SANTÉ EN AFRIQUE DE L’OUEST: L’OMS dit stop à la formation au rabais des infirmiers
Douze écoles renforcées, huit établissements accompagnés vers laccréditation et quinze laboratoires mis en place. Cest le bilan du projet « Classroom to Care », mené au Mali, au Niger et au Sénégal. Réunis, hier, à Dakar, pour un forum régional sur les ressources humaines en santé, lOrganisation mondiale de la santé (OMS) et le ministère de la Santé appellent à ne plus seulement former davantage, mais à mieux former pour bâtir des systèmes de santé résilients.
Le forum régional consacré aux ressources humaines pour la santé en Afrique de lOuest sest ouvert, hier, à Dakar, sur le thème : « Quelles compétences aujourdhui pour des systèmes de santé plus solides ? ». Un thème qui, de lavis du représentant résident de lOMS au Sénégal, porte un message particulièrement important pour la région. Le Dr Yao Nda Konan plaide pour un système de santé résilient, équitable et performant, doté de personnels compétents, disponibles, motivés et équitablement répartis.
« Les infirmiers et les infirmières occupent à cet égard une place essentielle. Ils sont au cur des soins de santé primaires, de la santé maternelle et infantile, de la prévention, mais également de la continuité des services et de la réponse aux urgences sanitaires », a rappelé le représentant de lOMS. Dans un contexte dévolution constante des innovations médicales et thérapeutiques, investir dans leurs compétences revient, selon lui, à investir directement dans la qualité des soins, la sécurité des patients et la capacité du système de santé à répondre durablement aux besoins des populations.
« Notre ambition collective ne doit cependant pas être seulement de former davantage. Elle doit être de mieux former, de former selon les besoins et de créer les conditions permettant aux compétences acquises de servir effectivement les populations », souligne le Dr Konan. « Cela exige, dit-il, une meilleure articulation entre les besoins sanitaires, la planification des effectifs, ladaptation des curricula, la qualité de la formation et les politiques demploi et de rétention ».
12 écoles renforcées, 8 établissements accompagnés, 15 laboratoires mis en place
Pour lui, la transformation de la formation constitue un levier majeur. Les approches fondées sur les compétences, la simulation clinique et les laboratoires de compétences, entre autres, offrent de nouvelles possibilités pour améliorer la formation, la qualité et la sécurité des soins. « Linnovation doit être accessible, adaptée aux contextes nationaux et accompagnée denseignants et dencadreurs cliniques suffisamment préparés », recommande le Dr Konan.
Le représentant de lOMS au Sénégal met toutefois en garde contre une formation déconnectée des perspectives demploi. « Former des professionnels sans créer les conditions de leur recrutement, de leur déploiement équitable, de leur motivation et de leur rétention limiterait nécessairement limpact de nos investissements », prévient-il.
Il plaide ainsi pour une approche intégrée et fixe trois priorités pour le forum de Dakar : renforcer lharmonisation et lassurance qualité de la formation ; promouvoir une innovation éducative utile et équitable ; inscrire la formation dans une politique globale des ressources humaines. Il estime que les ressources humaines pour la santé doivent être envisagées dans une approche intégrée de transformation des systèmes de santé, en cohérence avec les enjeux de financement durable et équitable et de transformation numérique.
Le forum célèbre également les cinq années du projet pilote « Classroom to Care » (« De la classe aux soins »), mis en uvre au Mali, au Niger et au Sénégal, avec lappui de Global Health Incubator et de Takeda. « Les résultats obtenus sont significatifs : 12 écoles partenaires renforcées, 8 établissements de formation accompagnés vers laccréditation, 12 laboratoires de compétences et 3 laboratoires de référence mis en uvre », a détaillé le Dr Konan.
Pour le représentant de lOMS, ces acquis montrent que la mutualisation des expertises, le renforcement des institutions nationales et linvestissement dans la qualité permettent de faire évoluer durablement la formation.
Le Sénégal veut devenir un hub régional de santé
La conseillère technique n° 1 du ministre de la Santé et de lHygiène publique, la professeure Aïda Kanouté, souligne que la région est confrontée à des défis majeurs en matière de ressources humaines pour la santé. Ceux-ci concernent notamment la disponibilité et la répartition des personnels, les difficultés dharmonisation des formations et lintégration limitée des innovations pédagogiques.
Selon elle, la réponse du Sénégal sappuie sur deux documents stratégiques : lAgenda national de transformation « Vision 2050 », qui « place le capital humain et la justice sociale au cur », et la Stratégie nationale de transformation du système de santé 2025-2028. « Cette stratégie repose sur cinq orientations, dont la quatrième est le développement de loffre de soins de qualité. Laxe 3 se concentre sur le renforcement de la qualité des ressources humaines et le positionnement du Sénégal comme un hub régional en matière de santé », explique-t-elle.
Au cours de ses cinq années de mise en uvre dans les trois pays, le projet « Classroom to Care » a enregistré des résultats importants. Des acquis qui, selon la professeure Kanouté, méritent dêtre célébrés et diffusés, car ils constituent une avancée significative pour la formation des infirmiers et des sages-femmes, ainsi que pour la qualité des soins dans la région.
« Ce forum est une plateforme régionale de haut niveau qui nous permet de partager les meilleures pratiques et les leçons apprises ; de promouvoir les innovations pédagogiques et numériques ; de renforcer les collaborations régionales autour de lassurance qualité et de laccréditation, mais surtout didentifier les mécanismes de pérennisation et de mise à léchelle de ces acquis », fait-elle savoir.
Viviane DIATTA

