PONCTIONS SUR LES SALAIRES DES ENSEIGNANTS: Sur le pied de guerre, le CUSEMS étrille Olivier Boucal et dénonce les « Enseignants-bonds »
Le Cadre unitaire syndical des enseignants du moyen secondaire (CUSEMS) hausse le ton. Face à la presse hier, son Secrétaire général, Ndongo Sarr, a vivement dénoncé l’attitude du ministre de la Fonction publique, Olivier Boucal, accusé d’ingérence dans un conflit interne au syndicat.
D’emblée, le ton est donné. « Nous ne sommes plus dans un État de droit », a lancé Ndongo Sarr à l’ouverture de sa déclaration. Une sortie forte pour dénoncer ce qu’il qualifie de « précédent gravissime » et de « dérive préoccupante » de l’administration. Au cœur de la controverse : l’intervention jugée « brutale et illégale » du ministre de la Fonction publique dans un différend interne au CUSEMS, actuellement pendant devant les juridictions. Ce conflit, né d’un congrès contesté, continue de diviser le syndicat depuis plusieurs mois.
Selon le Secrétaire général du CUSEMS, l’administration aurait dû observer une stricte neutralité en attendant la décision de justice. Or, Olivier Boucal est accusé d’avoir rompu cet équilibre en ne conviant qu’une seule des parties aux cadres de concertation nationale. « Soit la justice est saisie et il faut attendre qu’elle tranche. Soit l’administration se substitue au juge, et alors nous ne sommes plus dans un État de droit », a martelé Ndongo Sarr, dénonçant une volonté « délibérée » de saper l’autorité judiciaire.
En invoquant le slogan gouvernemental « Jub Jubbal Jubbanti », le leader syndical pointe « une contradiction entre les engagements de transparence et les pratiques » qu’il juge partisanes. Pour lui, « en choisissant ses interlocuteurs en dehors des procédures légales, l’État abandonne son rôle d’arbitre pour devenir acteur du conflit ». « En prenant parti dans un litige pendant devant la justice, le ministre franchit une ligne rouge : celle de la neutralité de l’État. Lorsque l’État cesse d’être arbitre, c’est tout l’équilibre institutionnel qui vacille », a-t-il insisté.
Au-delà de ce bras de fer institutionnel, le CUSEMS alerte sur les véritables urgences du secteur. Le syndicat dénonce notamment les ponctions salariales jugées « abusives », ainsi que les menaces pesant sur les enseignants. Il pointe également des préoccupations majeures restées sans réponse : l’équité dans le système de rémunération, la situation des enseignants décisionnaires et leur prise en charge médicale.
Pour Ndongo Sarr, les initiatives issues de concertations « biaisées » ne sauraient engager le syndicat. Le message lancé est clair : appel à la mobilisation, à la vigilance et au refus de toute décision jugée illégitime.
« Avec ce gouvernement, on en est arrivé aux ‘Enseignants-bonds’ »
De son côté, Aliou Gningue, Secrétaire général adjoint du CUSEMS, a révélé qu’une enseignante non gréviste, en congé de maternité, s’est vu ponctionner 200 000 FCFA sur son salaire. De même, des chefs d’établissement tels que des censeurs et des principales, pourtant non-grévistes en raison de leur statut administratif, se sont retrouvés avec des salaires amputés pour faits de grève.
« Jusqu’ici, on parlait des Eurobonds et des Diaspora-bonds. Aujourd’hui, avec ce gouvernement, on en est arrivé aux ‘Enseignants-bonds’. Ces autorités ont décidé de tailler dans les salaires des enseignants pour payer les dettes du pays. Les agents du ministère des Finances qui ont fait cela doivent être identifiés et radiés. Mieux, il faut en finir avec les fonds communs », a-t-il clamé.
Enfonçant le clou, il ajoute : « Dans ce pays, tous les agents de la fonction publique veulent aller travailler au ministère des Finances. Parce que c’est le moyen le plus rapide pour se faire de l’argent sans trop se fatiguer et construire un R+2 ou un R+3 ». « Un journaliste a même affirmé que près de 120 milliards de FCFA par an seraient ainsi partagés, sous prétexte qu’ils manipulent de l’argent. Et les autres fonctionnaires de l’État dans tout cela ? », a-t-il apostrophé, avant de conclure : « On doit interdire les fonds communs au Sénégal ».
Mariem DIA

