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RUPTURE AVEC DIOMAYE, REFUS D’ENTRER AU GOUVERNEMENT: Ousmane Sonko vide son sac et livre les coulisses du divorce

Pour la première fois depuis son éviction de la Primature, Ousmane Sonko est sorti du silence. Face à la presse, le leader de Pastef a dévoilé les dessous de sa rupture avec le président Bassirou Diomaye Faye, expliqué le refus de son parti d’intégrer le nouveau gouvernement et livré sa version des négociations ayant précédé son limogeage. Entre désaccords politiques, bataille autour des portefeuilles ministériels et règlement de comptes à distance, l’ancien Premier ministre a levé le voile sur les raisons d’un divorce désormais consommé au sommet de l’État.

Face à la presse hier, Ousmane Sonko a expliqué les raisons de la non-participation de Pastef au nouveau gouvernement dirigé par Ahmadou Al-Aminou Lo. « Nous n’avons rien à gagner dans ce gouvernement », a notamment déclaré le leader du parti Pastef-Les Patriotes qui, dès l’entame de sa déclaration, a indiqué avoir souhaité éclairer l’opinion nationale sur les événements récents ayant conduit à la rupture avec le président de la République et à l’absence de son parti au sein du nouvel attelage gouvernemental. « Nous avons tenu cette déclaration pour édifier les Sénégalais sur un certain nombre de choses par rapport à ce qui se passe actuellement », a déclaré Ousmane Sonko.
Revenant sur les discussions qu’il affirme avoir eues avec le chef de l’État concernant la composition du gouvernement, il a révélé plusieurs désaccords portant notamment sur les engagements de campagne et la place du parti majoritaire dans l’exécutif. « Je lui ai dit d’accord, mettons les choses sur la table. Même ça, il n’était pas en mesure de le dire. Finalement, je lui ai dit, si j’analyse les convocations que vous avez faites, le premier je retiens que 7 ministres de Pastef », a dévoilé Ousmane Sonko.
L’ancien Premier ministre a ainsi confié que le président Bassirou Diomaye Faye lui a alors confirmé son intention d’attribuer sept portefeuilles à Pastef dans un gouvernement de trente ministres. « J’en déduis que ce sont les 7 ministres là que vous allez nommer. C’est là qu’il a avoué qu’il voulait proposer 7 portefeuilles sur un gouvernement de 30 ministres avec zéro portefeuille de souveraineté à Pastef », a-t-il poursuivi.

7 portefeuilles sur 30 à Pastef
Le président de Pastef a toutefois précisé que, parmi les sept ministres consultés, trois ne pouvaient plus être considérés comme représentant son parti. « Ces trois ministres, Moussa Bala Fofana, Ibrahima Sy et Yankoba Diémé, ont outrepassé les consignes du parti pour répondre individuellement », a-t-il affirmé. « Je lui ai dit que si on devait s’accorder, ces trois-là ne sont pas des ministres de Pastef. Cela veut dire que vous donnez à Pastef 4 postes ministériels sur 30 et aucun portefeuille d’État pour un parti majoritaire », a encore révélé Ousmane Sonko.
Selon ses explications, le président de la République a ensuite proposé un huitième poste ministériel. « De fil en aiguille, il m’a dit : je peux aller jusqu’à 8. Je lui ai dit : nous ne demandons pas de postes ministériels », a-t-il déclaré soulignant que cette situation a conduit son parti à choisir de ne pas participer au gouvernement afin d’éviter d’assumer un bilan qu’il ne contrôlerait pas. « Parce que quand ça va marcher, on va dire que c’est le président Diomaye. Et quand ça ne marche pas, on va dire que c’est Pastef. C’est comme ça que ça marche dans ce pays », a justifié le président de Pastef-Les Patriotes.

Un bilan jugé positif
Profitant de cette rencontre avec la presse, Ousmane Sonko est également revenu sur son passage à la tête du gouvernement. « Nous avons fait 2 ans, à la primature avec un gouvernement majoritairement Pastef, notre bilan est largement positif », a défendu l’ancien Premier ministre. « Nous avons bloqué les prix, puis les avons baissés. Nous avons révélé la dette cachée. Nous avons fait des renégociations. Nous avons respecté toutes les échéances de la dette. Nous avons tenu tous les engagements de l’État. Nous avons réussi les grandes campagnes agricoles », a-t-il cité parmi les réalisations du gouvernement sortant.
L’ancien chef du gouvernement est également revenu sur les circonstances de son départ de la Primature, le 22 mai dernier. « Le président de la République m’a convié en tant que Premier ministre à une audience au Palais de la République. Je me suis rendu sur place aux environs de 16 heures. Nous avons échangé et il a exprimé son souhait de mettre un terme à notre collaboration. Il considérait qu’un certain nombre de positions que j’avais prises ces derniers temps l’incommodaient. J’ai pris acte et je lui ai juste fait une suggestion », a-t-il révélé.

Les circonstances de son limogeage
Il a expliqué avoir proposé au chef de l’État une séparation à l’amiable et une communication concertée. « La suggestion que je lui ai faite, c’est de ne pas annoncer la mesure tout de suite. Je lui avais suggéré qu’on se donne 24 ou 48 heures maximum pour discuter ensemble des modalités pratiques de matérialisation de cette décision. Parce que cette séparation, je ne pouvais pas l’endosser, a expliqué Ousmane Sonko. Il voulait que moi j’endosse partiellement en disant que nous nous sommes séparés d’un commun accord. J’ai dit non. Si on discute et qu’on trouve des convergences et des accords, je peux le faire ».
Le leader de Pastef d’affirmé qu’à défaut d’un accord, le président devait assumer seul la décision de son limogeage. « Alors, il m’a dit : je dois aller rendre visite à l’archevêque de Dakar, je reviens vers 18 ou 19 heures et je vous ferai signe pour que nous tenions cette discussion. Je suis rentré au Petit Palais et j’étais à son écoute. À 20h35, il m’envoie un message pour me dire qu’il ne peut plus tenir la réunion et qu’il compte annoncer la mesure de limogeage. J’ai pris acte », a révélé Ousmane Sonko renseignant que « 15 minutes après, j’ai vu la déclaration du Secrétaire général. J’ai alors commencé à faire mes bagages pour retourner à la Cité Keur Gorgui, qui m’avait tant manqué ».
L’ancien Premier ministre a assuré que son départ de la Primature ne lui avait pas posé de problème particulier.
« C’est une solution que j’attendais depuis longtemps. Je lui ai facilité la tâche en lui disant que je vais le suivre. Je lui ai demandé s’il veut me limoger, il n’a qu’à assumer et le faire », a-t-il confié. Toutefois, il affirme s’être fixé une ligne de conduite. « Je me suis fixé une règle : c’est que la rupture ne viendrait pas de moi », a-t-il ajouté, révélant avoir lui-même proposé à plusieurs reprises une séparation politique au président de la République. « Je lui ai proposé ça à trois reprises, notamment au sortir des élections législatives. À chaque fois, il avait rejeté la proposition en disant que : ‘ta place est à côté de moi’ », a-t-il déclaré.
Malgré sa déception sur la forme de cette séparation, Ousmane Sonko estime qu’une autre issue était possible. « On aurait pu le faire de cette manière amiable, mais il a choisi l’autre voie. Il me l’a notifié et j’ai pris acte », a conclu le président de Pastef-Les Patriotes.

Mamadou Lamine CAMARA