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REPROFILAGE DE LA DETTE DU SÉNÉGAL: Dakar face au front des créanciers

Alors que le Sénégal prépare un traitement de sa dette extérieure, au moins huit gestionnaires de fonds détenteurs d’obligations souveraines ont constitué un comité pour défendre leurs intérêts. Conseillés par le cabinet White & Case, ils se préparent à d’éventuelles négociations avec Dakar, qui privilégie un « reprofilage » plutôt qu’une restructuration.

Les créanciers du Sénégal commencent à s’organiser. Selon Reuters, un comité réunissant au moins huit gestionnaires de fonds a été mis en place afin de coordonner leur position lors des discussions avec les autorités sénégalaises. Le groupe a choisi comme conseiller juridique White & Case, cabinet international expérimenté dans les restructurations de dettes souveraines. Cette mobilisation intervient alors que les contours de l’opération envisagée par Dakar restent à préciser. Lors de sa Déclaration de politique générale, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo a annoncé un « reprofilage » de la dette. Cette option consisterait à allonger les échéances et à renégocier certains taux d’intérêt, sans réduire le principal dû. La dette libellée en francs CFA devrait être préservée afin d’éviter de fragiliser le marché financier régional.

La frontière entre reprofilage et restructuration reste toutefois ténue. Pour certains investisseurs, toute modification défavorable des conditions de remboursement peut être assimilée à une restructuration. Standard & Poor’s a d’ailleurs abaissé la note souveraine du Sénégal en devises de « CCC+ » à « CC », jugeant « extrêmement probable » un échange de dette en difficulté ou un défaut sur certaines obligations extérieures. Parallèlement, le Sénégal a conclu, le 1er septembre, un accord technique avec le FMI portant sur un programme de 2,2 milliards de dollars, soit environ 1 243 milliards de francs CFA sur trois ans. Celui-ci doit encore être approuvé par le Conseil d’administration du Fonds avant tout décaissement. Il vise notamment à rétablir la viabilité de la dette, renforcer les recettes et rationaliser les dépenses publiques. La constitution du comité de créanciers ouvre ainsi une nouvelle phase, qui pourrait déboucher sur des négociations serrées concernant les échéances, les taux d’intérêt et le périmètre de la dette à traiter.

Abdoulaye DIAO