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CHERTÉ DE L’ÉLECTRICITÉ-Woyofal : le rouge qui affole les familles

Devant les concessions, le voyant rouge s’allume et la même inquiétude gagne les familles : le crédit Woyofal semble s’épuiser à une vitesse jugée préoccupante. Entre recharges répétées, dépenses de plus en plus lourdes et incompréhension autour des unités consommées, l’électricité prépayée nourrit un profond ras-le-bol. Dans les quartiers, le compteur est devenu le symbole d’un pouvoir d’achat sous forte pression.

Dans les quartiers de Dakar, la recharge d’électricité pèse de plus en plus lourd sur le budget des ménages. Il suffit de parcourir quelques rues pour constater une scène devenue presque banale : devant les maisons, les compteurs Woyofal affichent leur voyant rouge. À l’intérieur des concessions, le même scénario se répète : le crédit diminue, les recharges se multiplient et l’inquiétude monte.

« On vient à peine de recharger et le compteur signale déjà le rouge », se plaint un habitant rencontré devant son domicile à Grand-Mbao. Dans sa main, il tient encore son reçu de recharge. Le montant payé est bien visible. Mais, selon lui, le véritable problème réside dans la quantité d’électricité obtenue en contrepartie, jugée insuffisante pour couvrir durablement les besoins de son foyer.

Le Woyofal avait pourtant été présenté comme une solution permettant aux consommateurs de mieux maîtriser leurs dépenses. Le principe est simple : acheter à l’avance des unités d’électricité et adapter sa consommation à ses moyens. Mais, pour de nombreux usagers, le système est désormais associé à une tout autre réalité : celle d’un crédit qui s’épuise trop rapidement.

Le rouge est ainsi devenu un véritable signal d’angoisse. Selon les indications de Senelec, un voyant rouge fixe signifie que le crédit disponible se situe entre 15 et 30 kWh. Lorsqu’il clignote, il reste entre 5 et 15 kWh. Enfin, lorsqu’il clignote avec un signal sonore, le crédit est inférieur à 5 kWh.

Le voyant rouge, baromètre du pouvoir d’achat

Dans les quartiers populaires, ce petit voyant est devenu un véritable baromètre du pouvoir d’achat. Dès que le compteur passe au rouge, les familles savent qu’une nouvelle recharge se profile. Pour les ménages qui utilisent quotidiennement un réfrigérateur, une télévision, des ventilateurs, une pompe à eau ou plusieurs appareils électroménagers, la consommation devient une préoccupation permanente.

« Avant, on rechargeait et on savait à peu près combien de temps le crédit pouvait tenir. Aujourd’hui, on a l’impression que l’argent disparaît très vite », témoigne un usager du Woyofal.

Une question revient alors avec insistance : combien coûte réellement le kilowattheure ? Depuis plusieurs années, des consommateurs dénoncent l’écart entre le montant payé et le nombre de kilowattheures reçus. Dès 2024, certains usagers signalaient déjà une diminution des unités obtenues lors des recharges et estimaient que le prépaiement devenait particulièrement lourd pour les foyers.

Plus récemment, la question a également été soulevée au niveau institutionnel. Dans le cadre des travaux préparatoires du budget 2026, des parlementaires ont relayé les plaintes des consommateurs concernant la cherté du Woyofal et les variations constatées dans le nombre de kilowattheures obtenus pour un même montant.

Face aux critiques, Senelec rappelle que la tarification du Woyofal repose sur un système de tranches. La grille publiée par l’entreprise prévoit notamment, pour les clients domestiques de petite puissance en prépaiement, un tarif de 82 francs CFA par kilowattheure pour la première tranche et de 136,49 francs CFA pour les tranches suivantes.

Des ménages rivés sur leur compteur

Dans les maisons, le compteur est désormais surveillé comme une horloge : le matin avant de partir au travail, le soir avant de se coucher et, parfois, plusieurs fois dans la journée. Le voyant rouge agit alors comme un rappel brutal : il faudra bientôt trouver de l’argent pour effectuer une nouvelle recharge.

Pour les familles nombreuses, les petits commerçants et les travailleurs aux revenus modestes, chaque achat de crédit vient s’ajouter aux autres dépenses incompressibles : alimentation, transport, eau, scolarité, logement et santé.

« Nous ne demandons pas l’électricité gratuitement. Nous voulons simplement comprendre pourquoi une recharge ne dure pas suffisamment longtemps », explique un consommateur.

La même revendication revient dans les témoignages : davantage de transparence sur la facturation, une meilleure explication des tranches tarifaires et une communication plus claire sur le fonctionnement des compteurs.

Le Woyofal à l’épreuve de sa promesse

Le terme « Woyofal » renvoie à l’idée de soulagement. Le système de prépaiement devait permettre au client de mieux contrôler sa consommation et ses dépenses. Mais, dans de nombreux foyers, le sentiment est aujourd’hui tout autre.

Le compteur est installé devant la maison, le voyant rouge clignote, le crédit diminue et le chef de famille pense déjà à la prochaine recharge. Derrière ce petit signal lumineux se pose une question majeure de pouvoir d’achat.

Car lorsque l’électricité devient une dépense à surveiller au quotidien, le problème dépasse largement le simple fonctionnement d’un compteur. Il touche directement au portefeuille et aux conditions de vie des familles.

Dans les concessions, les témoignages se ressemblent : conçu comme un instrument de maîtrise de la consommation, le Woyofal est désormais perçu par certains ménages comme une charge pesante. Entre les voyants rouges qui clignotent et les recharges qui s’enchaînent, une interrogation revient avec insistance : à quand un Woyofal qui soulage réellement ?

Adama AIDARA

TÉMOIGNAGES

MBAYE SENE, CHEF DE FAMILLE

« Notre budget électricité explose »

« Avant, une recharge nous permettait de tenir plusieurs jours. Aujourd’hui, nous avons l’impression de devoir recharger beaucoup plus souvent. Avec toutes les dépenses de la maison, l’électricité devient vraiment difficile à supporter. Dès que le compteur passe au rouge, nous commençons déjà à chercher de l’argent pour acheter du crédit. Notre budget électricité explose ».

AWA NDOYE SECK, VEUVE ET MERE DE QUATRE ENFANTS

« Nous surveillons le compteur tous les jours »

« Maintenant, je regarde le compteur presque en permanence. Dans la famille, nous surveillons le compteur tous les jours. Dès que le voyant devient rouge, je sais qu’il faut penser à une nouvelle recharge. Nous sommes plusieurs à la maison et certains appareils fonctionnent toute la journée. À la fin du mois, l’électricité absorbe une grande partie de notre budget ».

NOGAYE DIOP, JEUNE ENTREPRENEURE

« Le Woyofal était censé nous aider »

« Quand on nous a présenté le Woyofal, nous pensions que ce système allait nous permettre de mieux maîtriser notre consommation. Parce que le Woyofal était censé nous aider. Mais aujourd’hui, nous avons surtout l’impression que notre argent part très vite. Nous rechargeons et, quelques jours plus tard, il faut encore acheter des unités. C’est encore plus difficile pour nous, les entrepreneurs. Franchement, le Woyofal devient un véritable casse-tête ».

PERE NDIAYE, RETRAITE

« Il faut choisir entre plusieurs dépenses »

« Avec ma pension, je dois déjà gérer l’alimentation, les médicaments, le transport et les autres charges. Lorsque l’électricité absorbe encore une grande partie de mes revenus, la situation devient compliquée. Il arrive que nous soyons obligés de réduire certaines dépenses pour pouvoir recharger le compteur. Et il faut choisir entre plusieurs dépenses ».

SALMA DIAKHAER, GARGOTIERE

« Le rouge est devenu notre quotidien »

« Chez nous, le compteur passe régulièrement au rouge. Avec les enfants, le réfrigérateur, la télévision, les ventilateurs et les autres appareils, la consommation est importante. Mais ce qui nous dérange surtout, c’est de ne pas toujours comprendre pourquoi les unités diminuent aussi rapidement. Le rouge est devenu notre quotidien ».

Par Adama AIDARA