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PRISE EN CHARGE DE LA NUTRITION: La sous-nutrition coûte plus de 478 milliards au Sénégal

Le coût économique annuel de la sous-nutrition au Sénégal est estimé à 856 millions de dollars, soit environ 478,5 milliards de FCFA, représentant 3,2% du revenu national brut. Cette révélation a été faite par le Premier ministre, Ousmane Sonko, lors du Conseil des ministres tenu, hier.

Dans sa communication, le chef du gouvernement a mis en lumière l’ampleur de la problématique nutritionnelle, tout en rappelant les efforts déjà consentis par l’État. « Le coût économique annuel total de la sous-nutrition au Sénégal est évalué à 856 millions de dollars (Ndlr : 478,5 milliards de FCFA) », indique le communiqué officiel.
Ousmane Sonko a salué les progrès réalisés en matière de gouvernance du secteur, notamment avec la transformation en 2020 de la Cellule de lutte contre la malnutrition en Conseil national de Développement de la Nutrition (CNDN), désormais placé sous la tutelle du Premier ministre. Il a également rappelé l’existence de la Politique nationale de Développement de la Nutrition (PNDN), mise en œuvre à travers le Plan stratégique multisectoriel de la Nutrition (PSMN 2024-2028).
Le Sénégal s’est par ailleurs engagé dans plusieurs initiatives internationales telles que le Mouvement Scaling Up Nutrition (SUN), l’initiative Nutrition for Growth (N4G), les Objectifs de Développement durable (ODD) ou encore l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Sur le plan financier, le Premier ministre a souligné une hausse significative de la contribution de l’État, désormais multipliée par cinq, ainsi que le renforcement des partenariats, notamment avec le Global Financing Facility (GFF).
Il a aussi évoqué l’introduction d’un outil de marquage budgétaire, destiné à assurer une meilleure traçabilité des dépenses liées à la nutrition dans les différents secteurs. Malgré ces avancées, la situation reste préoccupante. Le gouvernement note un taux de retard de croissance de 17% chez les enfants de 0 à 5 ans, une prévalence du kwashiorkor estimée à 10%, une progression du surpoids et de l’obésité, avec 22% de la population touchée par l’obésité abdominale, particulièrement chez les femmes.
À ces défis s’ajoutent des contraintes structurelles, notamment la faiblesse de la coordination intersectorielle, le déphasage des politiques actuelles avec l’Agenda national de transformation, la faible implication des collectivités territoriales et l’absence d’un système d’information autonome. Pour y remédier, Ousmane Sonko a instruit les ministères concernés d’actualiser la Politique nationale de Développement de la Nutrition et de réviser le PSMN 2024-2028, afin de les aligner sur les orientations du Masterplan 2025–2034.
Parmi les mesures annoncées figurent la mise en place, avant fin 2026, d’une plateforme digitale intégrée de gestion des données nutritionnelles, le déploiement d’une stratégie nationale de communication et de sensibilisation, une meilleure intégration de la nutrition dans les programmes éducatifs, la formation et la recherche appliquée. Le Premier ministre a enfin exhorté les ministres sectoriels à accorder une priorité élevée à la mise en œuvre des plans d’action nutritionnels, afin de mieux répondre à un enjeu majeur de santé publique et de développement.

Mamadou Lamine CAMARA