Contribution

LES VERTUS PÉDAGOGIQUES DES AUDITIONS PUBLIQUES.Par Mohamed GASSAMA

Loin d’être un procès ou un tribunal médiatique, l’audition en mondovision des gestionnaires de Fonds et de Biens doit être comprise comme le cœur battant d’une démocratie vivante. C’est un pas de géant qui vient d’être fait dans la marche vers la transparence et la bonne gouvernance. Ainsi, tous ceux qui sont épris de patriotisme et de civisme devraient applaudir des deux mains. Dans la foulée justement, l’on attend avec impatience le démarrage des programmes TV de la Chaîne parlementaire pour permettre aux populations de vivre en direct l’ensemble des travaux de l’Assemblée. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’un respect des engagements pour lesquels les Députés ont été élus. Cela doit être salué et approuvé. De même, rien ne devrait obstruer la voie empruntée pour éclairer la lanterne des sénégalais ni ralentir le rythme pris par les Représentants du peuple.
De ce fait, bien plus qu’un simple exercice de questions-réponses, les face-à-face audiovisuels constituent un outil majeur de régulation de la vie politique et économique.
À n’en pas douter, le Sénégal vit une véritable révolution parlementaire.
En effet, le Pouvoir législatif, par l’acte historique qu’il a posé, brise le secret longtemps entretenu au sujet de l’Administration générale, des Conseils d’administration, des Services déconcentrés de l’État, des Dirigeants d’entreprises, des décisionnaires ou encore des exécutants.

REPLACER LE CITOYEN AU CENTRE DU DÉBAT DÉMOCRATIQUE.

En retransmettant en direct les auditions, l’Assemblée nationale replace le citoyen au centre du débat public. Elle ouvre ainsi les portes de l’hémicycle à ses mandataires qui, désormais, deviennent des témoins oculaires et auditifs.
Partant, il est possible, pour chacun, de se faire une idée exacte de la reddition des comptes, sans filtre et sans censure.
Certes, c’est une première au Sénégal mais, avouons-le, pas une nouveauté dans le monde.
Les exemples sont légion. Inutile de s’étendre là-dessus.

L’ANTICIPATION DU CONTRÔLE DE GESTION.

L’une des plus grandes avancées des auditions publiques repose sur la prévention des risques de spoliation des deniers publics et de hold-up sur les Biens nationaux.
Le fait de savoir qu’une Commission d’enquête parlementaire dispose de Pouvoirs d’investigation, conférés par les Textes réglementaires, permet de limiter la boulimie financière des agents véreux qui gangrènent notre société. En sachant qu’ils sont convoqués sous serment, les administrateurs, du public comme du privé, peuvent être amenés à revoir leur gestion et à adopter un réflexe d’anticipation.
Pour rappel, la Loi autorise bien les Députés à mener des enquêtes sur les procédures de passation de marchés, les contrats signés, l’exécution des missions, la responsabilité des différentes parties etc. Mieux, la Commission peut même exiger des documents, souvent considérés comme confidentiels.

LA CRAINTE DE « L’AFFICHAGE PUBLIC ».

La diffusion en direct par les plateformes numériques et par certains médias classiques demeure une arme de dissuasion massive.
En principe, nul ne souhaiterait être la risée du monde. De ce fait, l’existence des Commissions peut conduire les uns et les autres à éviter ce que l’on pourrait appeler le « name and shame », c’est-à-dire, de façon littérale « nommer et faire honte ». En d’autres termes, aucun citoyen responsable ne voudrait que l’on cite publiquement son nom pour dénoncer des pratiques mafieuses et illégales qui vont à l’encontre de l’éthique et de la morale. C’est dans ce sens que les travaux de la Commission d’enquête parlementaire constituent un fort signal d’alerte.
Sous ce rapport, il convient, tout d’abord, de rendre un hommage appuyé aux honorables Députés de la XVème Législature. Ensuite, au delà du vote des Lois, il sied de les féliciter mais aussi de les soutenir dans leur mission de contrôle de l’action gouvernementale et d’évaluation des politiques publiques.
Enfin, il faut se mobiliser pour que les Rapports qui découleront de ces séances d’information soient transmis à qui de droit et qu’ils fassent l’objet d’une bonne exploitation.
C’est tout l’enjeu de la mise en place des différentes Commissions. Une initiative conduite sous le magistère du deuxième personnage de l’État, Son Excellence Monsieur Ousmane SONKO, Président de l’Assemblée nationale du Sénégal.