ACCORD BBNJ: Dakar mise sur sa souveraineté scientifique avant la COP de New York
Réuni à Dakar pour mieux s’approprier l’Accord historique BBNJ sur la haute mer, le Sénégal entend renforcer sa place dans la gouvernance mondiale des océans avant la première Conférence des Parties, prévue en janvier 2027 à New York.
Le Sénégal accélère sa marche vers la haute mer. Un atelier national de sensibilisation et d’appropriation de l’Accord sur la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale, dit Accord BBNJ, s’est tenu hier, à Dakar. La rencontre visait à préparer la ratification et la mise en œuvre de ce traité qualifié d’« historique », à quatre mois de la première Conférence des Parties (COP), prévue du 11 au 22 janvier 2027 au siège des Nations unies, à New York.
Présidant la rencontre, le représentant du directeur des Aires marines communautaires protégées (AMCP), le capitaine Jean Valentin Samadi, a salué un tournant majeur dans la gouvernance mondiale des océans. Selon lui, le Sénégal est un pays profondément tourné vers la mer. « Notre histoire, notre géographie et notre économie sont intimement liées à la mer. Pour nos communautés côtières, nos pêcheurs, notre économie bleue et les générations futures, la protection de l’océan n’est pas une option : c’est une nécessité stratégique », a-t-il déclaré.
L’atelier a également permis de rappeler que la haute mer représente plus de la moitié de la surface de la planète et abrite une biodiversité exceptionnelle, essentielle à la régulation du climat et à la préservation des ressources halieutiques.
Une opportunité pour la recherche scientifique
Pour le capitaine Samadi, le BBNJ est bien plus qu’un simple instrument juridique. Il doit être considéré comme une occasion de renforcer la souveraineté scientifique du Sénégal, ses capacités de négociation et sa participation à la gouvernance internationale des océans. L’Accord ouvre notamment des perspectives dans les domaines de la recherche scientifique, de la formation, de l’accès aux technologies et de la valorisation des ressources génétiques marines. « Nous devons veiller à ce que la haute mer ne devienne pas un espace où seuls les pays disposant des moyens technologiques et financiers les plus importants seraient en mesure de tirer profit des richesses biologiques », a-t-il averti.
Le capitaine Samadi a également insisté sur le caractère transversal de la mise en œuvre de l’Accord. À ses yeux, la ratification ne peut relever d’un seul ministère. Elle doit mobiliser, entre autres, les départements chargés de l’Environnement, des Affaires étrangères, de la Pêche, de la Recherche, des Affaires maritimes, de la Justice et des Finances, mais également le Parlement, les universités, le secteur privé et la société civile. « Le Sénégal doit être non seulement un bénéficiaire des connaissances produites sur l’océan, mais aussi un producteur de savoirs et un acteur de la science océanique internationale », a-t-il soutenu.
L’Assemblée nationale mobilisée
Le président de la Commission de l’environnement de l’Assemblée nationale, le député Samba Dang, a confirmé l’engagement du Parlement dans ce processus. Il a indiqué que l’Assemblée nationale du Sénégal peut s’honorer de faire partie des premières institutions parlementaires à avoir voté le projet de loi autorisant la ratification de l’Accord BBNJ.
Selon lui, cet atelier revêt une importance majeure à l’approche de la COP de 2027. Les parlementaires devront notamment formuler des recommandations sur les voies et moyens de remplir leurs missions régaliennes, tant sur le plan normatif que dans le suivi de l’exécution des projets. « En Afrique, les enjeux liés au BBNJ sont encore plus complexes au regard de nos capacités techniques et scientifiques. Mais nous pouvons profiter de l’accès aux mécanismes de financement et d’assistance technique », a expliqué M. Dang.
Il a enfin rappelé les trois préalables identifiés pour les parlementaires : prendre pleinement conscience des enjeux, maîtriser les actes relevant de leur mission et mieux appréhender l’importance stratégique de la haute mer.
Viviane DIATTA

