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PRODUCTION DE VACCINS: Un gap d’environ 6 milliards FCFA freine l’ambition industrielle du Sénégal

Le Sénégal poursuit son ambition de devenir un pôle régional de production de vaccins, mais se heurte encore à un déficit de financement estimé à 9 millions d’euros, soit près de 5,9 milliards de FCFA. Ce constat a été dressé lors d’une réunion du comité de pilotage interministériel du projet de développement de l’industrie pharmaceutique locale.

Réunis pour évaluer l’état d’avancement des projets, les acteurs du secteur ont réaffirmé la volonté des autorités de bâtir une souveraineté pharmaceutique durable. Une orientation stratégique qui vise à doter le pays de capacités complètes de production de vaccins, de la recherche à la distribution.

Dans cette dynamique, l’Institut Pasteur de Dakar a relancé la production du vaccin contre la fièvre jaune, après plusieurs années d’arrêt. Une avancée majeure, selon le professeur Ibrahima Socé Fall, qui souligne l’importance de cette reprise dans un contexte où près de 400 millions de personnes sont exposées au risque de cette maladie en Afrique et en Amérique latine.

« Nous avons réinvesti dans les capacités et les procédures. Aujourd’hui, nous avons repris la production, ce qui constitue une étape importante, car peu de pays africains disposent encore de cette expertise », a-t-il expliqué.

Au-delà de la fièvre jaune, l’IPD travaille également sur le développement de vaccins contre la rougeole et la rubéole. Ces projets s’appuient sur un écosystème intégré incluant la recherche fondamentale, le développement clinique et les études entomologiques. Malgré ces avancées, le manque de ressources financières demeure un frein majeur. Le Secrétaire général du ministère de la Santé, Sérigne Mbaye, reconnaît que la question du financement est « centrale » pour atteindre l’objectif de souveraineté sanitaire.

« Des déficits ont été identifiés dans certains volets du programme, mais des mécanismes correctifs sont en cours, notamment à travers la Delivery Unit du ministère, en coordination avec les structures économiques de l’État », a-t-il rassuré.

Parmi les pistes envisagées figurent le recours à des financements innovants, le développement de partenariats public-privé (PPP), ainsi que la mobilisation accrue du secteur privé et des partenaires techniques et financiers.

Au-delà de la santé publique, les autorités voient dans cette industrie un levier de développement économique. L’objectif est de positionner le Sénégal comme un hub pharmaceutique capable de répondre aux besoins de la sous-région et au-delà.

Dans cette perspective, le renforcement du cadre réglementaire est également en cours, avec l’ambition de disposer d’une agence de régulation de niveau international.

Les partenaires internationaux accompagnent cette ambition. Représentant la Team Europe, Robin Thiers a salué les progrès réalisés, tout en insistant sur la nécessité de développer un écosystème complet autour de la production pharmaceutique.

« La souveraineté pharmaceutique est un enjeu global. Elle nécessite des investissements dans la régulation, la recherche, la formation et l’industrie », a-t-il indiqué.Depuis 2021, plus de 150 milliards de FCFA ont été mobilisés par la Team Europe pour soutenir cette stratégie au Sénégal, sous forme de prêts, de dons et d’assistance technique.

Viviane DIATTA