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JOURNÉES MONDIALES DE LA JEUNESSE 2026: Le langage de vérité des évêques du Sénégal à une jeunesse en quête de repères

Le dimanche 22 mars 2026, cinquième dimanche de Carême, des milliers de jeunes catholiques sénégalais ont célébré les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) dans leurs diocèses respectifs. Face à une jeunesse tiraillée entre chômage, écrans et tentation de l’exil, les évêques du Sénégal ont choisi de tenir un langage de vérité, en s’appuyant sur une même parole tirée de l’Évangile de Jean : « Prenez courage ! Moi, j’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33). Un message que chacun a décliné à partir des réalités concrètes de son diocèse.

Devant plus de 45 000 jeunes rassemblés sous un immense chapiteau à Nianing, Mgr André Guèye, archevêque métropolitain de Dakar, célébrait ses premières Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) depuis son arrivée à la tête de l’archidiocèse. Il a ouvert son homélie sans se laisser emporter par la seule atmosphère festive. Certes, la ferveur était au rendez-vous, entre croix dressée, tenues traditionnelles, chants et danses. Mais en abordant le thème de cette 41e édition, l’archevêque a posé une question directe à l’assemblée : comment entendre cette invitation du Christ dans un monde traversé par les guerres, la pauvreté et l’indifférence ?
Il a ainsi mis des mots sur une tragédie que les chiffres peinent souvent à traduire : « Cet océan devenu témoin et réceptacle de tant de vies de jeunes désespérés ». Il faut rappeler que cette parole du Christ, « Prenez courage ! Moi, j’ai vaincu le monde », a été prononcée la nuit même de sa passion, quelques heures avant son arrestation, sa condamnation et sa mort. Quatre autres pasteurs ont porté ce même message à leur jeunesse, chacun depuis les blessures propres à son diocèse.
Trois grandes fractures ont traversé l’ensemble des homélies, sous des formes diverses selon les régions. La première est celle de la désespérance. Mgr Joseph Francis Janvier Badji, évêque coadjuteur nommé de Kolda, l’a évoquée sans détour devant les jeunes de Médina Wandifa, réunis pour la 41e édition de leurs JMJ : chômage, pirogue érigée en seul horizon, dépendance à la drogue et aux écrans, pression à taire sa foi pour ne pas paraître différent dans un pays à forte majorité musulmane.
À Kaolack, Mgr Martin Boucar Tine a inscrit cette même désespérance dans un cadre plus large, en évoquant les guerres, le terrorisme et l’individualisme à l’échelle mondiale, mais aussi, au Sénégal, la pauvreté, la cherté de la vie, les tensions politiques et les fractures sociales.
Deuxième fracture : la crise éducative. Mgr Jean-Baptiste Valter Manga, évêque de Ziguinchor, l’a abordée devant les centaines de jeunes venus de toute la Casamance, qui avaient envahi les rues de Kafountine. Dans l’une des régions les plus scolarisées du Sénégal, les résultats aux examens restent encore loin de refléter ce niveau de scolarisation. Les grèves à répétition, la mort d’un étudiant sur son lieu d’études, les manifestations qui détruisent le bien commun : autant de réalités qui l’ont conduit à interpeller les jeunes en ces termes : « Comment pouvez-vous, comme jeunes chrétiens, travailler à être des acteurs de paix dans notre système éducatif ? ».

« Le dialogue ne dilue pas les identités, il les fortifie »
Enfin, le dialogue interreligieux a constitué la troisième grande thématique. À Médina Fall, des jeunes musulmans, venus au lendemain même de la Korité, avaient pris place aux côtés des catholiques pour un forum islamo-chrétien. Mgr Albert Sène, administrateur diocésain de Thiès, avait choisi ce lieu, symbole du vivre-ensemble sénégalais, pour adresser ce message à la jeunesse : « Le dialogue ne dilue pas les identités, il les fortifie ».
Mais les évêques ne se sont pas contentés de nommer les blessures. Ce n’était pas l’essentiel. Leur objectif était d’ouvrir un chemin vers l’annonce centrale de la foi chrétienne. Tous ont prêché sur le même passage évangélique, celui de la résurrection de Lazare (Jn 11, 1-45), et tous en ont tiré la même certitude : le Christ entre dans la souffrance humaine avant d’en montrer l’issue.
Mgr Guèye l’a rappelé avec clarté : Jésus pleure devant le sépulcre de son ami. Son pardon, a-t-il insisté, est toujours offert, quelles que soient les chutes. « Il n’existe aucun péché qui puisse rejoindre et détruire la miséricorde de Dieu, quand elle trouve un cœur contrit qui demande à être réconcilié avec le Père », a-t-il déclaré, citant le pape François.

« Notre foi ne doit pas nous éloigner du monde, mais nous pousser à le servir »
De son côté, Mgr Manga a illustré cette certitude par une image inattendue : suivre le Christ ressuscité, c’est « regarder un match en différé en sachant que la victoire est acquise ». Les apôtres, autrefois enfermés par peur, sont devenus des témoins publics que ni les outrages ni les mauvais traitements n’ont réduits au silence. Ils connaissaient déjà l’issue.
Mgr Badji, lui, est parti d’une scène marquante de l’Évangile : Lazare sort du tombeau encore ligoté dans ses bandelettes. Le Christ confie alors aux témoins présents le soin de le délier. Il aurait pu accomplir ce geste seul, mais il choisit de ne pas le faire, pour signifier que nul ne se libère sans les autres. La libération est aussi un acte communautaire.
De cette annonce ont découlé des appels d’une grande précision pastorale. Mgr Sène a tracé un chemin structuré : prière, vie sacramentelle, méditation de la Parole et engagement ecclésial. « Notre foi ne doit pas nous éloigner du monde, mais nous pousser à le servir », a-t-il conclu, avant d’envoyer ses jeunes vers la société.
Le maire de Thiès Nord a prolongé cet appel dans des termes qui dépassaient le seul cadre catholique : « Le courage, ce n’est pas seulement résister. C’est choisir la lumière quand tout invite à l’obscurité ».
Mgr Manga, pour sa part, a renouvelé son appel de l’année précédente : aimer cette terre, lui faire produire sa nourriture, construire l’avenir ici. Mgr Tine a rappelé que suivre le Christ exige aussi de se vaincre soi-même : surmonter la paresse, le découragement et l’illusion d’une vie sans effort.

« Ne regardez pas la vie à partir d’un balcon… »
À Kolda, Mgr Badji a confié aux jeunes la figure des « sentinelles du matin », chère à saint Jean-Paul II : ces hommes et ces femmes qui veillent dans la nuit, tiennent leur poste quand d’autres abandonnent et annoncent l’aube au moment même où le monde doute qu’elle puisse venir. Sa première rencontre avec les jeunes de son futur diocèse, avant même son ordination épiscopale prévue le 11 avril prochain, il l’a reçue comme une mission. « Un évêque ne reçoit pas sa consécration pour lui-même. Il la reçoit pour son troupeau », a-t-il confié.
Enfin, Mgr André Guèye a transmis à la jeunesse l’interpellation forte du pape François : « Ne regardez pas la vie à partir d’un balcon. Ne vivez pas toute votre vie derrière un écran. Ne devenez pas le triste spectacle d’un véhicule abandonné ».
La foi en Jésus, a-t-il insisté, n’est pas une forme de résignation. Elle est une force qui pousse à forger l’avenir, à prendre des risques, à refuser la lamentation. Ce que les évêques ont dit ce dimanche, Jésus l’avait dit le premier, la nuit de sa passion : non pas « je vaincrai », mais « j’ai vaincu ». La victoire est déjà acquise. Il reste désormais à y entrer.

Viviane DIATTA