INNOCENCE NTAP NDIAYE, ANCIEN MINISTRE DU TRAVAIL ET ANCIENNE PRÉSIDENTE DU HAUT CONSEIL DU DIALOGUE SOCIAL: « Le Sénégal a besoin de paix sociale et de leaders forts »
L’ancien ministre du Travail et ancienne présidente du Haut Conseil du dialogue social, Mme Innocence Ntap Ndiaye, s’est exprimée sur la situation actuelle du Sénégal. Elle souligne que le pays a besoin de paix sociale et de leaders forts pour relever les défis économiques et sociaux. À travers une interview accordée à L’Informé, la ministre d’État exprime ses inquiétudes concernant la crise au sommet de l’État entre le président de la République et son Premier ministre. Elle dresse aussi un tableau peu reluisant de deux années de gouvernance de Pastef et apporte son soutien à la candidature de Macky Sall aux Nations-Unies. Entretien…
En tant qu’ancienne ministre du Travail et ancienne présidente du Haut Conseil du dialogue social, quel regard portez-vous sur la situation actuelle du Sénégal, marquée depuis plusieurs mois par des tensions sociales dans les secteurs clés de la santé, de l’éducation et de l’enseignement supérieur ?
Quelles solutions préconisez-vous, notamment dans un contexte où les centrales syndicales remettent en cause l’accord de trêve avec le gouvernement ?
I
Il y a beaucoup de tensions du point de vue social. Dans l’éducation, la santé et également dans le secteur des transports, elles surviennent en même temps. Beaucoup de tensions apparaissent simultanément, avec des interlocuteurs un peu différents, parce qu’il s’agit des partenaires sociaux des secteurs que vous venez de citer, mais avec un même gouvernement, bien sûr.
En ce qui concerne l’éducation, c’est un secteur extrêmement important pour la nation. Je pense que les parties prenantes gagneraient à poursuivre les discussions. À mon niveau d’information, je sais que les discussions sont en train de se tenir. Le dialogue doit primer. Et je connais des acteurs suffisamment responsables, suffisamment conscients des enjeux, pour que, véritablement, ils puissent aller vers une solution. Parce que l’année est en train de filer. Nous sommes à quelques mois de la fermeture des classes. Il faudrait absolument qu’on trouve une solution à cette crise qui a pris une tournure préoccupante.
Quelles solutions préconisez-vous, notamment dans un contexte où les centrales syndicales remettent en cause l’accord de trêve avec le gouvernement ?
La solution, c’est surtout le dialogue. C’est le dialogue qui peut nous aider à trouver des solutions en cette période où les ressources ne sont pas vraiment abondantes. Quand les ressources ne sont pas abondantes, et je pense que Monsieur le Premier ministre l’a dit lors de la rencontre qu’il a eue mardi passé avec les partenaires sociaux, il faut traiter les questions au cas par cas, en fonction de leur priorité pour l’État, en fonction de leur impact sur le plan budgétaire et également en fonction de leur capacité à apaiser le climat social. Je pense que ce sont les trois critères sur lesquels le gouvernement devrait s’appuyer pour régler ces questions.
Cela dit, il n’y a pas de solution miracle en dehors du dialogue. Le Sénégal a eu la chance d’avoir une bonne pratique du dialogue. Je ne parle même pas seulement du dialogue social en tant que tel, mais de toutes les formes de dialogue, même le dialogue religieux. C’est d’ailleurs l’occasion pour moi de présenter des vœux à tout le monde, des vœux de santé, mais surtout de souhaiter que le jeûne que nous venons de terminer, que nos prières, que le bon Dieu accepte tous les actes de dévotion, apportent au Sénégal ce dont il a besoin : la paix.
Et je pense qu’avec ce que nous sommes en train de voir, le réchauffement du front social, les centrales syndicales ont tenu cette rencontre avec le Premier ministre, mais je pense qu’elles en sont sorties peut-être pas très convaincues. Il y a toujours ce risque d’aller vers une grève générale, ce qui ne serait pas bien pour le pays. Ce ne serait pas du tout bien pour le pays. Les discussions, je pense, doivent se poursuivre avec le ministre sectoriel, notamment le ministre du Travail, M. Olivier Boucal, pour aller vers des solutions.
Je pense qu’il y a des solutions. Il y a déjà ce document de référence qu’est le pacte de stabilité que les partenaires sociaux et le gouvernement ont signé le 1er mai. C’est une date repère. Et lorsque ce pacte a été signé, il y avait des raisons d’espérer qu’on n’allait pas avoir des tensions sociales de cette envergure. Mais il faut dire que, dans la négociation, parmi les mandants qui ont signé le pacte, les enseignants n’ont pas signé de pacte propre. C’est une vieille revendication des enseignants. Ce sont les centrales qui signent le pacte.
Seulement, il y a eu des lenteurs dans la mise en œuvre des organes en charge du suivi du pacte. Et vous voyez, depuis la signature au mois de mai 2025, c’est seulement au mois de mars qu’il y a eu la première réunion du comité de pilotage. Je pense qu’il y a quand même eu un décalage qui n’était pas du tout favorable à l’apaisement du climat social. Donc, les centrales ont peut-être eu le sentiment qu’elles avaient signé un pacte, mais qu’ensuite, il n’y a pas eu de suivi. Et généralement, quand elles sont prises par leur base, elles sont obligées de réagir. Je pense que c’est ce qui s’est passé.
Maintenant, il a été fait un tour d’horizon sur le niveau d’exécution de certains engagements. Le Premier ministre a également dégagé d’autres mesures pour pouvoir relancer la machine. Mais est-ce que c’est le bon moment ?
C’est cela la question. Parce que cela intervient maintenant, à côté d’autres événements. Ce sont les événements politiques que nous connaissons aujourd’hui. Le social, quand il vient en jonction avec le politique, c’est un cocktail Molotov.
Récemment, les syndicats enseignants du G7 ont récusé le président du Haut Conseil du dialogue social, M. Dianté, l’accusant de partialité en faveur du gouvernement après une sortie médiatique jugée hostile. Comment gérer une telle situation afin d’éviter une rupture totale du dialogue social ?
Je ne voudrais pas faire un focus sur mon successeur, qui tient la fonction, mais parler sur la base de mon vécu personnel. Dans le décret qui le nomme, il est écrit que le président du Haut Conseil est une personnalité autonome, indépendante, dont l’expertise en dialogue social est avérée. Ce sont les critères : indépendance, autonomie et expertise. Maintenant, il reste à savoir si l’homme remplit ces trois critères. C’est une question.
Partant de là, mon expérience personnelle est que j’ai occupé le Haut Conseil pendant neuf ans. Je pense que ce n’est pas neuf jours, ni non plus neuf mois. Je pense avoir conduit cette institution dans les règles de l’art. Et à chaque fois que j’observe ce qui se passe, je pense qu’on gagnerait à recentrer les choses, de manière à ce qu’on puisse respecter ces trois critères : indépendance, autonomie et expertise.
L’institution, ce sont 30 conseillers, jusqu’à la modification du décret, qui y siègent, sans compter les experts et le secrétariat exécutif. Donc, vraiment, je pense qu’il y a des compétences qui peuvent aider l’institution à se maintenir. Parce qu’à un moment donné, on parlait de la disparition de l’institution, comme le Conseil économique et social. Les autorités actuelles ont attaqué cette institution sans connaître les moyens qui sont mis à sa disposition pour faire le travail. Dans une vidéo, je pense, devenue virale, on parlait de 4 milliards de budget, alors que le budget était de 500 millions. Mais lorsqu’elles sont arrivées au pouvoir, comme on dit, elles ont vu justement le budget alloué à l’institution et elles l’ont maintenue, parce qu’elle est utile. Maintenant, cela dépend aussi de la personnalité de la personne qui occupe la fonction. Cela dépend aussi de son expertise.
Au-delà du réchauffement du front social, on observe une perte progressive de confiance des Sénégalais dans les mécanismes de règlement des conflits. Quelle analyse faites-vous de cette défiance croissante ?
Chaque fois, on entend des citoyens lambda dire : « Je fais confiance à la justice de mon pays ». Donc, il y a une confiance qui est explicitée. Mais en réalité, qu’est-ce qui se passe ? Il y a à côté également des événements qui font que parfois, on doute. À partir de ce moment, la confiance disparaît.
Pour ce qui concerne la médiation sociale, c’est ce que nous faisons tous les jours. Il y a une posture à adopter par les médiateurs. Vous avez vu le grand Médiateur de la République, que je salue au passage, dans sa posture de haut fonctionnaire qui traite les questions de médiature avec beaucoup de rigueur. Donc, c’est cela qu’on attend d’un médiateur social. Il faut communiquer avec les populations de façon générale, même si, au niveau du dialogue social, la cible est bien déterminée : ce sont les mandants de la tripartite, c’est-à-dire les partenaires sociaux, le gouvernement et le patronat.
Mais au niveau de la médiation pénale, ce sont les magistrats. Vous avez vu tout ce qui se dit autour des magistrats, que je respecte beaucoup, mais il y a véritablement quelque chose à faire entre le citoyen et la justice. Il y a vraiment quelque chose à faire pour que cette confiance soit inébranlable.
C’est aussi le lieu de regretter ce qui semble être une résurgence de la violence en Casamance après l’accalmie constatée ces dernières années. Trois pertes en vies humaines, des soldats en mission. Nous présentons nos sincères condoléances à leurs familles respectives, au ministre des Forces armées et au chef de l’État, chef suprême des armées.
Est-ce que la destruction de champs de chanvre indien est la seule explication à donner à ce regain de violence dans le Nord-Sindian ?
En tant qu’actrice politique et observatrice avertie, comment analysez-vous les tensions ou divergences apparentes au sommet de l’État entre le président de la République et son Premier ministre, sur fond de recomposition entre la coalition Diomaye Président, Pastef et leurs alliés ?
On ne peut pas être indifférent à la marche de l’État, même si l’on n’est pas acteur politique en tant que tel. Je suis éminemment politique. Mais j’ai pris du recul avec la fonction que j’ai eu à assumer au niveau du Haut Conseil du dialogue social. Cela ne m’empêche pas d’observer chaque jour la marche du pays. La dualité au sommet, comme on l’appelle, est une réalité. Maintenant, c’est une réalité. Vous avez vu que, lors de la fête de la Korité, beaucoup d’imams, beaucoup de chefs religieux sont revenus sur cela. Et je pense que cela doit marquer nos plus hautes autorités.
Moi, je prends toujours des précautions, parce qu’il y a deux versions. L’une voudrait dire que c’est une stratégie des deux personnalités en présence, pour obtenir quel résultat, je ne sais pas. L’autre voudrait dire que c’est une réelle dualité. Dans ce cas-là, il ne faut pas que l’État soit bloqué. Les citoyens ont porté Son Excellence M. Bassirou Diomaye Faye à la tête de l’État en votant à 54%. Il ne faudrait pas que cet acquis se transforme en faiblesse. Donc aujourd’hui, s’il y a cette dualité, si tant est qu’elle est réelle, cela peut aller vers un blocage des institutions. Cela peut aller vers un blocage de l’administration. Nous exprimons bien sûr nos regrets, parce que le Sénégal a besoin de plus que cela. Au moment où nous avons eu le bénéfice de l’exploitation du pétrole et du gaz, au moment où notre jeunesse a cru pleinement en ce duo, au moment où les femmes aussi se sont engagées, il ne faudrait pas que la déception soit grande. Nous avons besoin d’une paix sociale. Nous avons également besoin, au plan politique, d’hommes forts qui mènent le pays à bon port. Mais pas dans un flou. Parce qu’ayant fait partie d’une équipe qui a gouverné ce pays, je sais qu’une dette ne peut pas être cachée. Et depuis le début, quand j’en ai l’occasion, je le dis : il n’y a pas de dette cachée. Il y a eu un problème de communication qui fait qu’aujourd’hui, nous avons des difficultés avec les bailleurs de fonds traditionnels. Et cela a un impact que tous les Sénégalais ressentent tous les jours, même si l’échéance de mars est dépassée. Aujourd’hui, les Sénégalais vivent ces difficultés quotidiennes.
L’appel que je lance aux autorités, c’est que le bon Dieu leur donne la clairvoyance nécessaire pour ne pas décevoir les Sénégalais. Pour toutes les raisons que j’ai évoquées plus haut, les Sénégalais ont besoin de tous, parce que c’était un espoir, c’était un projet, pour reprendre le terme, qui avait été présenté aux Sénégalais. Mais aujourd’hui, force est de constater que les axes du projet ne sont pas encore véritablement mis en branle. Oui, il y a des femmes qui sont parfois mises en avant dans ces divergences. Mais les femmes ne devraient pas être la source de cette mésentente entre nos deux principaux leaders, nos deux principales personnalités. Ce n’est pas une force pour les femmes.
Ce mardi 24 mars marque l’anniversaire de l’accession au pouvoir de Pastef. Quel bilan tirez-vous de ces deux années de gouvernance sous le tandem Diomaye-Sonko ? Quels en sont, selon vous, les acquis majeurs et les limites ?
Il faut dire les choses telles qu’elles se présentent. Nous avons commencé notre entretien par l’économique, le social et le politique, et je pense que, sur ces registres, il y a un problème. Surtout sur le registre social. Il y a quelques jours, d’ailleurs, sur les bourses de sécurité familiale, nous avions abordé la question. Plusieurs communiqués avaient annoncé que les bourses allaient être payées jeudi passé. Et sur cette question, au début, à leur arrivée au pouvoir, ils avaient dit que les bourses n’étaient pas quelque chose à maintenir. Par la suite, ils ont changé de posture et, certainement en voyant que la situation était véritablement catastrophique, ils ont décidé de payer les bourses de sécurité sociale jeudi passé. Malheureusement, c’est avec beaucoup de tristesse que j’ai vu, à la veille de la Korité, un autre communiqué disant que les bourses ne seraient pas payées et qu’un communiqué serait pris en temps utile pour informer les bénéficiaires. Vous comprendrez qu’à la veille de la Korité, sortir un tel communiqué ne rassure pas, parce qu’il n’y a pas de ressources.
Nous suivons la situation sociale. Je pense que ce sont des choses qu’on ne peut pas faire ainsi. La question de l’emploi, la question du secteur informel, les licenciements qui ont été actés dans certains services alors que des recrutements parallèles se font, la question de l’emploi est prééminente. Le secteur informel, n’en parlons pas. Les ressources naturelles, c’est vrai, le Sénégal a beaucoup fait avec l’ITIE. Le régime socialiste, le régime libéral avec Abdoulaye Wade et Macky Sall. Et aujourd’hui, les souverainistes ne peuvent pas effacer tout ce qui a été fait par les précédents régimes. Chaque régime a posé un acte fort pour le Sénégal. Le régime du PS a consolidé la nation. Les libéraux sont venus, vous avez vu tout ce qui a été fait, surtout au niveau de l’option du président Abdoulaye Wade de développer les infrastructures. Puis Macky est venu. Je pense que ces efforts sont encore visibles. C’est pour moi aussi l’occasion de lui apporter mon soutien pour sa candidature aux Nations-Unies. Quand on regarde son parcours, il ne s’est pas levé un matin pour être président de la République. Il a un vécu. Aujourd’hui, avec son expérience au niveau de la diplomatie, je pense qu’on ne peut pas avoir mieux comme candidat. Le président devrait le soutenir. C’est un appel que je lance au président de la République Bassirou Diomaye Faye. Parce que l’argumentaire selon lequel Macky serait responsable des événements de 2021, 2022, 2023 et 2024, moi, je ne l’accepte pas. Il n’est pas exclusivement responsable. Quand on est chef de l’État, on a des obligations : protéger les citoyens contre tout risque. Et nous avons vécu nous-mêmes ce qui s’est passé. La justice ne s’est pas encore prononcée.
Vous avez occupé de hautes fonctions au sommet de l’État. Avec le recul, comment évaluez-vous votre parcours professionnel et institutionnel ?
Je rends grâce à Dieu. Également, j’ai été élève ici, à l’école de Baobab. J’ai été lycéenne au lycée Lamine Guèye. À l’Université Cheikh Anta Diop, mes professeurs sont toujours là, les professeurs Serigne Diop, que je cite souvent. Ensuite, je suis entrée dans la vie professionnelle, dans le secteur de l’eau, à la Sones, puis à la SDE, la Sénégalaise des Eaux, après la privatisation. Par la suite, je suis allée en Côte d’Ivoire, parce que mon mari y avait occupé de hautes fonctions. J’ai aussi été directrice générale de l’ESIE, l’École supérieure interafricaine d’électricité de Libreville. Je suis revenue au Sénégal en 2002.
En 2007, j’ai été nommée ministre de la Fonction publique, du Travail, de l’Emploi et des Organisations professionnelles. Dix-huit mois plus tard, j’ai été élevée au grade de ministre d’État, dans le même département. Et dans mon parcours professionnel, en tant que ministre du Travail, il y a eu beaucoup d’actions phares que j’ai eu à mener en matière de négociations. Le pacte de stabilité dans le secteur des hydrocarbures, c’est moi-même qui l’avais négocié avec mes collaborateurs. Puis il y a eu les élections sociales, les élections de représentativité, les premières dans l’histoire du Sénégal. C’était le 20 avril 2011. Après, j’ai occupé d’autres fonctions, notamment présidente du Fonds du service universel des télécommunications. Puis il y a eu l’alternance. Macky Sall m’a nommée à la tête du Conseil du dialogue social, où j’ai eu à travailler sur la CCNI, la Convention collective nationale interprofessionnelle, qui existe depuis 1982, mais qu’il fallait revoir. J’ai vu récemment, dans les actes du Premier ministre, dans les nouvelles lignes directrices qu’il a indiquées, beaucoup de choses qui existaient déjà. Par exemple, pour les conventions collectives, nous y travaillions déjà quand j’étais présidente du Conseil. En quittant, il y avait les industries chimiques et le secteur agricole qui étaient en voie de finalisation. Il y avait également la mise en place des comités de dialogue social dans les ministères.
Aujourd’hui, vers quels horizons vous projetez-vous ? Envisagez-vous de poursuivre une carrière politique ou s’agit-il d’une page tournée ? Dans quel domaine évoluez-vous actuellement sur le plan professionnel ?
Ma carrière n’est pas terminée. Je suis en train de travailler, parce que je pense que, quand on a occupé, modestement, certaines fonctions, on peut aider. On peut aider dans son pays, comme on peut aider dans d’autres pays. Nous voyageons beaucoup. Nous avons des acteurs qui nous contactent pour des appuis. Et je pense qu’il faut aller dans ce sens. Le reste, comme on dit, l’avenir appartient à Dieu. Je n’ai pas le don de divination, mais j’observe ce qui se passe dans mon pays. Et je pense que, dans l’avenir, on verra le positionnement qu’il faudra avoir. Parce qu’on ne peut pas laisser ce pays aller à vau-l’eau. Nous avons une responsabilité, parce que nous avons géré. Nous avons une responsabilité, parce que nous sommes des filles de ce pays, une fille de ce pays. Et je pense que nous devons accompagner. Mais pour l’instant, nous observons. Et je pense que les jours à venir vont être déterminants. Donc, je me suis ajustée. J’ai porté la robe du dialogue social. Et au niveau de la base, la base est fidèle. J’ai changé ma forme d’intervention. J’ai été dans le social. J’ai aidé les jeunes filles à l’école. Je suis toujours la marraine du Prix de l’excellence des élèves. J’ai aidé les églises, j’ai aidé les mosquées. J’étais vraiment dans les groupements de femmes, parce que je préside aussi le Réseau des femmes innocentes. J’ai une association de femmes dont je suis la présidente et la secrétaire exécutive.
Et je pense que je me suis vraiment épanouie dans toutes ces fonctions. Je n’étais plus dans le positionnement politique, c’est cela que je voulais vous dire. Parce que j’ai aussi été adjointe au maire auprès d’Abdoulaye Baldé à l’époque. Donc, franchement, je pense que, comme on dit, il ne sert à rien d’accumuler les trophées. Il faut aussi savoir préparer une relève.
Trophée, cela renvoie évidemment à l’actualité. Quel commentaire ferez-vous de la décision de la CAF de retirer le trophée de la CAN au Sénégal au profit du Maroc ?
C’est avec beaucoup de peine, comme tous les Sénégalais, que nous avons pris connaissance de cette décision de la CAF. Nous pensons que la Fédération sénégalaise de football, et je voudrais saluer son président, que je connais personnellement, ainsi que tout le staff, mettra sur la table les faits et que ceux qui auront à prendre la décision au niveau du Tribunal arbitral du sport auront tous les éléments nécessaires pour prendre la bonne décision. Rien ne doit être négligé. Il va falloir vraiment que la Fédération aille avec tous les arguments possibles. Nous encourageons le chef de l’État et son gouvernement, parce que nous avons suivi la teneur du communiqué qui a été publié à l’issue du Conseil des ministres. C’est cela, la nation. Le sport est un vecteur de rassemblement. Et je pense qu’autour de cette question, les Sénégalais vont être, pour une fois, unis. Parce que c’est la nation sénégalaise qu’on a voulu véritablement gifler.
Il y a aussi les 18 supporters qui sont retenus au Maroc. Nous avons suivi, et nous suivons encore, cette question. Je pense que, quelque part, on n’a pas pris cette affaire au sérieux. C’est mon point de vue. Dans la gestion du dossier, je pense qu’on a pensé qu’en raison des liens multiséculaires qui nous lient au Maroc, nos jeunes frères allaient être libérés quelques jours après. On s’est beaucoup appuyé sur cela. C’est vrai, nous avons tous des amis marocains. C’est dommage pour les liens qui nous unissent. Mais quand les enjeux arrivent à ce niveau, il faut réellement trancher.
Propos recueillis par
Abdoulaye DIAO &
Lamine DIEDHIOU

