TRANSPARENCE BUDGÉTAIRE ET DETTE PUBLIQUE: Le Sénégal ouvre les livres de ses nouveaux emprunts
Dans une démarche présentée comme un renforcement de la transparence des finances publiques, le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan publie désormais un tableau de bord des nouvelles conventions de crédit signées par l’État. Cette initiative permet de suivre, en temps réel, les engagements contractés auprès des partenaires financiers, leurs conditions ainsi que leur destination, dans un contexte où la gestion de la dette publique demeure au cœur des préoccupations économiques.
Le gouvernement sénégalais franchit une nouvelle étape dans sa politique de transparence budgétaire. Le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan a décidé de publier régulièrement un tableau de bord des conventions de crédit signées par l’État avec ses partenaires financiers. Cette mesure vise à renforcer l’accès du public aux informations relatives aux nouveaux engagements financiers du Sénégal et à améliorer le suivi de la dette publique. Elle s’inscrit dans le prolongement de la publication du Bulletin statistique de la dette publique et des rapports d’exécution budgétaire mis à la disposition du public par le ministère.
À travers ce nouvel outil, les autorités détaillent les bailleurs concernés, les montants des financements, les maturités des prêts, les périodes de grâce ainsi que les projets financés. Le ministère souligne que cette publication répond aux engagements du Sénégal en matière de transparence et vise à informer aussi bien les partenaires techniques et financiers que les citoyens et les investisseurs. « Ce tableau s’inscrit en complément du bulletin statistique de la dette, dont l’objectif est de mettre à disposition les informations relatives à l’encours de la dette publique de l’État du Sénégal », précise le département des Finances.
333,2 milliards de nouveaux accords en 2026
Pour les sept premiers mois de 2026, les conventions de financement conclues par l’État représentent 333,2 milliards de FCFA, dont 311,7 milliards au titre de la dette extérieure et 21,5 milliards pour la dette intérieure. Le ministère tient toutefois à apporter une précision importante : la signature d’une convention ne signifie pas que les fonds ont déjà été mobilisés.
« La signature d’une convention de financement n’entraîne pas automatiquement un décaissement », rappelle-t-il. Les montants effectivement intégrés à la dette publique ne correspondent qu’aux sommes réellement décaissées par les bailleurs, lesquelles seront retracées dans les rapports d’exécution budgétaire. Cette distinction permet d’éviter toute confusion entre les engagements contractuels et le niveau réel de l’endettement.
Standard Chartered, principal bailleur en 2026
Parmi les partenaires financiers, Standard Chartered Bank arrive largement en tête avec 150,8 milliards de FCFA, soit près de la moitié des nouveaux engagements extérieurs. Le prêt, signé le 23 avril 2026 pour une durée de onze mois, est destiné au renouvellement du financement des chaînes de valeur agricoles et à la sécurisation des importations de produits alimentaires.
L’Association internationale de développement (IDA), branche concessionnelle du Groupe de la Banque mondiale, occupe la deuxième place avec 77,1 milliards de FCFA. Les ressources financeront notamment l’amélioration du cadastre, la réforme foncière ainsi que le programme de santé PforR Naatangue 2030. Les prêts sont consentis sur 25 ans, assortis d’une période de grâce de cinq ans.
La Banque ouest-africaine de développement (BOAD) complète le trio de tête avec 50 milliards de FCFA destinés à la construction du segment Nord du réseau national de transport de gaz naturel par gazoduc.
Une dette intérieure encore limitée
Les nouveaux engagements intérieurs demeurent relativement modestes en 2026. La Banque de l’Habitat du Sénégal (BHS) a accordé 20 milliards de FCFA pour couvrir les besoins de financement de l’État.
La Banque islamique du Sénégal complète cette enveloppe avec 1,5 milliard de FCFA, destiné au projet d’électrification de 1 000 localités, sur une durée de cinq ans avec deux années de différé.
Plus de 1 000 milliards mobilisés en 2025
Les chiffres publiés montrent également que 2025 demeure, à ce stade, une année beaucoup plus active en matière de mobilisation de financements. Le volume global des conventions signées atteint 1 099,8 milliards de FCFA, dont 732,4 milliards de dette extérieure et 367,4 milliards de dette intérieure. Là encore, Standard Chartered Bank figure parmi les principaux bailleurs avec 196,7 milliards de FCFA, toujours consacrés au financement des chaînes de valeur agricoles.
Le Groupe de la Banque mondiale a mobilisé 165,3 milliards de FCFA pour soutenir notamment le Programme pour l’emploi, la transformation économique et la relance, tandis que la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) a accordé 131,1 milliards de FCFA. Sur le marché intérieur, la BSIC Mali s’impose comme le premier financeur avec 249,8 milliards de FCFA destinés à la construction et à l’équipement de 46 lycées, 46 collèges et 46 écoles élémentaires. La Banque islamique du Sénégal a, quant à elle, mobilisé 97,6 milliards de FCFA pour plusieurs projets structurants, notamment la résorption des abris provisoires.
Un outil pour restaurer la confiance
Au-delà des chiffres, cette publication marque une évolution importante dans la gouvernance des finances publiques. Depuis la publication des audits sur les finances de l’État et les débats qu’ils ont suscités, les autorités affichent leur volonté d’améliorer la qualité de l’information financière et de renforcer la crédibilité du Sénégal auprès des investisseurs et des partenaires au développement. La mise en ligne régulière de ces données complète les autres instruments de suivi, notamment le Bulletin statistique de la dette publique et les rapports trimestriels d’exécution budgétaire.
La publication systématique de ces conventions de crédit devrait ainsi permettre aux citoyens, aux parlementaires, aux partenaires techniques et financiers ainsi qu’aux analystes de disposer d’une meilleure visibilité sur les nouveaux engagements financiers de l’État, tout en distinguant clairement les prêts signés des montants effectivement décaissés et intégrés à la dette publique.
Abdoulaye DIAO

