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LANCEMENT DE LA PLATEFORME NUMÉRIQUE DE LARP: Vers la fin des dossiers qui traînent plus dun an

LAgence sénégalaise de réglementation pharmaceutique (ARP) a lancé, hier, sa plateforme numérique dhomologation des médicaments. Lobjectif est notamment de mettre fin aux délais de traitement dépassant un an, alors que le délai réglementaire est de 120 jours, de sécuriser les médicaments et dattirer les investisseurs pour produire localement 50% des besoins du pays dici à 2035.

Le Sénégal digitalise le cur de sa souveraineté sanitaire. Hier, lAgence sénégalaise de réglementation pharmaceutique (ARP) a lancé sa plateforme numérique dhomologation des médicaments. À cette occasion, la directrice de cabinet du ministère de la Santé et de lHygiène publique a rappelé que lAgenda national de transformation Sénégal 2050 accorde une place stratégique à la santé, notamment à travers lintensification de la prévention et la digitalisation intégrale du secteur.
Véritable pilier de la Lettre de politique sectorielle, cette transition numérique constitue, de lavis du Dr Ndèye Maguette Ndiaye, la deuxième grande priorité, après le renforcement des plateaux techniques. Dans cette dynamique, elle a cité le dossier patient informatisé, associé à un numéro unique de santé, et le futur Centre national dintelligence sanitaire, qui intégrera lintelligence artificielle.
Mais, souligne-t-elle, ce lancement touche un aspect particulièrement sensible du quotidien. « Derrière le langage technique de la réglementation, il y a une réalité profondément humaine : la vie et la santé de nos concitoyens. Lorsquun père ou une mère de famille sapproche dun comptoir de pharmacie, sa seule certitude doit être que le médicament quon lui délivre est sûr, efficace et de qualité irréprochable », déclare le Dr Ndiaye.
Pour la directrice de cabinet, lhomologation nest pas une simple formalité. Elle constitue le premier bouclier qui protège les familles et garantit la dignité des soins. « Cest ce pacte de confiance et dhumanité que nous renouvelons aujourdhui », assure-t-elle, soulignant que la nouvelle plateforme change radicalement les méthodes de lARP. « À travers une traçabilité intégrale, le dépôt des dossiers au format CTD et leur instruction seffectuent désormais sur un portail unique. Chaque étape est tracée, chaque décision est documentée et chaque délai dinstruction devient mesurable et pilotable en temps réel », explique le Dr Ndiaye.
« Le module dhomologation constitue le socle du système dinformation global et intégré de régulation. Sa base servira de référentiel central pour interconnecter limportation, les essais cliniques, loctroi des licences, la libération des lots et la pharmacovigilance », développe-t-elle.

« Certains dossiers attendent plus dune année »
Pour la tutelle, cette réforme représente aussi un enjeu de souveraineté sanitaire, en offrant aux investisseurs et aux producteurs locaux un cadre clair, prévisible et débarrassé des lourdeurs inutiles. « Nous bâtissons, aux côtés dinstitutions clés comme lAPIX, une industrie pharmaceutique nationale forte, résiliente et souveraine », affirme le Dr Ndiaye.
Face aux opérateurs pharmaceutiques, la directrice générale de lARP a reconnu les lenteurs qui affectent le traitement des dossiers. Le Dr Aïssatou Sougou souligne quune autorité de réglementation ne se mesure pas uniquement à la rigueur de ses exigences, mais aussi à sa capacité à rendre des décisions fiables et transparentes dans des délais prévisibles. « Chaque année, lARP traite des milliers de dossiers dautorisation de mise sur le marché. Notre délai réglementaire est de 120 jours. Pourtant, certains dossiers, nous lavouons, peuvent aujourdhui attendre plus dune année. Nous devons avoir la lucidité de le reconnaître. Cette situation nest satisfaisante ni pour les opérateurs, ni pour notre institution, ni pour notre système de santé. La transparence commence par la capacité à reconnaître ce qui doit changer », déclare-t-elle.
Avec cette nouvelle plateforme, les opérateurs pourront soumettre leurs dossiers en ligne et suivre leur évolution. LARP disposera, quant à elle, dune meilleure traçabilité de ses procédures. Pour le Dr Sougou, le numérique constitue lun des meilleurs alliés de lintégrité pour un régulateur. « Mais la technologie seule ne suffit pas. Elle doit saccompagner dune transformation de nos méthodes, dune responsabilisation accrue de nos équipes et dune véritable culture de la performance », précise la directrice générale.

LARP vise le niveau de maturité 4
Le Dr Aïssatou Sougou rappelle quen 2024, le Sénégal a atteint le niveau de maturité 3 (ML3) de lOrganisation mondiale de la santé (OMS) pour la régulation des médicaments. Aujourdhui, lARP prépare lévaluation formelle de lOMS pour les vaccins, prévue en décembre 2026, avec lambition datteindre le niveau 4 et dintégrer le cercle des autorités réglementaires de statut mondial en 2027. « Au fond, nous ne réglementons pas seulement les médicaments, nous protégeons des vies », souligne-t-elle.
Le président de lOrdre des pharmaciens du Sénégal a, pour sa part, replacé cette réforme dans sa dimension économique. Pour le Dr Mbaye Aw, avant de parvenir au patient, un médicament doit franchir une étape essentielle : lautorisation de mise sur le marché. Selon lui, cette plateforme ne saurait être considérée comme une simple innovation technologique. Elle constitue une avancée dans le renforcement de la chaîne de confiance qui relie le médicament au patient. « Notre pays demeure fortement dépendant des importations, qui représentent encore 95% de son approvisionnement en médicaments. Face à cela, lobjectif de lÉtat de couvrir 50% de ses besoins en médicaments par la production locale à lhorizon 2035 est ambitieux. Mais nous devons garder à lesprit quil ne peut y avoir de souveraineté pharmaceutique durable sans une industrie nationale compétitive, et quil ne peut y avoir dindustrie pharmaceutique compétitive sans un système de réglementation performant, crédible et prévisible », relève le Dr Aw.
Le président de lOrdre des pharmaciens a également alerté sur le trafic illicite de médicaments, un fléau qui fragilise la souveraineté pharmaceutique et dont la lutte constitue, selon lui, un enjeu majeur de santé publique.

Viviane DIATTA