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PRÉSENCE D’AFLATOXINES DANS LE RIZ LOCAL: Dakar concentre tous les cas de non-conformité

Le Comité national du Codex Alimentarius Sénégal a présenté, hier, les résultats d’un plan de surveillance sur la contamination du riz par les aflatoxines. Sur les 200 échantillons prélevés à Dakar, Thiès et Kaolack, 30 se sont révélés non conformes aux normes de sécurité sanitaire, soit un taux de 22,6%. Fait marquant : l’ensemble des échantillons non conformes provient de Dakar.

Le riz local commercialisé sur certains marchés de Dakar présente des niveaux préoccupants d’aflatoxines. C’est l’un des principaux enseignements du plan de surveillance présenté lors d’un atelier de partage des résultats organisé par le Comité national du Codex Alimentarius Sénégal. Selon le président du Comité, Pr Amadou Diop, cette étude visait à évaluer le niveau de contamination du riz consommé au Sénégal par les aflatoxines. Réalisée dans les régions de Dakar, Thiès et Kaolack, elle a porté sur 200 échantillons de riz, ainsi que quelques échantillons de miel, prélevés notamment dans les marchés et les restaurants. Les analyses ont été effectuées par l’Institut de Technologie Alimentaire (ITA), dont le laboratoire est accrédité. 

« Les résultats ont montré que sur les 200 échantillons analysés, 30 présentent des niveaux de contamination supérieurs aux normes autorisées. Dakar compte 133 échantillons et les 30 cas de non-conformité proviennent exclusivement de cette région. À Thiès et à Kaolack, aucun dépassement des normes n’a été constaté », a expliqué le Pr Diop.

Il rappelle que, depuis 2021, le Sénégal met en œuvre des projets destinés à renforcer son système national de sécurité sanitaire des aliments. À la suite d’un exercice de priorisation des risques, le couple « riz-aflatoxines » avait été identifié comme une priorité, le riz étant l’un des aliments les plus consommés dans le pays.

Môle 10 et Petersen particulièrement concernés

Le président du Comité souligne que le riz local est la catégorie la plus touchée par cette contamination. « Les prélèvements effectués sur certains marchés ont révélé des niveaux préoccupants, notamment aux marchés Môle 10 et Petersen, où plus de 50% des échantillons analysés étaient contaminés », a-t-il précisé.

Le Pr Amadou Diop rappelle que les aflatoxines sont des toxines produites par des champignons du genre Aspergillus, capables de contaminer plusieurs céréales, notamment le riz et le mil. « Les aflatoxines sont reconnues comme des substances cancérogènes. Elles sont notamment suspectées de favoriser le développement du cancer du foie, une pathologie qui constitue déjà un problème de santé publique au Sénégal », a-t-il averti.

Face à cette situation, il plaide pour un renforcement du système national de sécurité sanitaire des aliments et recommande d’étendre cette surveillance à l’ensemble du territoire, notamment dans les principales zones de production rizicole du nord du pays. « Cette étude n’a concerné que trois villes pilotes. Il est indispensable de l’élargir afin de disposer d’une cartographie nationale de la contamination et d’évaluer également le plan stratégique mis en œuvre depuis 2018 », a-t-il suggéré.

Le spécialiste estime que les autorités compétentes, notamment celles en charge du Commerce et de la Santé, devront prendre les mesures appropriées pour renforcer le contrôle de la qualité des denrées alimentaires. Il appelle également à rendre permanente la surveillance des contaminants alimentaires. « Il ne s’agit pas seulement des aflatoxines, mais de nombreux autres contaminants susceptibles de menacer la santé publique. Les maladies d’origine alimentaire représentent un lourd fardeau sanitaire à travers le monde. Nous devons donc rester extrêmement vigilants sur ce que nous consommons », a insisté le Pr Diop.

Enfin, il recommande aux consommateurs de respecter les bonnes pratiques d’hygiène alimentaire, notamment lors du lavage, du rinçage, de la conservation et de la cuisson des aliments, afin de réduire les risques sanitaires. 

Viviane DIATTA