EL MALICK NDIAYE SUR LA CRISE DE LA DETTE PUBLIQUE: « Le Sénégal a choisi de regarder la réalité en face »
Le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, a plaidé, hier, à Dakar, pour une gestion transparente et responsable des finances publiques, lors de l’ouverture de la conférence de l’IDAN axée sur le thème : « La crise d’endettement au Sénégal dans une perspective globale ». À cette occasion, il a réaffirmé la volonté des nouvelles autorités de restaurer la crédibilité financière de l’État sans recourir à une restructuration de la dette.
Dans son allocution, le président de l’Assemblée nationale a insisté sur la portée politique et sociale de la dette publique. « Parler de la dette publique, ce n’est pas seulement parler de chiffres, de ratios, de marchés financiers ou de programmes économiques. Parler de dette publique, c’est parler de souveraineté. C’est parler de vérité dans la gestion des affaires publiques. C’est parler de responsabilité devant les citoyens », a déclaré El Malick Ndiaye.
Poursuivant son propos, il a souligné que la question de la dette touche directement les capacités de l’État à assurer ses missions essentielles. « C’est, enfin, parler de la capacité d’un État à financer l’éducation, la santé, l’emploi, les infrastructures, la sécurité, la transformation productive et l’espoir des générations futures », a-t-il ajouté, rappelant l’importance du respect des procédures dans la contractualisation de la dette. Selon lui, « la dette peut être un instrument utile lorsqu’elle finance le développement, lorsqu’elle est contractée dans la transparence, lorsqu’elle respecte les procédures d’autorisation démocratique, lorsqu’elle s’inscrit dans une stratégie soutenable et lorsqu’elle produit des résultats tangibles pour les populations ».
« La dette devient un problème politique, économique et moral… »
Cependant, a averti Malick Ndiaye, « la dette devient un problème politique, économique et moral lorsqu’elle échappe au contrôle démocratique, lorsqu’elle pèse sur les générations futures sans contrepartie visible, lorsqu’elle réduit les marges de manœuvre budgétaires et lorsqu’elle fragilise la confiance entre l’État, les citoyens et les partenaires ». Ainsi, évoquant la situation des finances publiques, il a soutenu que les nouvelles autorités ont fait le choix de la transparence. « Le Sénégal a choisi de regarder la réalité en face », a-t-il affirmé, estimant que « les révélations sur l’état réel des finances publiques ont mis en évidence de graves dysfonctionnements dans la déclaration, le suivi et le contrôle de l’endettement public ».
Pour El Malick Ndiaye, « la dette ne peut plus être considérée comme une affaire exclusivement technique réservée aux administrations et aux institutions financières. La dette doit redevenir une question démocratique majeure ». Dans cette dynamique, il a défendu l’option du gouvernement fondée sur la transparence et la sincérité budgétaire. « Assumer la vérité des comptes publics, ce n’est pas affaiblir l’État. C’est au contraire restaurer sa crédibilité. C’est montrer aux citoyens, aux marchés, aux partenaires et aux générations futures que le Sénégal entend reconstruire sa trajectoire financière sur des bases sincères, solides et responsables », a expliqué le président de l’Assemblée nationale.
Cette orientation s’inscrit, d’après lui, dans le cadre du Plan de Redressement économique et social (PRES 2025-2028), de la Stratégie nationale de développement 2025-2029 et de l’Agenda national de transformation « Sénégal Vision 2050 ». Le président de l’Assemblée nationale a également décliné les axes de redressement envisagés par les autorités : assainissement des finances publiques, renforcement de la mobilisation des ressources internes, rationalisation des dépenses, amélioration de la qualité de l’investissement public, encadrement des risques budgétaires et restauration progressive des équilibres macroéconomiques.
« Cette position ne relève ni du déni, ni de l’improvisation, ni d’un réflexe de fermeture »
Sur la question sensible de la restructuration de la dette, El Malick Ndiaye a été catégorique. « La restructuration de la dette n’est pas l’option retenue par le Sénégal », a-t-il réaffirmé, avant de précisé que cette position relève d’un choix stratégique et souverain. « Cette position ne relève ni du déni, ni de l’improvisation, ni d’un réflexe de fermeture. Elle procède d’un choix souverain, responsable et assumé. Celui de préserver la signature du Sénégal, d’honorer nos engagements, de poursuivre le dialogue avec nos partenaires et de mettre en œuvre une stratégie alternative fondée sur la discipline budgétaire, la gestion active de la dette et la mobilisation accrue de nos ressources propres », a soutenu le président de l’Assemblée nationale.
« Le Sénégal entend assumer, corriger, réformer et avancer », tout en respectant sa souveraineté, ses priorités nationales et son pacte social. Dans le même élan, El Malick Ndiaye a averti contre les risques d’une politique d’austérité excessive. « Il faut le dire clairement : une trajectoire de redressement ne saurait être durable si elle sacrifie l’investissement productif, l’éducation, la santé, la cohésion sociale et l’emploi des jeunes », a-t-il déclaré.
Il a également estimé qu’une politique économique crédible doit s’appuyer sur des réformes structurelles profondes. « Elle ne saurait être crédible si elle repose uniquement sur l’austérité, sans transformation structurelle de l’économie, sans élargissement de l’assiette fiscale, sans lutte contre les gaspillages, sans amélioration de la qualité de la dépense publique et sans gouvernance renforcée », a poursuivi le président de l’Assemblée nationale, avant de plaider pour « une approche équilibrée » visant à « restaurer les équilibres, oui, mais sans casser les moteurs du développement ».
Mamadou Lamine CAMARA

