CAMPAGNE « DUNDAL JOJ »La Présidence joue en solo et rate la mobilisation populaire des jeunes
Présentée comme une vaste campagne populaire destinée à rapprocher les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026 des Sénégalais, l’initiative « Dundal JOJ » laisse apparaître une sérieuse faiblesse dans son pilotage. Conduit principalement par les équipes de la Présidence de la République, le projet n’aurait pas suffisamment associé le COJOJ, le CNOSS, les fédérations sportives, les ASC, le mouvement navétane et les principales organisations de jeunesse. Une démarche verticale qui risque de transformer une belle ambition nationale en simple opération institutionnelle, faute d’adhésion populaire.
La promesse est ambitieuse. À travers la campagne nationale « Dundal JOJ », le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, entend mobiliser les forces vives du pays autour des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026. Artistes, sportifs, entreprises, fondations, collectivités territoriales et acteurs de la société civile sont appelés à contribuer à la réussite de ce rendez-vous historique, le premier événement olympique organisé sur le continent africain.
Le programme prévoit notamment la distribution de kits de rentrée scolaire à plus de 150 000 élèves et enseignants, la mise à disposition de 200 000 billets au profit des écoles et associations, ainsi que des activités de reboisement, des marathons et des actions d’éducation à l’environnement. Sur le papier, « Dundal JOJ » porte ainsi une véritable ambition sociale, éducative et populaire. Mais derrière les annonces et les objectifs chiffrés, une question essentielle demeure : comment mobiliser durablement la jeunesse sans associer pleinement ses organisations naturelles ?
Un pilotage concentré à la Présidence
La principale faiblesse de l’initiative résiderait dans son mode de conception et de pilotage. Le projet a été largement porté par les équipes de la Présidence de la République, sans implication réelle et visible du Comité d’organisation des Jeux olympiques de la jeunesse (COJOJ), du Comité national olympique et sportif Sénégalais (CNOSS), pourtant chargé de la préparation opérationnelle de Dakar 2026.
Cette mise à l’écart apparente pose un problème de cohérence institutionnelle. Une campagne directement liée aux JOJ devrait logiquement être construite avec le COJOJ, afin de garantir son articulation avec les programmes de mobilisation, d’héritage, de billetterie et d’engagement communautaire déjà prévus autour des Jeux.
Le risque est de voir se développer deux dynamiques parallèles : d’un côté, le dispositif officiel du COJOJ et, de l’autre, une campagne conduite depuis la Présidence. Une dispersion des responsabilités qui pourrait brouiller les messages, multiplier les interlocuteurs et réduire l’efficacité de la mobilisation.
Les fédérations reléguées au second plan
Les fédérations sportives auraient également dû occuper une place centrale dans « Dundal JOJ ». Elles disposent des athlètes, des techniciens, des clubs et des relais territoriaux capables de porter le message olympique jusque dans les régions. Leur faible implication prive la campagne d’un réseau déjà structuré et directement connecté aux disciplines inscrites au programme des Jeux. Les champions, anciens internationaux, entraîneurs et dirigeants fédéraux pouvaient devenir les premiers ambassadeurs de cette mobilisation.
Or, une campagne autour des JOJ ne peut pas seulement être une opération de communication. Elle doit permettre aux jeunes de découvrir les disciplines, de rencontrer des sportifs, de participer à des initiations et de comprendre les valeurs de l’olympisme. Sans les fédérations, cette dimension sportive risque de rester secondaire.
ASC et Navétanes, les grands oubliés
L’absence d’une implication forte du mouvement navétane apparaît encore plus difficile à comprendre. Avec ses milliers d’Associations sportives et culturelles présentes dans les quartiers et les villages, l’Organisme national de coordination des activités de vacances (ONVAC) constitue l’un des plus puissants réseaux de mobilisation populaire du Sénégal.
Les ASC connaissent les jeunes, leurs habitudes, leurs préoccupations et leurs espaces de rassemblement. Elles sont capables d’organiser des journées citoyennes, des animations sportives, des opérations de reboisement et des activités culturelles dans toutes les communes.
Écarter ou associer tardivement ce mouvement revient à se priver d’une force de mobilisation exceptionnelle. Les JOJ ne doivent pas seulement être visibles sur les affiches, dans les salons officiels ou lors des cérémonies présidentielles. Ils doivent vivre dans les quartiers, sur les terrains de proximité et au cœur des compétitions navétanes.
Une jeunesse davantage bénéficiaire qu’actrice
Le programme prévoit de distribuer des kits scolaires et 200 000 billets aux écoles et associations. Ces mesures peuvent faciliter l’accès des jeunes aux Jeux, mais elles ne suffisent pas à faire d’eux de véritables acteurs de Dakar 2026. La jeunesse semble ici envisagée principalement comme bénéficiaire d’actions conçues en amont, et non comme partenaire de leur élaboration. Les conseils de jeunesse, mouvements associatifs, organisations estudiantines, structures féminines, mouvements scouts et réseaux de jeunes entrepreneurs auraient dû être associés dès la conception du projet.
La mobilisation populaire ne se décrète pas depuis les bureaux. Elle se construit avec ceux auxquels elle est destinée. Sans cette démarche participative, la campagne court le risque d’une mobilisation ponctuelle, alimentée par les cérémonies et les distributions, mais sans véritable appropriation populaire. Comme on l’a vu samedi, au stade Iba Mar Diop où on a l’impression d’une cérémonie VIP.
Réorganiser la mobilisation avant qu’il ne soit trop tard
« L’héritage des Jeux n’attendra pas la cérémonie de clôture. Il se construit dès maintenant, dans nos écoles, dans nos quartiers, dans nos vies », a déclaré Bassirou Diomaye Faye lors du lancement de la campagne. Cette ambition suppose justement que les écoles, les quartiers et les organisations de jeunesse ne soient pas de simples destinataires, mais les principaux artisans du projet.
Il reste encore possible de corriger le tir. La Présidence gagnerait à replacer les jeunes au cœur du pilotage opérationnel et à mettre en place un cadre national associant CNOSS, fédérations sportives, ONCAV, ASC, collectivités territoriales et les mouvements de jeunesse. À quelques semaines des JOJ, l’urgence n’est plus seulement de multiplier les annonces. Il faut bâtir une mobilisation structurée, inclusive et territorialisée. Car Dakar 2026 ne pourra devenir une grande fête populaire que si la jeunesse sénégalaise est appelée à l’organiser, et pas seulement à y assister.
Abdoulaye DIAO

