ENVOIS DE FONDS DES MIGRANTS EN 2025: La diaspora injecte 1 860 milliards de FCFA dans l’économie sénégalaise
Les transferts effectués par les Sénégalais établis à l’étranger ont atteint 3,2 milliards de dollars en 2025, soit environ 1 860 milliards de FCFA. Représentant 11% du Produit intérieur brut (PIB) et l’équivalent de 27% des exportations du pays, cette manne place le Sénégal au deuxième rang des bénéficiaires d’Afrique de l’Ouest, derrière le Nigeria.
La diaspora demeure l’un des principaux soutiens de l’économie sénégalaise. En 2025, les émigrés ont envoyé au pays 3,2 milliards de dollars, soit près de 1 860 milliards de FCFA. Ce montant confirme le poids déterminant des transferts de fonds dans le financement des ménages et l’équilibre économique national.
Selon le rapport Sending Money Home 2026, publié par le Fonds international de développement agricole (FIDA), ces ressources représentent 11% du PIB sénégalais et 27% de la valeur des exportations du pays. Entre 2016 et 2025, les fonds reçus par le Sénégal ont progressé de 65%. Avec ce volume, le Sénégal occupe la deuxième place en Afrique de l’Ouest, loin derrière le Nigeria, qui a reçu 22,8 milliards de dollars. Il devance toutefois le Ghana, crédité de 2,4 milliards de dollars, et la Côte d’Ivoire, avec 1,7 milliard de dollars.
Une source majeure de revenus pour les ménages
Au-delà des indicateurs macroéconomiques, ces transferts constituent une véritable bouée de sauvetage pour de nombreuses familles. Ils servent principalement à financer l’alimentation, la santé, le logement, la scolarité et d’autres dépenses essentielles. Une partie est également orientée vers l’épargne, la construction immobilière, le commerce et les petites activités productives.
Le FIDA souligne que les envois de fonds sont devenus l’une des sources de financement les plus importantes et les plus stables pour les ménages des pays à revenu faible et intermédiaire. En période de crise économique, sanitaire ou climatique, ils contribuent à renforcer leur capacité de résistance.
À l’échelle mondiale, quelque 220 millions de migrants et de membres des diasporas soutiennent environ 1,1 milliard de proches. Au total, près de 1,3 milliard de personnes, soit environ une personne sur six dans le monde, sont ainsi directement reliées par les transferts d’argent.
728,6 milliards de dollars vers les pays en développement
Les flux entrants vers les pays à revenu faible et intermédiaire ont atteint 728,6 milliards de dollars en 2025, presque le double de leur niveau de 2016. Sur la décennie, ils ont progressé de 94%, à un rythme supérieur à celui de la croissance démographique et de l’émigration.
Cette enveloppe représente plus de quatre fois le montant mondial de l’aide publique au développement enregistrée en 2025. Elle dépasse également les investissements directs étrangers reçus par ces pays, selon le rapport du FIDA.
L’Asie-Pacifique reste la première destination mondiale, avec 384,9 milliards de dollars, soit 53% des transferts recensés. L’Amérique latine et les Caraïbes ont connu la progression la plus rapide sur dix ans, avec une hausse de 132% et des flux estimés à 168,6 milliards de dollars.
L’Afrique franchit la barre des 124 milliards de dollars
Le continent africain a reçu 124,2 milliards de dollars en 2025, soit une hausse de 86% en dix ans. L’Égypte domine le classement continental avec 41,5 milliards de dollars, devant le Nigeria et ses 22,8 milliards. Le FIDA relève par ailleurs que les transferts représentent plus de 10% du PIB dans 23 pays. Dans neuf États, leur montant dépasse même la valeur totale des exportations de biens et de services.
À l’échelle mondiale, environ 233 milliards de dollars, soit presque un dollar transféré sur trois, ont été orientés vers les zones rurales. Les familles bénéficiaires investissent chaque année quelque 22 milliards de dollars dans les systèmes agroalimentaires ruraux, participant ainsi au financement de la production agricole, des petites entreprises et de l’emploi local.
Transformer les transferts en investissements
Le défi pour le Sénégal consiste désormais à mieux orienter une partie de cette importante manne vers l’investissement productif, sans perdre de vue le caractère privé de ces ressources. Le FIDA insiste sur le fait que les transferts des migrants ne peuvent se substituer aux investissements publics, à la protection sociale ou au financement climatique.
En mai 2026, l’institution a d’ailleurs lancé, à travers son programme Diaspora RemitInvest, un appel à projets visant à mobiliser les transferts et les investissements de la diaspora sénégalaise établie en Italie au profit du développement rural. Les flux provenant de ce pays étaient estimés à 310 millions d’euros en 2025, soit environ 10% de l’ensemble des fonds envoyés au Sénégal. L’Italie accueille près de 130 000 Sénégalais, selon le FIDA. Le programme cherche notamment à financer des entreprises rurales, favoriser l’entrepreneuriat, créer des emplois et élargir l’accès aux services financiers numériques.
Le défi du coût et de la digitalisation
Plus de la moitié des transferts dans le monde sont désormais initiés par voie numérique, une évolution qui contribue à réduire les délais et les coûts. Toutefois, seuls 35% des services étudiés en 2025 étaient entièrement numériques, aussi bien à l’envoi qu’à la réception.
Le FIDA appelle ainsi les États, les régulateurs et les établissements financiers à rendre les transferts plus abordables et transparents, notamment dans les territoires ruraux. Pour le Sénégal, l’enjeu est double : préserver cette source essentielle de revenus pour les familles et créer les conditions permettant à une plus grande part des 1 860 milliards de FCFA reçus de soutenir durablement l’investissement, l’emploi et le développement local.
Abdoulaye DIAO

