Société

GRÈVE DE LA FAIM DES EX-TRAVAILLEURS DE LA SOTRAC, SIAS ET AMA SÉNÉGAL: 11,4 milliards réclamés à l’État, les grévistes jouent leur va-tout

Après plus de vingt ans de lutte pour le règlement de leur passif social, les anciens travailleurs de la Sotrac, de la SIAS et d’AMA Sénégal ont décidé de durcir le ton. Réunis à Liberté 5, ils ont entamé une grève de la faim illimitée pour réclamer à l’État le paiement d’un reliquat de 11,4 milliards de FCFA. Déjà, l’état de santé d’un gréviste s’est dégradé au point de nécessiter son évacuation vers une structure sanitaire. Les ex-agents interpellent directement le président Bassirou Diomaye Faye et son gouvernement.

La patience des anciens travailleurs de la Sotrac, de la Société industrielle d’aménagement urbain du Sénégal (SIAS) et d’AMA Sénégal semble avoir atteint ses limites. Après plus de deux décennies de démarches, de négociations et de promesses, ils ont décidé de recourir à la grève de la faim illimitée pour obtenir le règlement définitif de leurs indemnités. Installés à leur quartier général à Liberté 5, à Dakar, les grévistes assurent qu’ils ne comptent pas mettre un terme à leur mouvement tant qu’une solution concrète ne sera pas trouvée. Une détermination qui suscite d’autant plus d’inquiétude que la plupart des concernés sont aujourd’hui âgés et disent souffrir de différentes pathologies.

La situation a d’ailleurs connu une première alerte avec l’évacuation d’un gréviste dont l’état de santé s’est fortement dégradé. « Il était très mal en point. Les sapeurs-pompiers sont venus le prendre ici pour l’acheminer à l’hôpital. C’est pathétique, c’est douloureux, c’est une situation d’une extrême gravité », a témoigné Amdy Moustapha Ngom, coordonnateur du Cadre unitaire des sociétés Sotrac, SIAS et AMA Sénégal. Face au risque d’une aggravation de la situation, il demande notamment au ministère du Travail d’intervenir afin de favoriser une sortie de crise.

Un reliquat de 11,4 milliards de FCFA

Au cœur du bras de fer se trouve une créance que les anciens travailleurs évaluent à 11,4 milliards de FCFA. Selon leur coordonnateur, le dossier du passif social traîne depuis plus de vingt ans, malgré les engagements successivement pris par les pouvoirs publics. « Voilà plus de 20 ans que nous luttons contre les injustices que subissent les ex-travailleurs de la Sotrac, de la SIAS et d’AMA Sénégal. Voilà plus de 20 ans que nous sommes tenaillés entre des promesses non tenues et des engagements non respectés de la part de l’État du Sénégal », dénonce Amdy Moustapha Ngom.

Le responsable syndical rappelle que plusieurs initiatives ont été prises sous les régimes précédents. Selon lui, le président Abdoulaye Wade avait procédé à une première avance. Sous Macky Sall, poursuit-il, une enveloppe de 13 milliards de FCFA aurait été inscrite au budget de 2023 pour apurer le passif social des travailleurs concernés. Mais les ex-agents affirment n’avoir finalement perçu que 1,6 milliard de FCFA. « L’État du Sénégal reste nous devoir 11 milliards 400 millions de FCFA », soutient leur coordonnateur.

Les grévistes de la faim interpellent Diomaye

L’arrivée de Bassirou Diomaye Faye au pouvoir avait pourtant ravivé leurs espoirs. Amdy Moustapha Ngom affirme que le chef de l’État avait reconnu l’existence du passif social et demandé aux anciens travailleurs de patienter, le temps de trouver les mécanismes permettant son règlement. Les grévistes rappellent également que la question du passif social des trois sociétés liquidées a été prise en compte dans le cadre du Pacte national de stabilité sociale. Des avancées qui, selon eux, n’ont cependant pas encore débouché sur le paiement attendu.

Ils évoquent aussi les assurances qui leur avaient été données par Mamadou Lamine Dianté lorsqu’il dirigeait le Haut Conseil du dialogue social. « Il nous avait promis que toutes les diligences seraient faites et que, peut-être, d’ici la Tabaski, on allait rentrer dans nos fonds », rapporte Amdy Moustapha Ngom. Mais les échéances se sont succédé sans dénouement, déplore-t-il : « La Tabaski est passée, la Tamkharit, le Magal, aujourd’hui, nous sommes devant le Gamou ».

« Nous sommes des vieillards, sexagénaires »

Pour les anciens travailleurs, le temps presse désormais. Certains disent compter régulièrement des décès dans leurs rangs, tandis que d’autres doivent composer avec l’âge et la maladie. C’est dans ce contexte qu’ils justifient le recours à une grève de la faim illimitée, malgré les risques encourus. « Les camarades ont décidé de venir ici mourir les armes à la main. Parce que chaque semaine, nous comptons des morts », affirme leur coordonnateur, qui décrit une situation sociale devenue insoutenable.

Son appel au chef de l’État se veut particulièrement pressant : « Nous sommes des vieillards, sexagénaires. Nous traînons des pathologies. Nous sommes malades. Nos familles sont malades. Qu’est-ce qu’il nous reste maintenant à faire ? ». Malgré la radicalisation de leur mouvement, les anciens travailleurs disent encore espérer une intervention rapide des autorités. « Nous espérons qu’avant qu’une catastrophe se produise, le président de la République et son gouvernement seront sensibilisés pour que cette situation soit vite réglée », confie Amdy Moustapha Ngom.

Avec déjà une première évacuation sanitaire, les grévistes préviennent qu’ils resteront mobilisés jusqu’au règlement du reliquat de leurs indemnités. « Mais hélas, d’attendre, les camarades ont décidé de venir ici mourir les armes à la main. Parce que chaque semaine, nous comptons des morts. Pourquoi être oisifs et attendre la mort ? Il faut prendre les armes à la main et se battre pour avoir notre argent. Voilà pourquoi nous sommes là et nous nous battrons », conclut-il, dans l’attente d’une réponse concrète de l’État pour mettre fin à leur calvaire.

Mariem DIA