ILE EN PÉRIL- Dionwar : la mer grignote, les ressources disparaissent
Sur l’île de Dionwar, dans le delta du Saloum, l’érosion côtière et l’avancée de la langue salée bouleversent les équilibres naturels et économiques. La raréfaction des ressources halieutiques et la dégradation de la mangrove fragilisent les activités des populations, notamment celles des femmes regroupées en GIE. Entre résilience, diversification et appel à l’État, la communauté tente de faire face à une crise environnementale qui menace directement ses moyens de subsistance.
Sur l’île de Dionwar, nichée au cœur du delta du Saloum Delta, le paysage change lentement mais sûrement. Ici, la mer avance, grignotant les terres, modifiant les équilibres naturels et fragilisant les moyens de subsistance des populations. L’érosion côtière, accélérée par les effets du changement climatique, n’est plus une menace abstraite : elle impacte déjà le quotidien des habitants.
Dans cette localité insulaire, la pêche et la cueillette des huîtres dans la mangrove constituent les principales activités économiques. Mais aujourd’hui, ces ressources se raréfient. La montée de la salinité, conséquence directe de l’avancée de la langue salée, perturbe les écosystèmes et affecte la reproduction des espèces aquatiques.
La mangrove, véritable nurserie pour les poissons et les coquillages, se dégrade progressivement, compromettant toute une chaîne de vie.Au cœur de cette économie locale, les femmes jouent un rôle central.
Regroupées au sein de la Fédération locale des groupements d’intérêt économique (FELOGIE), qui compte plus de 700 membres, elles assurent la transformation des produits halieutiques, principale source de revenus pour de nombreuses familles.
Ndiémé Ndong, membre active de la fédération, témoigne avec gravité des difficultés croissantes.« Le changement climatique a entraîné une raréfaction des ressources halieutiques à cause de la salinité et la destruction des écosystèmes de mangrove qui permet aux femmes de la localité de récolter des fruits de mer comme les huîtres, les escargots et autres variétés que nous allons transformer et vendre à Dakar ou autres localités. Nous participons à des foires au Sénégal et un peu partout en Afrique pour vendre et faire connaître nos produits », confie-t-elle.
Malgré les contraintes, les femmes de Dionwar font preuve de résilience. Grâce à l’appui de partenaires comme l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Fonds pour l’environnement mondial (FME), elles ont pu acquérir une unité de transformation moderne, améliorant ainsi la qualité et la valeur ajoutée de leurs produits.
« L’unité de transformation est aussi financée par le Fonds mondial pour l’environnement (FME) et cela aide les femmes à faire plus de production et de meilleure qualité. Nous faisions cette activité au quotidien. Ces temps-ci, les ressources se font rares, obligeant les membres de la fédération à se lancer dans l’aviculture, l’ostréiculture.
Nous faisons aussi l’exploitation et la transformation de certains produits forestiers comme le ditakh, que nous transformons en jus et nectar, de même que le miel de mangrove, le bissap, le pain de singe entre autres fruits sauvages », ajoute Ndiémé Ndong.
Cette diversification des activités apparaît aujourd’hui comme une stratégie de survie face à l’incertitude environnementale. Toutefois, elle ne suffit pas à compenser les pertes engendrées par la dégradation continue des écosystèmes.
Sur le terrain, les signes de vulnérabilité sont visibles : recul du trait de côte, disparition progressive de certaines zones de mangrove, baisse des captures, instabilité des revenus.
Les populations s’adaptent tant bien que mal, mais leurs capacités restent limitées face à l’ampleur du phénomène.Dans ce contexte, les acteurs locaux lancent un appel pressant aux autorités.
Pour Ndiémé Ndong et les membres de la FELOGIE, il devient urgent de mettre en place des mesures concrètes pour freiner l’érosion côtière, restaurer la mangrove et accompagner les communautés dans leur adaptation.
À Dionwar, l’urgence est palpable. Entre terre et mer, c’est tout un mode de vie qui vacille, suspendu aux caprices d’un littoral en mutation.Fatou DIOUF

