FINANCEMENT DU SENEGAL SUR LE MARCHE DE L’UEMOA: 1 068,6 milliards levés, nouvel objectif de 658 milliards en juin
Le premier trimestre 2026 aura été un véritable test de résistance pour l’État du Sénégal. Annoncé en difficulté par certains observateurs, notamment sur le remboursement de ses eurobonds en mars, le pays a finalement déjoué les pronostics en honorant l’ensemble de ses engagements extérieurs.
Mieux encore, dans un contexte de resserrement de l’accès aux marchés financiers internationaux, Dakar a réussi à mobiliser 1 068,6 milliards de FCFA sur le marché régional des titres publics de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), dépassant largement son objectif initial fixé à 808 milliards de FCFA. Une performance qui confirme le rôle stratégique croissant du marché régional dans le financement de l’économie sénégalaise.
Fort de cette dynamique, mais conscient des contraintes persistantes, le gouvernement adopte une approche plus mesurée pour le deuxième trimestre 2026. Selon le calendrier des émissions publié par UMOA-Titres, le Sénégal prévoit de lever 658 milliards de FCFA entre avril et juin.
Une dépendance accrue au marché régional
Dans le détail, les autorités tablent sur 210 milliards de FCFA via des Bons assimilables du Trésor (BAT), instruments de court terme et 448 milliards de FCFA à travers des Obligations assimilables du Trésor (OAT), destinées à des maturités plus longues. Ce rééquilibrage traduit une volonté d’optimiser la structure de la dette, en allongeant progressivement les échéances tout en maîtrisant les coûts de financement.
La stratégie actuelle s’inscrit dans un contexte financier particulièrement contraint. La controverse autour de la dette dite « cachée » a conduit le FMI à réévaluer le taux d’endettement du Sénégal à 132% du PIB, entraînant la suspension du programme en cours. À ce jour, aucun nouvel accord n’a encore été conclu avec l’institution de Bretton Woods.
Conséquence directe, l’accès au marché financier international s’est considérablement réduit, obligeant l’État à se tourner davantage vers le marché domestique et régional, devenu un levier essentiel de financement.
Plus de 4 000 milliards à mobiliser en 2026
Au total, le Sénégal ambitionne de mobiliser 4 132 milliards de FCFA en 2026, dont 2 752 milliards de FCFA sur le seul marché des titres publics de l’UMOA. À ce stade, les performances du premier trimestre laissent entrevoir une trajectoire globalement maîtrisée, malgré un environnement financier tendu.
À l’échelle régionale, les besoins de financement restent également élevés. Les huit États de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) prévoient de lever 3 075,5 milliards de FCFA sur le marché des titres publics entre avril et juin 2026. Dans ce paysage, la Côte d’Ivoire se distingue comme le plus grand emprunteur, avec un objectif de 980 milliards de FCFA sur la période, confirmant son poids économique dans la zone.
En filigrane, cette trajectoire du Sénégal illustre des arbitrages délicats dans un environnement international moins favorable où le marché régional s’impose désormais comme le principal amortisseur des tensions financières de l’État.
Abdoulaye DIAO

