CARTE SANITAIRE 2026-2030: Le MESRI s’engage à former 1 270 médecins et à réduire les inégalités de genre
La Carte sanitaire 2026-2030 a été lancée hier. À cette occasion, les universitaires se sont engagés à former des médecins répondant aux besoins du terrain et à favoriser leur déploiement au-delà de Dakar. Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) ambitionne également de réduire les inégalités de genre, avec davantage de femmes médecins spécialistes dans les régions dès 2027.
Le lancement, hier, de la Carte sanitaire 2026-2030 a suscité un vif intérêt au sein de la communauté universitaire. Pour le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), cette carte n’est pas seulement un document à appliquer, mais une ambition nationale à partager. Devant les membres du gouvernement et les parlementaires, la représentante du MESRI, Ndèye Sine Diop, a détaillé la contribution attendue des universités à la mise en œuvre de cette nouvelle politique sanitaire. Elle a notamment annoncé l’engagement de l’enseignement supérieur à former les ressources humaines dont le système de santé a besoin et à contribuer à la réduction des inégalités territoriales et de genre. Selon elle, l’objectif est de mettre à la disposition du système sanitaire 1 270 médecins supplémentaires d’ici à 2030, soit environ 250 par an. « Nos universités ont les capacités de répondre à ce besoin », a assuré Mme Diop.
La représentante du MESRI a également attiré l’attention sur une autre urgence. Les infirmières, sages-femmes et aides-soignantes représentent près de 60% du personnel de santé et constituent la cheville ouvrière du système. Pourtant, leur répartition sur le territoire reste marquée par de fortes disparités. « Notre système forme des femmes infirmières et sages-femmes à tous les niveaux et dans tous les territoires. Mais lorsqu’arrive le moment de la spécialisation et de l’exercice des responsabilités, les femmes disparaissent des régions et se concentrent dans les grandes villes. C’est une inégalité géographique doublée d’une injustice de genre, et c’est inacceptable », a-t-elle dénoncé.
Des cursus alignés sur les besoins dès 2027
Pour inverser cette tendance, le MESRI a pris trois engagements à concrétiser avant la fin de l’année : revoir la répartition de l’offre de formation dans les spécialités médicales, réviser les politiques d’admission à ces spécialités et améliorer la disponibilité territoriale du personnel de santé. L’objectif est qu’à partir de 2027, les universités forment davantage de femmes médecins spécialistes susceptibles de s’installer dans les régions où les besoins sont les plus importants. « Vous verrez arriver dans vos régions ces professionnelles et je vous demande formellement de faire la différence », a lancé Ndèye Sine Diop à l’endroit des gouverneurs.
La représentante du MESRI a toutefois rappelé que la formation ne doit pas seulement répondre à la question de savoir qui former, mais aussi dans quel but. À partir de 2027, les cursus médicaux et paramédicaux devraient ainsi être directement alignés sur les profils et les besoins identifiés par la Carte sanitaire. Les nouveaux centres de santé et hôpitaux départementaux devront disposer de médecins formés en fonction de leur environnement spécifique. De même, les postes de santé appelés à devenir des centres de santé devront bénéficier d’un personnel préparé à cette montée en responsabilité. « Les acteurs sanitaires seront formés non seulement aux soins, mais également à la gestion territoriale, à la géomatique et à la gouvernance locale. Ce n’est pas de la théorie, mais une organisation véritablement structurante. C’est une nouvelle vision de ce que l’université doit produire », a-t-elle expliqué soulignant qu’à partir de 2027 les étudiants devront disposer de perspectives d’affectation concrètes, de responsabilités clairement définies et d’un véritable projet de carrière.
« Une carte sanitaire sans données s’effondre au premier choc »
Pour Ndèye Sine Diop, la réussite de cette nouvelle politique repose également sur la disponibilité de données fiables. « Une carte sanitaire sans données, c’est une belle intention qui s’effondre au premier choc », a-t-elle averti. La recherche universitaire s’engage ainsi à produire des analyses des besoins, désagrégées selon le sexe et les territoires. « Le partenariat change. L’université et le secteur de la santé ne travailleront plus l’un après l’autre, mais simultanément. C’est une révolution », a-t-elle soutenu.
Les universités devront notamment évaluer l’efficacité de la télémédecine, des centres de proximité et des stratégies mobiles. Elles chercheront également à identifier les obstacles empêchant les femmes vivant en milieu rural d’accéder à une mammographie ou à des soins maternels de qualité. Elle a aussi mis l’accent sur les enjeux liés au genre et à la justice climatique. Selon elle, les femmes rurales subissent une double peine : l’éloignement des structures sanitaires, parfois situées à une trentaine de kilomètres, et le poids des tâches domestiques. En période d’inondation, elles figurent également parmi les populations les plus durement touchées.
Pour répondre à ces difficultés, le MESRI préconise le développement de la télémédecine, la création de centres spécialisés dans les départements, le déploiement de stratégies mobiles de dépistage et la construction d’infrastructures sanitaires en dehors des zones inondables. Le ministère annonce enfin la signature d’une convention entre ses différentes directions et les établissements d’enseignement supérieur pour accompagner la mise en œuvre de la Carte sanitaire. Des partenariats entre les universités et les centres de santé devront également permettre de produire, chaque année, des recherches opérationnelles et d’assurer un suivi régulier des contenus de formation.
Viviane DIATTA

