lUnion africaine et de la CDEAO en matière de santé communautaire », a expliqué M. Dramé.
Il estime ainsi que la professionnalisation des acteurs communautaires est devenue impérative. « Votre proximité avec les populations, votre engagement quotidien et votre rôle de remède entre les services de santé et les communautés font de vous les artisans incontournables de sa réussite. Cette réforme se fera avec vous et pour vous », a-t-il assuré.
43 344 acteurs communautaires sans statut unifié
Ce constat est partagé par le directeur général de la Santé, le Dr Youssouf Tine, qui a présenté un diagnostic sans détour de la situation. Grâce à la digitalisation du recensement, 43 344 acteurs communautaires ont été identifiés. Ils restent toutefois sans statut unifié, sans corps daccueil, sans plan de carrière, sans rémunération régulière ni protection sociale.
« Sept profils sans reconnaissance statutaire homogène ont été identifiés. Il ny a pas de corps daccueil ni de parcours professionnel clairement identifiés. La rémunération publique durable est difficile sans statut. Les implications pour la réforme consistent à définir clairement les catégories et responsabilités, choisir une voie dintégration juridique, relier statut, certification et rémunération, clarifier les niveaux de gouvernance », a relevé le DGS. Pour lui, labsence de statut constitue une cause structurelle des difficultés du secteur, au-delà de sa dimension sociale.
Le Dr Tine a également déploré une gouvernance fragmentée, marquée par la multiplicité des cadres de coordination, le fonctionnement irrégulier des instances et un pilotage vertical par programme. « Il est extrêmement difficile davoir une vision globale des activités et de la mise en uvre au sein des programmes », a-t-il précisé.
Pour y remédier, il préconise un pilotage national clair, des cadres de coordination fonctionnels et une définition précise des rôles à chaque niveau. Il recommande également daligner les interventions des partenaires et des collectivités territoriales sur les priorités nationales.
Sur le plan des ressources humaines, le diagnostic reste préoccupant : la santé communautaire repose sur une main-duvre importante, mais précaire. « Ces ressources sont indispensables et socialement reconnues, mais sans formation diplômante, sans plan de carrière, sans rémunération régulière ni protection sociale, le système est voué à léchec. Les besoins de professionnalisation sont pressants, il faut travailler sur linfluence des compétences et la formation certifiant », a-t-il recommandé.
Seuls 22% des professionnels de santé consultés jugent le paquet de services adapté
Le DGS a aussi relevé des insuffisances dans loffre de services et lapprovisionnement en intrants. Certains services ne répondent plus suffisamment aux besoins des populations, notamment face à la progression des maladies non transmissibles, pour lesquelles la communication et la prévention restent insuffisantes. Ainsi, seuls 22% des professionnels de santé consultés jugent le paquet de services adapté. Les ruptures récurrentes dintrants et le manque de visibilité sur leur consommation compromettent également la continuité et la qualité des prestations.
Concernant le financement, le Dr Tine a souligné la nécessité de mobiliser des ressources nationales dédiées, alors que la dépendance aux partenaires techniques et financiers persiste. « Actuellement, il ny a pas de ligne budgétaire identifiée. Les financements sont fragmentés et peu prévisibles, il y a aussi une traçabilité limitée du niveau de décentralisation », a-t-il indiqué.
Viviane DIATTA

