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ABBÉ ALPHONSE YOP DIOUF: « L’Église locale au Sénégal survit sous perfusion financière »

À l’occasion du temps de Carême, l’abbé Alphonse Yop Diouf alerte sur la fragilité financière de l’Église locale au Sénégal. Selon lui, l’autonomie de l’Église passe désormais par une prise de conscience des fidèles appelés à soutenir davantage leurs structures ecclésiales à travers la pratique de l’aumône et des contributions financières.

L’abbé Alphonse Yop Diouf pose un diagnostic sans détour sur l’état financier de l’Église en Afrique de l’Ouest, particulièrement au Sénégal. Selon lui, l’Église locale traverse une situation de forte dépendance financière. Héritière d’une pastorale missionnaire qui, pendant longtemps, a beaucoup donné sans exiger de contributions significatives, elle attend encore que les fidèles prennent pleinement conscience d’une vérité évangélique essentielle : la responsabilité collective de soutenir l’Église.

Pour le prêtre, le Carême 2026 constitue un moment propice pour rompre avec cette dépendance et engager une dynamique d’autonomie.

L’aumône au service de l’autonomie et du bien commun

« L’aumône au service de l’autonomie et du bien commun ». Tel est le thème développé par l’abbé Alphonse Yop Diouf dans son analyse de la situation financière de l’Église locale au Sénégal.

D’après lui, la pratique de l’aumône, qui rejoint les notions d’autonomie et de bien commun, s’inscrit pleinement dans une préoccupation majeure de l’Église ouest-africaine en général et de l’archidiocèse de Dakar en particulier.

À cette réflexion s’ajoute l’actualité récente marquée par la 5ᵉ Assemblée plénière des CERAO (Conférences épiscopales réunies de l’Afrique de l’Ouest), tenue à Dakar du 5 au 12 mai 2025 autour du thème :« Pour une Église synodale et autonome au service de la justice et de la paix en Afrique de l’Ouest ».

Selon l’abbé Diouf, cette problématique a également inspiré l’archevêque de Dakar qui, dans son plan triennal 2026-2028, appelle l’ensemble de l’archidiocèse à œuvrer pour une Église plus synodale, plus autonome et engagée au service de la justice et de la paix.

« Nous sommes ainsi appelés, à la suite de notre archevêque, à une mobilisation durant ces trois années et, pourquoi pas déjà en ce temps de Carême, à approfondir la pratique de l’aumône et à cultiver une générosité authentique afin de répondre à l’appel évangélique de la charité chrétienne », exhorte le prêtre.

Mais pour lui, une question centrale demeure : comment bâtir une Église autonome lorsque les besoins les plus élémentaires de subsistance restent difficiles à couvrir dans une société confrontée à une crise économique profonde ?

Une Église financièrement fragile

Pour l’abbé Diouf, la pauvreté à reconnaître aujourd’hui concerne aussi l’Église locale. « S’il y a un pauvre à reconnaître dans les temps qui courent, c’est surtout notre Église locale. Il ne s’agit pas d’une pauvreté humaine ou spirituelle, mais d’une santé financière sous perfusion », affirme-t-il.

Dans ce contexte, il appelle à un soutien accru aux Caritas diocésaines et nationales, dont le rôle social est essentiel dans l’accompagnement des populations vulnérables.

Le religieux rappelle également les paroles du Christ :« Les pauvres, vous en aurez toujours avec vous et, quand vous le voulez, vous pouvez leur faire du bien ; mais vous ne m’aurez pas toujours » (Mc 14,7).Pour lui, cet enseignement renvoie à la nécessité d’un investissement ecclésial solide.

« Si la tête est bien servie, les membres du même corps bénéficient inéluctablement des bienfaits. J’y vois la nécessité d’un investissement ecclésial, en quantité comme en qualité. Nul n’est trop pauvre pour ne rien donner et nul n’est trop riche pour n’avoir rien à recevoir », souligne-t-il.

Dans cette perspective, le bien commun doit rester orienté vers le progrès et la dignité des personnes.

« Il est temps pour les chrétiens du Sénégal de soutenir financièrement leur Église »

L’abbé Alphonse Yop Diouf invite ainsi les fidèles catholiques à intégrer davantage la contribution à l’Église dans leur vie chrétienne et même dans leurs budgets. « Pour nos fidèles catholiques, l’heure n’est-elle pas venue d’inscrire, dans leurs budgets prévisionnels, la part destinée à la sainte Église ? », s’interroge-t-il.

Selon lui, l’amour de Dieu versé dans le cœur des croyants par l’Esprit Saint doit se traduire par des actes concrets. « Il est grand temps pour nous, chrétiens du Sénégal, d’œuvrer à l’autonomie de manière concrète, par une contribution financière généreuse et engagée au service de nos pauvres Églises », plaide-t-il.

Tout en saluant les efforts déjà accomplis par les fidèles durant le temps du Carême, il estime que ces gestes de solidarité doivent s’élargir pour répondre aux nombreuses urgences des structures ecclésiales.

Une charité enracinée dans la foi

L’abbé rappelle également la parole du Christ : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10,8).Selon lui, la charité chrétienne suppose un véritable détachement des biens matériels au service de Dieu et du prochain.

L’aumône ne doit pas être une simple philanthropie, mais une imitation du don total du Christ sur la croix. Dans ce sens, il cite Mère Teresa : « Sans Dieu, nous sommes trop pauvres pour aider les pauvres ». L’aumône, explique-t-il, rapproche à la fois des autres et de Dieu.

Elle doit prendre racine dans le cœur et se traduire par des actes libres et concrets. Il évoque également l’exemple de l’obole de la veuve dans l’Évangile (Mc 12, 41-44), symbole d’un don total.

« Elle n’a pas seulement donné ce qu’elle possédait. Elle a donné ce qu’elle était. Elle a offert toute son indigence. Notre vocation chrétienne nous appelle à ce dépassement pour vivre pleinement la loi de l’amour, qui résume toute la vie chrétienne », conclut-il.

Viviane DIATTA