Société

MANQUE DEAU POTABLE À PALMARIN: Le cri de soif dune population oubliée

À Palmarin, trouver de leau potable relève du parcours du combattant. Depuis plusieurs années, les populations de cette localité côtière du Sénégal, située dans le delta du Sine-Saloum (Fatick), à environ 150 km au sud de Dakar, font face à des pénuries récurrentes qui les contraignent à se rabattre sur leau des puits ou à acheter, à prix fort, celle des camions-citernes. Entre colère, inquiétudes sanitaires et sentiment dabandon, les habitants lancent un appel pressant au président Bassirou Diomaye Faye pour une solution définitive.

PALMARIN – Dans les concessions de Palmarin, ouvrir un robinet ne garantit plus de voir couler de leau. Pour de nombreuses familles, la journée commence parfois par la même préoccupation : où trouver de quoi boire, cuisiner, se laver et assurer les besoins du foyer ? Ici, laccès à leau potable, pourtant vital, est devenu une épreuve quotidienne.
De maison en maison, le même récit revient. Les habitants racontent les robinets à sec, les déplacements à la recherche dun point deau et le recours aux puits malgré les doutes sur la qualité de leur eau. Une situation qui dure et qui nourrit désormais un profond sentiment dabandon.
« La situation est très difficile pour la population, notamment pour les femmes. À Palmarin, on va de maison en maison pour chercher de leau », fulmine une habitante. Selon elle, leau disponible localement est souvent salée et impropre à la consommation. « Nous sommes obligés de nous débrouiller. Nous appelons le chef de lÉtat à nous venir en aide », lance-t-elle.

Des années de pénurie et de colère
La crise ne date pas dhier. Les populations affirment avoir multiplié les alertes, les démarches et les réclamations auprès des autorités et des structures compétentes. Mais, sur le terrain, elles disent ne toujours pas voir de solution à la hauteur du problème.
Femmes, enfants et personnes âgées sont particulièrement éprouvés. Lorsque leau manque, il faut parcourir des distances, solliciter les voisins ou trouver les moyens den acheter. Dans certaines familles, chaque litre devient précieux. « Nous ne pouvons plus accepter cette situation », sindignent des habitants. À leurs yeux, la persistance du manque deau potable dans une commune comme Palmarin relève désormais du « scandale ».

Youssoupha Sarr : « Nous vivons un grand calvaire »
Habitant de Palmarin, Youssoupha Sarr ne cache ni son amertume ni son inquiétude. Il rappelle que le problème dure depuis cinq à six ans et nécessite une intervention urgente de lÉtat. « Nous vivons un grand calvaire depuis des années. À Palmarin, nous avons un sérieux problème daccès à leau potable. Nous en souffrons énormément. Pourtant, cest un problème qui peut être résolu si les moyens nécessaires sont mobilisés », déplore-t-il.
Faute dalternative, raconte-t-il, certaines familles consomment leau des puits. « Nous buvons une eau dont nous savons quelle nest pas toujours salubre, parce que nous navons parfois pas le choix. Leau est vitale : sans elle, on ne peut pas vivre », poursuit-il.

« Maux de ventre, diarrhées, parasites »
Au-delà des difficultés dapprovisionnement, Youssoupha Sarr évoque des problèmes sanitaires quil attribue à la qualité de leau consommée. « Nous souffrons souvent de maux de ventre, de diarrhées et de problèmes de parasites. Nous pensons que cela vient notamment de leau des puits », témoigne-t-il.
Il sinquiète également de la proximité de certains puits avec des fosses septiques, une situation qui, selon lui, accroît les craintes des habitants quant à la qualité de leau. Ces témoignages traduisent surtout lurgence, pour les populations, de disposer d’une alimentation régulière en eau potable.

Jusquà 30 000 FCFA pour une citerne
Pour ceux qui en ont les moyens, les camions-citernes constituent une solution de secours. Mais là encore, la facture est lourde. Selon Youssoupha Sarr, une citerne de 10 mètres cubes peut coûter entre 25 000 et 30 000 FCFA. « Si tu nas pas les moyens, tu ne peux pas avoir accès à cette eau potable », regrette-t-il.
Une dépense difficilement supportable pour de nombreux ménages, surtout lorsque les pénuries se prolongent. Pour les habitants, cette situation crée une inégalité entre ceux qui peuvent acheter de leau et ceux qui doivent se contenter des solutions disponibles sur place.

Le pipeline pointé du doigt
Youssoupha Sarr estime quune partie du problème réside dans les capacités du réseau alimentant Palmarin. Il juge le diamètre de la conduite actuelle insuffisant pour couvrir correctement les besoins des différentes zones de la commune. « Le principal problème, cest que le pipeline amené à Palmarin ne suffit pas. Le diamètre de 150 est trop petit pour alimenter les quatre Palmarin », soutient-il.
Lhabitant réclame une infrastructure de plus grande capacité ou, à défaut, la réalisation de forages profonds accompagnés dun château deau adapté. « Il faut un financement conséquent pour régler définitivement le problème de Palmarin », insiste-t-il.

Le maire interpellé, lÉtat appelé au secours
La municipalité néchappe pas aux interpellations. Les habitants reconnaissent certaines initiatives locales, dont la réalisation dun forage, mais considèrent quelles restent insuffisantes au regard de lampleur des besoins. Youssoupha Sarr rappelle également les espoirs placés dans les promesses faites au niveau local. « Le maire nous avait promis que la situation serait réglée, mais jusquà présent, le problème deau potable demeure », déplore-t-il.
Face à limpasse, les regards se tournent désormais vers le sommet de lÉtat. Les populations interpellent directement le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et réclament une intervention permettant dapporter une réponse structurelle et durable.

« Monsieur le Président, Palmarin a soif »
Dans cette commune à vocation touristique, halieutique et agricole, la question de leau dépasse désormais le simple inconfort quotidien. Pour les habitants, elle touche à la dignité, à la santé et au développement économique de la localité.
Après des années de pénuries, ils ne veulent plus de solutions provisoires. Ils réclament une alimentation régulière en eau potable, des infrastructures dimensionnées aux besoins de la population et des investissements capables de mettre définitivement fin au calvaire. À Palmarin, le message lancé aux pouvoirs publics tient désormais en quelques mots : « Monsieur le Président, Palmarin a soif. Écoutez-nous et agissez ».

Adama AIDARA
(Envoyée spéciale)