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RESTRUCTURATION DE LA DETTE: Le FMI laisse la main au Sénégal, sur fond de risques persistants en Afrique

Le Fonds monétaire international (FMI) adopte une posture prudente et flexible vis-à-vis du Sénégal, laissant aux autorités nationales la responsabilité de définir les contours d’une éventuelle restructuration de la dette. Une position qui intervient dans un contexte régional marqué par des vulnérabilités accrues et des risques de défaut persistants pour certains pays, dont justement le Sénégal.

Lors d’une conférence de presse consacrée aux Perspectives économiques régionales d’avril 2026 pour l’Afrique subsaharienne, le directeur du département Afrique du FMI, Abebe Aemro Selassie, a clarifié la position de l’institution de Bretton Woods vis-à-vis du Sénégal. Le responsable du FMI a salué la transparence du gouvernement sénégalais, notamment dans la communication rapide autour des « défaillances des systèmes » et de l’ampleur du stock de la dette. Il a insisté sur le fait que les discussions en cours visent à accompagner Dakar dans l’élaboration d’un programme « crédible, finançable » et socialement soutenable.

Une approche d’accompagnement, sans ingérence
Surtout, le FMI se garde de toute prescription rigide. « Nous n’avons absolument aucune opinion préétablie » sur les paramètres de restructuration, a-t-il affirmé, précisant que l’institution n’a pas demandé l’inclusion de la dette intérieure dans un éventuel processus. Une manière de laisser au Sénégal une marge de manœuvre stratégique dans un contexte financier délicat.
Dans un environnement international marqué par la volatilité des marchés, le FMI appelle à la prudence. L’objectif est clair. C’est de restaurer la viabilité de la dette sans précipiter le pays dans une « voie irréversible » ou dans des politiques d’austérité excessives.
Par ailleurs, l’élargissement du déficit du compte courant sénégalais est jugé en partie « conjoncturel ». Il s’explique notamment par une hausse significative des investissements dans les secteurs pétrolier et gazier, considérés comme structurants pour l’économie à moyen terme. Toutefois, ces projections restent sensibles à l’évolution des prix du pétrole sur les marchés internationaux.

Alerte sur le risque de défaut du Sénégal
En parallèle, des signaux d’alerte émergent sur la soutenabilité de la dette dans plusieurs pays africains. Selon David Cowan, économiste en chef pour l’Afrique chez Citi, le Sénégal figure parmi les pays exposés à un risque de défaut de paiement dans les prochaines années, aux côtés du Mozambique et du Malawi. Cette vulnérabilité s’inscrit dans un contexte de chocs externes répétés depuis 2020, aggravés récemment par les tensions liées au marché pétrolier. Toutefois, les trajectoires diffèrent selon les pays.
Pour le Sénégal, le risque immédiat semble contenu, mais l’horizon 2027 est jugé critique, notamment en raison des pressions liées à la dette et des révélations passées sur des engagements financiers non consolidés. À l’inverse, le Malawi et le Mozambique apparaissent plus exposés à court terme, en raison de la forte dépréciation de leurs monnaies, qui renchérit le coût de la dette libellée en devises.
Malgré ces risques, certaines situations pourraient être plus faciles à gérer. Le Malawi, par exemple, ne détient pas d’obligations internationales, sa dette étant principalement contractée auprès de bailleurs multilatéraux et bilatéraux. De son côté, le Mozambique ne compte qu’une seule obligation en devises sur les marchés.

Une résilience à consolider
Depuis 2020, plusieurs pays africains, dont le Ghana, la Zambie, l’Éthiopie et le Tchad, ont déjà engagé des processus de restructuration sous l’égide du G20. Une dynamique qui témoigne à la fois de la persistance des difficultés et d’une certaine capacité d’adaptation du continent. Malgré un environnement global contraint, certains signaux positifs subsistent. L’exemple de la République démocratique du Congo, qui a réussi une émission d’euro-obligations dans un contexte de taux élevés, illustre une résilience relative des marchés africains.
Pour autant, comme le souligne David Cowan, « l’Afrique n’est pas encore totalement sortie d’affaire ». La gestion des chocs externes, notamment énergétiques et financiers, demeure le principal défi des économies du continent. Dans ce contexte, la stratégie du Sénégal sera scrutée de près. Entre autonomie décisionnelle, accompagnement du FMI et contraintes du marché, le pays joue une partition délicate où chaque arbitrage comptera pour préserver sa stabilité macroéconomique.

Abdoulaye DIAO