TENSION DIOMAYE-SONKO: Mansour Faye et Wilane poussent à la dissolution
Alors que les divergences entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko alimentent de plus en plus le débat politique, les appels à une clarification institutionnelle se multiplient. Après les controverses autour des fonds politiques et la saisine du Conseil constitutionnel par l’Exécutif, Mansour Faye et Abdoulaye Wilane invitent le chef de l’État à reprendre la main. Le premier réclame la dissolution de l’Assemblée nationale, tandis que le second préconise sa suspension en attendant qu’une dissolution soit constitutionnellement possible. Deux sorties qui viennent accentuer l’image d’un climat politique sous haute tension.
Le climat politique sénégalais se tend davantage. Les divergences apparues au grand jour entre le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et Ousmane Sonko, désormais à la tête de l’Assemblée nationale, offrent à l’opposition un nouvel angle d’attaque. La controverse autour du régime juridique des fonds politiques, la saisine du Conseil constitutionnel par l’Exécutif et la suspension de l’examen de la proposition de loi à l’Assemblée nationale sont désormais interprétées par certains responsables de l’opposition comme les symptômes d’un malaise institutionnel plus profond.
C’est dans ce contexte que Mansour Faye et Abdoulaye Wilane sont montés au créneau. Avec des arguments différents, les deux responsables politiques convergent sur un point : le président Bassirou Diomaye Faye doit, selon eux, reprendre l’initiative et clarifier le fonctionnement des institutions.
Mansour Faye demande à Diomaye de « reprendre la main »
Dans une tribune particulièrement offensive, l’ancien ministre des Transports et responsable de l’Alliance pour la République (APR), Mansour Faye, dresse un bilan sévère du pouvoir. Il accuse Pastef d’avoir installé une pratique politique marquée par « la confrontation » et « la division », au détriment des valeurs républicaines et de la cohésion sociale. À ses yeux, cette situation politique intervient au moment où les difficultés économiques et sociales devraient mobiliser toute l’attention des autorités. « Notre économie est en difficulté. Nos finances publiques sont sous tension. La confiance s’est érodée », soutient-il.
Mansour Faye s’oppose ainsi à l’idée d’un référendum qui détournerait, selon lui, l’attention des véritables urgences. S’il reconnaît que la reddition des comptes constitue une demande sociale, il considère que « l’urgence du Sénégal, c’est l’économie, l’emploi, la dette, le pouvoir d’achat, l’investissement, la sécurité ». Mais c’est surtout son interpellation directe du chef de l’État qui donne une forte tonalité politique à sa sortie. « Vous avez été élu Président de la République. Vous n’avez pas été élu pour être l’ombre de quelqu’un, ni pour gouverner sous influence », lance-t-il à Bassirou Diomaye Faye.
La dissolution plutôt que le référendum
Pour Mansour Faye, cette clarification devrait passer par un retour devant les électeurs. Il estime que « la priorité n’est pas l’organisation d’un référendum », mais « la résolution de la crise politique » qu’il considère comme « installée ». « Pour ce faire, il n’y a qu’une voie : la dissolution de l’Assemblée nationale », affirme-t-il.
Cette proposition vise directement la majorité parlementaire issue de Pastef et intervient dans un contexte où les rapports entre l’Exécutif et l’Assemblée sont explosives. La bataille autour de la proposition de loi relative aux crédits spéciaux, communément appelés fonds politiques, a encore davantage renforcé la dynamique d’affrontement entre les deux camps.
Wilane attaque la légalité du fonctionnement de l’Assemblée
De son côté, Abdoulaye Wilane porte l’offensive sur le terrain institutionnel et juridique. Le responsable socialiste conteste les conditions dans lesquelles le règlement intérieur de l’Assemblée nationale aurait été modifié et estime que cette situation fragilise les actes posés par l’institution. « La base légale qui régit, organise et ordonne les travaux de l’Assemblée est irrégulière », affirme l’ancien parlementaire qui estime que « cette irrégularité pourrait avoir des conséquences sur les délibérations de l’Assemblée », mais également sur l’installation d’Ousmane Sonko à sa tête. Une thèse qu’il souhaite voir débattue par les constitutionnalistes, universitaires, magistrats, anciens parlementaires et praticiens du droit.
« Suspendre » l’Assemblée en attendant sa dissolution
Abdoulaye Wilane va encore plus loin. Il appelle Bassirou Diomaye Faye à intervenir directement pour mettre fin à ce qu’il qualifie d’« illégalité » institutionnelle. « Il doit tout de suite suspendre le Parlement et attendre que le délai imparti par la Constitution expire pour dissoudre l’Assemblée », préconise-t-il, assurant qu’« une suspension serait juridiquement possible ». Wilane considère que le chef de l’État, « en sa qualité de garant du fonctionnement régulier des institutions, doit prendre ses responsabilités ».
Les sorties de Mansour Faye et Abdoulaye Wilane interviennent surtout à un moment où les désaccords autour des fonds politiques ont donné une dimension institutionnelle à bras de fer politique qui durent depuis de longs mois entre les deux anciens compagnons. La décision de l’Exécutif de saisir le Conseil constitutionnel sur certaines dispositions de la proposition de loi relative aux crédits spéciaux, suivie de la suspension de son examen par l’Assemblée nationale a accentué le bras de fer entre les deux pôles du pouvoir. Les opposant tentent désormais de transformer ces divergences en débat sur l’autorité présidentielle. Les urgences sociales en toile de fond
Car, au-delà du bras de fer institutionnel, les deux responsables mettent également en avant la situation économique et sociale. Abdoulaye Wilane cite notamment la hausse des prix des carburants, les difficultés financières des collectivités territoriales et la dégradation du pouvoir d’achat. Il déplore que les querelles autour des fonds politiques et des institutions occupent le devant de la scène alors que les ménages sont confrontés à la hausse du coût de la vie. Mansour Faye développe le même argument en plaçant l’économie, l’emploi, la dette et l’investissement au premier rang des priorités.
Adama AIDARA

