Sport

IMBROGLIO JURIDIQUE AUTOUR DE LA CAN 2025: La CAF prise à son propre piège

Une semaine après un verdict aussi spectaculaire que controversé, la CAF n’a toujours pas notifié les motivations juridiques de la décision attribuant la CAN 2025 au Maroc. Entre opacité procédurale et soupçons d’ingérence, le Sénégal a choisi d’anticiper en saisissant le TAS pour neutraliser un compte à rebours piégé.

Sur le terrain, le Sénégal avait gagné (1-0). Dans les coulisses, la bataille ne fait que commencer. Une semaine après la décision du Jury d’Appel de la Confédération africaine de football (CAF) réattribuant la CAN 2025 au Maroc, un silence intrigue autant qu’il interroge : aucune notification complète, aucun argumentaire juridique détaillé n’a été transmis à la Fédération sénégalaise.
Un vide lourd de conséquences. Car sans motivation écrite, impossible de contester efficacement devant le Tribunal arbitral du sport. Pire, ce mutisme peut s’apparenter à une stratégie dilatoire, susceptible de pousser la partie sénégalaise à la forclusion, en laissant courir le délai de 21 jours sans base juridique exploitable.
Mais le Sénégal a pris les devants. Conseillée par un pool d’avocats expérimentés, la Fédération sénégalaise de football (FSF) a saisi le TAS pour demander le gel du délai de recours. Une manœuvre juridique limpide : sans notification complète, pas de chronomètre. Si la CAF persiste, elle s’expose à un risque majeur : voir sa décision déclarée inopérante, voire frappée de nullité absolue.
Cette séquence met crûment en lumière les fragilités d’une gouvernance déjà contestée. Comment expliquer qu’un Jury d’Appel, limité à cinq membres, dont l’un n’aurait même pas dû siéger, rende une décision aussi lourde sans en formaliser immédiatement les fondements ? Pourquoi cette précipitation, suivie d’un tel retard ?

Ingérence et manipulation de la CAF sur la décision du Jury d’Appel
Les révélations de Sport News Africa jettent une lumière encore plus crue sur les coulisses du dossier. Le licenciement soudain du Djiboutien Yassin Osman Robleh, directeur des organes indépendants au sein de la division des affaires juridiques de la CAF, à deux semaines de la procédure, interroge.
D’autant que son remplaçant officieux, Cédrick Aghey, nommé dans des conditions contestées, aurait directement influencé la composition du Jury. Le tout commandité par un secrétaire général qui n’avait officiellement plus le droit d’occuper ses fonctions depuis le 15 octobre dernier à cause de la limite d’âge et qui n’a pas reçu la validation au préalable du Comité exécutif.
Au cœur des soupçons : une possible ingérence de l’administration dans un processus censé être indépendant. La présence de Moez Ben Nasri, président de la Fédération tunisienne et membre de l’UNAF aux côtés du Maroc, soulève notamment la question d’un conflit d’intérêts non déclaré.
Autant d’irrégularités potentielles qui pourraient suffire, à elles seules, à faire tomber la décision devant le TAS, sans même aborder le fond du litige. Dans ce contexte, les déclarations du président de la CAF, Patrice Motsepe, affirmant déjà se conformer à une future décision du TAS, résonnent comme un aveu implicite de fragilité. Au sommet de la hiérarchie juridictionnelle sportive, aucune instance ne surplombe le TAS.
Derrière ce bras de fer juridique se joue bien plus qu’un trophée. C’est la crédibilité même des instances africaines qui vacille. En privilégiant l’annonce à la démonstration, la CAF s’expose à un désaveu retentissant.
Le Sénégal, lui, avance méthodiquement. Piloté par Me Seydou Diagne, son collectif d’avocats (composé de Me Aissata Tall Sall, Me Moussa Sarr et des avocats français) entend démonter, point par point, une décision qu’il juge « inique ». Une contre-offensive argumentée est attendue ce jeudi 26 mars à 10h lors d’une conférence de presse à Paris. Il sera quelque peu question d’exposer les fondements de la saisine du TAS mais également indiquer les prochaines étapes de la procédure. Sur le terrain du droit, cette finale est loin d’avoir livré son verdict.

Mouhamed DIEDHIOU