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LEADER ATTENDU, FINISSEUR INCONSTANT: Ismaïla Sarr, le goût de l’inachevé

Présent dans le jeu, absent au moment de conclure. Face à la France, Ismaïla Sarr a une nouvelle fois rappelé toute l’ambiguïté de son statut, celui d’un joueur capable de renverser un match à lui seul, mais qui peine encore à devenir le véritable patron offensif que le Sénégal attend depuis près d’une décennie.

NEW-JERSEY – Au MetLife Stadium, Ismaïla Sarr a probablement livré l’une de ses prestations les plus frustrantes sous le maillot national. Pendant 45 minutes, l’ailier de Crystal Palace a fait vaciller la défense française. Percussions, accélérations, appels dans la profondeur, centres dangereux : tout passait par lui. Il était le Sénégalais le plus menaçant sur la pelouse. Puis est arrivé ce ballon de la 45e+5 minute.
Cette occasion que les grandes compétitions transforment parfois en instant fondateur d’une carrière. Servi idéalement par Sadio Mané à quelques mètres du but, Sarr a expédié sa frappe au-dessus. Une action qui résume à elle seule la défaite sénégalaise (3-1). Et peut-être aussi une partie de son histoire en sélection. Car le débat n’est pas nouveau.
À 28 ans, Ismaïla Sarr n’est plus un jeune talent en devenir. Il est un cadre. Depuis sa première sélection en septembre 2016, il accompagne toutes les grandes aventures des Lions. Il compte désormais 84 sélections, 19 buts et 10 passes décisives, ce qui fait de lui le deuxième joueur le plus décisif de la Tanière derrière Sadio Mané. Des statistiques respectables. Mais qui laissent pourtant un goût d’inachevé.

Le poids d’un statut
Le paradoxe Sarr est là. Il produit. Il participe. Il anime. Mais il ne domine pas encore son époque. Alors que Mané dispute sa dernière grande compétition internationale, beaucoup imaginaient cette Coupe du monde comme celle de la transmission. Celle où Ismaïla Sarr prendrait définitivement le relais. Celle où il deviendrait le visage offensif de la nouvelle génération.
Les circonstances semblaient idéales. L’ancien joueur de Génération Foot arrive aux États-Unis porté par la meilleure saison de sa carrière : 21 buts et 2 passes décisives toutes compétitions confondues avec Crystal Palace. Un exercice exceptionnel qui l’a vu franchir un cap dans la finition et dans son influence offensive.
Mais entre le football de club et celui des sélections, l’écart reste immense. Face à la France, Sarr a démontré qu’il pouvait faire mal aux meilleures défenses du monde. Il a également rappelé pourquoi certains observateurs continuent de s’interroger sur sa capacité à devenir le leader technique et émotionnel de cette équipe.

Huit matchs de Coupe du monde, un seul but
Le chiffre est révélateur. Avec huit rencontres disputées en Coupe du monde, Ismaïla Sarr est, à égalité avec Kalidou Koulibaly, le joueur sénégalais le plus capé de l’histoire du tournoi. Pourtant, son bilan se limite à une réalisation, celle inscrite contre l’Équateur au Qatar en 2022. Pour un joueur de son talent et de son expérience, le rendement apparaît insuffisant.
Le football de très haut niveau ne juge pas uniquement les performances. Il juge les moments. Les instants où il faut faire basculer une rencontre, porter une équipe, assumer la pression. C’est précisément sur ce terrain que Sarr continue d’être attendu. Contre la France, il a tout réussi sauf l’essentiel.
La bonne nouvelle pour le Sénégal est que le Mondial ne s’arrête pas à une soirée ratée. La Norvège puis l’Irak offriront d’autres opportunités. La mauvaise, en revanche, est que le temps presse. Parce que les Lions ambitionnent plus qu’une simple qualification. Parce que la génération actuelle vise les sommets. Et parce qu’au crépuscule de l’ère Mané, quelqu’un doit prendre le témoin. Depuis dix ans, Ismaïla Sarr frappe à cette porte. À New York, il l’a encore entrebâillée. Sans parvenir à l’ouvrir complètement.
C’est toute l’histoire d’un immense talent qui cherche encore son match fondateur. Celui qui fera enfin disparaître cette étiquette devenue pesante : celle de l’inachevé.

Mouhamed DIEDHIOU