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LA CHRONIQUE DE MLD: Les vacances et la crise institutionnelle…Par Mamadou Lamine DIATTA

« Le Pouvoir doit souvent échanger avec ceux qui ont du pouvoir »
Babacar Touré, regretté Président Sud Com’

J’apprécie énormément l’ancien ministre Abdou Fall, cadre politique de valeur aux analyses de haut vol pour avoir roulé sa bosse entre le RND du regretté Cheikh Anta Diop, le PLP de Maître Babacar Niang et le PDS de Maître Wade…
Au détour d’une émission dont il était l’invité ce jeudi sur la Rfm, l’auditeur parvient à comprendre avec finesse les dynamiques politiques qui sont actuellement en jeu au Sénégal. La magie de la radio en particulier, des médias en général.
L’ancien ministre de Wade plutôt retiré de son sommeil politique par Macky Sall analyse avec la rigueur du métronome une crise institutionnelle diffuse qui ne dit pas encore son nom…
Il a parfaitement raison de diagnostiquer avec froideur cette bipolarisation en vigueur avec un Président de la République aux prises avec un ancien Premier ministre qui a été son mentor politique dans une autre vie. Ils ont donc conquis le pouvoir ensemble …Une situation inédite connue de tout le monde et qui est assurément à l’origine de tous les déboires de cette jeune nation. La politique est le cimetière des amitiés disait avec force cynisme un célèbre analyste. Seulement voilà, sa grille d’analyse pêche par le fait qu’elle fait fi des rapports de force et de la Real Politik qui semblent guider l’action du Prince. Abdou Fall fait exactement parler son ressenti lorsqu’il estime avec aplomb que l’actuel Chef de l’État doit « prendre ses responsabilités » en mettant fin à cette crise institutionnelle latente.
Le problème pour l’ancien ministre, c’est qu’il occulte également le contexte politique particulier qui met au cœur du jeu un ancien Premier ministre, actuel Président de l’assemblée nationale avec dans sa besace un parti majoritaire dans un hémicycle qui vote les lois en amont pour contrôler l’action gouvernementale en aval…
Dans ce pays, il faut ouvrir les yeux et avoir la lucidité de reconnaître que nous ne sommes plus en présence d’une assemblée nationale estampillée chambre d’applaudissements et de validation automatique des desiderata de l’exécutif. Il ya un certain équilibre en vigueur qui confirme la lumière de Montesquieu disant avec sagesse :  » Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses que le pouvoir puisse arrêter le pouvoir ».
Sauf qu’il faut juste préciser que ce sont les péripéties du jeu politique qui ont fait basculer le pays dans cette situation inédite… Au début, conformément au célèbre mantra de campagne électorale, Diomaye était Sonko au vu et au su de tout le monde et vice-versa.
Et puis, le Sénégal n’a pas encore atteint un niveau de maturité tel que les pouvoirs exécutif, légitislatif et judiciaire pourraient jouer sans calculs leur rôle originel sans porter préjudice aux intérêts immédiats et existentiels des pauvres populations. C’est toute la délicatesse et surtout toute la détresse de la situation actuelle. Autrement dit, ce pays est complètement dans l’impasse du simple fait d’intérêts divergents d’un pouvoir à deux têtes.
Le contexte faisant état d’une FMI rétive à signer un accord- programme, sorte de sésame pour ouvrir au Sénégal les portes dorées de la finance internationale, ajoute forcément à la confusion et surtout au désastre.
De ce point de vue, la sortie d’Abdou Fall garde toute sa pertinence et toute sa force.
Il faut trouver une solution de sortie de crise.
Même si l’ambiance de ce pays exhale des airs de vacances gouvernementales sur fond de crise économique, de hausses des prix de denrées vitales comme la viande et de raréfaction de l’argent- roi, le pouvoir a l’obligation d’échanger même de manière informelle ( nuitamment ?) avec les puissants chefs religieux, les Leaders sociaux , les principaux animateurs du secteur privé,…L’idée est de trouver un consensus dynamique entre l’exécutif et le législatif afin de maintenir intacts les hauts standards d’une démocratie sénégalaise sur le point d’être chahutée.La paix sociale et la sérénité, gages d’une embellie économique, sont à ce prix.
Bref, comme l’avait dit le regretté Babacar Touré ancien Président du Groupe Sud Communication connu pour sa sagesse légendaire : « Le Pouvoir doit souvent échanger avec ceux qui ont du pouvoir »…
Vérité clinique !