MORCELLEMENT DES TERRES DE L’AÉROPORT LSS ET DES CAMPS MILITAIRES-Ouakam, Ngor, Yoff : colère des Lébous face au partage des terres
« La terre de nos ancêtres n’est pas à négocier. Elle doit être reconnue et régularisée ». Le ton est ferme. Réunis ce week-end à Ouakam, les représentants des villages lébous de Ouakam, Ngor et Yoff ont lancé un cri d’alerte face à ce qu’ils qualifient de marginalisation dans la gestion du foncier, notamment dans l’emprise de l’aéroport Léopold Sédar Senghor et des camps militaires environnants.
Lors d’une conférence de presse tenue dimanche dans le village traditionnel de Ouakam, le collectif dénonce la lenteur dans la régularisation des terres et pointe du doigt un processus de morcellement jugé injuste. « On a morcelé les terres de nos ancêtres sans préserver les intérêts des Lébous », s’indigne Baye Mbacké Ndoye, coordonnateur du collectif.
Tout en réaffirmant leur attachement à l’unité nationale, les populations estiment que ce principe ne saurait se faire au détriment des communautés autochtones. « Nous avons trop perdu. La boulimie foncière nous a privés de tout », martèle-t-il, dénonçant une exclusion systématique de Ouakam dans les opérations de lotissement.
Selon les responsables du collectif, plusieurs décisions foncières prises au nom de l’État se font au détriment des populations originelles. « À chaque opération d’attribution de terres dans la zone, notre village est ignoré », regrette-t-il.
De son côté, Papa Abdoulaye Diagne, secrétaire général du Conseil des Freys de la collectivité léboue de Ouakam, insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une revendication identitaire ou xénophobe, mais d’une exigence de justice et de reconnaissance. « Nous demandons simplement à être considérés et à bénéficier des futures attributions, au regard de notre proximité géographique, sociologique et affective avec ces terres », explique-t-il.
Au-delà de l’aéroport, la communauté pointe également le morcellement des camps militaires, où, selon elle, Ouakam a été écarté. « Plusieurs opérations ont été menées sans que notre village ne soit pris en compte, déplore M. Diagne. Pourtant, souligne-t-il, Ouakam a multiplié les initiatives, notamment la création de coopératives d’habitat pour accéder à des parcelles. Malheureusement, jusqu’ici, aucune promesse n’a été tenue ».
Aujourd’hui, de nouvelles inquiétudes émergent. « Nous sommes informés que certaines autorités militaires invoquent des raisons de sécurité pour s’opposer à ces projets », alerte le responsable lébou qui, face à cette situation, appelle les plus hautes autorités à agir sans délai. « Nous interpellons le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et le Premier ministre, Ousmane Sonko, afin que la régularisation de ces terres soit enfin effective », plaide-t-il, non sans avertir : « Nous ne pouvons plus tolérer ce qui se passe. Il est temps que justice soit rendue à nos communautés ».
Abdoulaye DIAO

