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GRANDE INTERVIEW DE BASSIROU DIOMAYE FAYE: Entre malaise, critiques et appels à l’apaisement au sein de PASTEF

Entre incompréhension, critiques frontales et soutiens assumés, la sortie médiatique du président Bassirou Diomaye Faye, samedi soir, secoue profondément les rangs de PASTEF. Si certains saluent un discours responsable et institutionnel, d’autres dénoncent une rupture politique et appellent à un recentrage autour du projet initial du parti.

La Grand interview du chef de l’État du samedi soir suscite de vives réactions au sein de la majorité. Présentée par certains analystes comme une prise de parole fédératrice, elle est perçue par d’autres comme un discours clivant, révélateur de tensions internes entre le président et le camp du Premier ministre Ousmane Sonko.
Plusieurs cadres et militants du parti PASTEF tirent désormais la sonnette d’alarme, appelant le président à mesurer la portée de ses propos, notamment sur le comportement des membres du parti.

Alioune Ndao dénonce un discours « va-t-en-guerre »
L’ancien procureur et député Alioune Ndao n’a pas caché sa déception. « Quelle déception ! », a-t-il lancé, estimant que le président aurait dû privilégier un discours de réconciliation.
Selon lui, les attentes d’un apaisement entre le chef de l’État, Ousmane Sonko et les militants n’ont pas été satisfaites. « Nous avons eu droit, au contraire, à un discours va-t-en-guerre plein de contre-vérités », a-t-il regrette, accusant également le président de « déformer l’histoire politique récente à son profit personnel ».

Waly Diouf Bodiang critique une « contradiction politique »
Le directeur du Port autonome de Dakar, Waly Diouf Bodiang, s’est montré tout aussi virulent. Il dénonce une gestion controversée de la coalition « Diomaye-Président », qu’il qualifie de « contradiction politique inattendue » avec PASTEF.
Pour lui, le maintien d’une coalition parallèle, incluant des figures perçues comme hostiles à Ousmane Sonko, brouille la lisibilité politique du pouvoir. La nomination d’Aminata Touré a, selon lui, cristallisé les tensions. « C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », clame-t-il.

Abass Fall remet Sonko au cœur du projet
De son côté, le maire de Dakar, Abass Fall, recentre le débat sur l’identité politique du parti. Dans une sortie remarquée, il affirme : « Si c’est cela la personnification, alors le projet s’appelle Ousmane Sonko ».
Il rappelle également les années de militantisme et les sacrifices consentis par les cadres du parti, notamment durant la période d’incarcération du leader de PASTEF.

Alioune Tine appelle à dépasser les ego
À contre-courant des critiques internes, le défenseur des droits humains Alioune Tine adopte une posture plus analytique. S’il reconnaît des tensions réelles entre Macky Sall et le président en exercice, il insiste surtout sur la nécessité d’un apaisement global. « Diomaye, Macky et Sonko doivent faire litière de leurs égos », estime-t-il-
Pour Tine, l’enjeu dépasse les querelles politiques : il s’agit de préserver le prestige diplomatique du Sénégal et de faire face aux défis internationaux dans un esprit d’unité.

Des soutiens qui saluent une posture républicaine
Malgré les critiques, certains responsables saluent la sortie du chef de l’État. Le Directeur général de l’ASP, Seydina Oumar Touré, a ainsi qualifié l’interview de « brillante » et « sincère ».
Il met en avant la défense d’une justice indépendante. « Le pouvoir, par essence transitoire, ne saurait se substituer à l’État de droit », dit-il. Une position qu’il juge essentielle pour consolider les institutions.
Au final, cette séquence politique met en lumière une fracture de plus en plus visible au sein de la majorité. Entre fidélité au projet initial de PASTEF et affirmation d’un pouvoir présidentiel autonome, la ligne politique semble encore en construction.

Mariem DIA