EDUCATION FINANCIÈRE: L’État mobilise plus de 12 milliards FCFA pour réduire la fracture bancaire
Face à un taux de bancarisation encore faible, l’État du Sénégal lance un vaste Programme national d’éducation financière (PNEF) 2025-2029 doté de plus de 12 milliards de FCFA. À travers l’école, les médias, les outils numériques et les relais communautaires, les autorités veulent mieux armer les populations aux enjeux de l’épargne, du crédit, de la gestion budgétaire et de l’inclusion financière.
Au Sénégal, le taux de bancarisation strict demeure faible, estimé à seulement 20%, malgré la présence de 29 banques et de 297 institutions de microfinance sur le territoire national. Pour corriger cette fracture financière, l’État du Sénégal mise sur le Programme national d’éducation financière (PNEF) 2025-2029, doté d’une enveloppe prévisionnelle de 12,175 milliards de FCFA. Cette initiative est portée par l’Observatoire de la qualité des services financiers (OQSF), en collaboration avec le Groupe de travail sur l’éducation financière.
Le PNEF s’articule autour de trois axes stratégiques majeurs. Le premier volet, qui concentre 55% de l’enveloppe globale, soit 6,75 milliards de FCFA, cible le milieu scolaire et universitaire. L’objectif est d’introduire progressivement l’éducation financière dans les curricula à tous les niveaux d’enseignement. Dès l’école élémentaire, les élèves apprendront à reconnaître les signes monétaires et à gérer un budget personnel. Au collège, ils seront initiés aux notions d’actif, de passif et d’épargne. Dans l’enseignement supérieur, les modules porteront notamment sur les marchés financiers, l’assurance-vie, la finance verte ou encore la planification de la retraite. Ce dispositif sera complété par un important volet périscolaire, avec la mise en place de clubs d’éducation financière, l’organisation de conférences, de forums et de compétitions éducatives.
Le deuxième axe, doté de 4,325 milliards de FCFA, vise les populations hors du système scolaire : jeunes déscolarisés, populations rurales, femmes, personnes vulnérables et acteurs du secteur informel. Des modules spécifiques ont été conçus en fonction des profils ciblés. Les jeunes seront formés à la budgétisation et à la gestion des dettes, tandis que les populations rurales bénéficieront de contenus liés à l’assurance agricole et à la finance verte. Pour les femmes, l’accent sera mis sur l’entrepreneuriat féminin et la prévention du surendettement.
Le troisième pilier du programme bénéficie d’une enveloppe de 1,1 milliard de FCFA et s’adresse aux petites et moyennes entreprises (PME), qui représentent près de 90% du tissu économique national. L’enjeu est de rapprocher les entrepreneurs des institutions financières en démystifiant les mécanismes de crédit, la comptabilité selon les normes Syscoa ainsi que les dispositifs de garantie.
Pour atteindre ces différentes cibles, le PNEF prévoit une large stratégie de dissémination. Dans les établissements scolaires et universitaires, une phase pilote sera d’abord testée avant une évaluation à mi-parcours puis un déploiement progressif à grande échelle. Des manuels pédagogiques, des portfolios ainsi que des sessions de formation de formateurs sont également annoncés.
Pour les populations hors de l’école, la stratégie de communication reposera sur une combinaison de médias traditionnels et d’outils numériques : émissions radio et télévisées, spots publicitaires, caravanes d’information, réunions publiques, réseaux sociaux, applications mobiles, séries télévisées à vocation éducative et jeux interactifs. Les messages seront traduits en langues locales et relayés par des leaders communautaires, des chefs religieux ainsi que des influenceurs afin de favoriser une meilleure appropriation des contenus.
Abdoulaye DIAO

