TABASKI 2026 ET CRISE ÉCONOMIQUE: Aux marchés HLM et Petersen, la fête tourne au ralenti
À moins de dix jours de la Tabaski, les grands marchés dakarois peinent à retrouver l’effervescence des années précédentes. Aux marchés HLM et Petersen, vendeurs et clientes dressent le même constat : les allées sont moins bondées, les achats se font au compte-gouttes et les commerçants cassent les prix pour espérer écouler leurs marchandises. Dans un contexte économique difficile, beaucoup de familles tentent malgré tout de sauver la fête.
Au marché HLM, mardi après-midi, l’ambiance est loin de celle des périodes de Tabaski habituelles. À l’entrée, une petite foule se forme timidement autour d’un vendeur de sacs installé à même le sol. Une quinzaine de femmes fouillent parmi les marchandises pendant qu’un haut-parleur crache en boucle : « Ana kou beugu sac », avant d’enchaîner : « Venez acheter un sac à 3000, petit sac 3000, grand sac 3000 ».
Autour de lui, les clientes hésitent, négocient, repartent parfois sans rien acheter. Les sacs, chaussures et pochettes sont « en bazar » à 2500 ou 3000 francs CFA. Le commerçant multiplie les appels, espérant attirer quelques acheteuses supplémentaires avant la rupture de stock.
Un peu plus loin, Vieux, vendeur de sacoches pour femmes et enfants, a quitté sa boutique intérieure pour s’installer à l’entrée du marché. Objectif : capter davantage de clients. « Actuellement on est en promo sur presque tous les articles, ceux qui coûtaient 10.000 francs CFA se vendent à 5000 francs CFA maintenant, et les sacoches des enfants à 2000 », explique-t-il.
Le « Ndimbeul Ndiaboot » pour soutenir les familles
Selon lui, les ventes restent meilleures que celles de la Korité, qu’il qualifie de « très molle », mais l’ambiance générale reste marquée par les difficultés économiques. Même constat chez Daouda, vendeur de tissus au marché HLM. Derrière ses piles de voiles, bazins et brodés, il tente de convaincre les rares clientes qui s’arrêtent. « Je vends tous genres de tissus : voiles, tinu-mini, lafaya, brodé cotonnade, contre bazin et les prix ne sont pas chers du tout », affirme-t-il.
Le commerçant assure pratiquer le « Ndimbeul Ndiaboot », une manière de soutenir les familles en période difficile. Les voiles sont proposés entre 300 et 1000 francs CFA le mètre, tandis que le contre-bazin atteint au maximum 5000 francs CFA. « Je bazarde en cette période de crise économique pour écouler mon stock de tissus. Après la Tabaski, les tissus reprendront leurs prix normaux », confie-t-il.
Malgré la morosité, quelques clientes tentent de maintenir la tradition. Étudiante dans une université publique sénégalaise, Astou est venue au marché avec une amie pour acheter du tissu avant de rejoindre sa famille en région. « Je suis venue acheter du bazin super magnum gold 5 mètres pour moi. Je l’achète à 2000 le mètre et j’ai profité de la promo Tabaski. Comme je suis étudiante et je n’ai pas d’argent, donc je suis venue profiter de la promo », raconte-t-elle.
Les acheteurs pas encore au rendez-vous
La jeune femme reconnaît vivre une période particulièrement difficile. « Je n’ai pas de bourses, on ne m’a pas payé donc j’ai colmaté jusqu’à obtenir 50.000 francs CFA. Ce n’est pas suffisant pour couvrir toutes mes dépenses : tissus, couture, sacoches, talons et voiles puisque je ne mets pas de perruques. Mais je n’ai pas le choix, je fais avec », explique-t-elle.
Dans les allées du marché, les haut-parleurs rivalisent de promotions : brodés à partir de 1000 francs CFA le mètre, sacoches à 2000 francs CFA, talons à 2000 francs CFA, « Thiarakh » à 1500 francs CFA. Quelques clientes s’accroupissent au sol pour choisir leurs accessoires, mais la foule compacte des grandes périodes de fête n’est plus au rendez-vous.
Du côté des vêtements pour hommes, les vendeurs ambulants consentent également de fortes réductions. Les ensembles « fil à fil » sont proposés entre 12.000 francs CFA et 15.000 francs CFA, contre 20.000 francs CFA à 25.000 francs CFA auparavant. « Je ne vois pas beaucoup de clients et je vends très difficilement comparé à avant », regrette un vendeur ambulant.
Le poids de la crise financière sur la fête
À Petersen aussi, le ralentissement est visible. Dans les boutiques chinoises spécialisées dans les accessoires – bracelets, bagues, chaînes ou sautoirs – les clientes se font rares. À l’extérieur, les vendeurs installés derrière de petites tables attendent désespérément les acheteurs.
Aminata, gérante d’une boutique d’accessoires plaqués, cache difficilement son inquiétude. « Les autres événements des années précédentes étaient plus mouvementés que celle-ci. Ce n’est même pas la même chose et on vendait plus aussi. Le pays n’a pas d’argent en ce moment pour dire vrai », déplore-t-elle.
Quelques mètres plus loin, Fatou, employée depuis huit ans dans une autre boutique chinoise du marché Petersen, partage le même sentiment. « Cette Tabaski diffère de celles des années précédentes car les autres Tabaski étaient beaucoup plus rythmées. Les clients se voyaient plus et y’avait plus d’argent aussi », affirme-t-elle avec un visage fermé.
À Dakar, cette dernière ligne d’avant la Tabaski confirme une tendance lourde : malgré les promotions et les sacrifices consentis par les commerçants comme par les ménages, la crise économique pèse fortement sur les préparatifs de la fête.
Mame Ndella FAYE

