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PRISE EN CHARGE DU LYMPHŒDÈME AU SÉNÉGAL: Un plaidoyer pour un meilleur accès aux soins

La Journée mondiale du lymphœdème a été célébrée, hier, à Dakar. L’événement a servi de tribune aux spécialistes de santé et aux personnes atteintes pour lancer un plaidoyer en faveur d’une meilleure disponibilité des traitements et d’un accès plus large à la prise en charge de cette maladie encore largement méconnue au Sénégal.

Peu connu du grand public, le lymphœdème est une affection caractérisée par une augmentation durable du volume d’un bras ou d’une jambe, due à une accumulation de lymphe dans les tissus. Selon le Pr Maodo Diop, médecin angiologue-cardiologue à l’hôpital Idrissa Pouye de Grand-Yoff, il s’agit d’une pathologie liée à un dysfonctionnement du système lymphatique.

« Le corps humain possède trois systèmes circulatoires : le système artériel, le système veineux et le système lymphatique. Lorsque ce dernier ne fonctionne pas correctement, il peut entraîner un lymphœdème », explique le spécialiste qui précise que la maladie se présente sous deux formes principales : les lymphœdèmes primaires et les lymphœdèmes secondaires.

Les premiers sont d’origine génétique, résultant d’une malformation ou d’un mauvais fonctionnement du système lymphatique. Les seconds sont liés à d’autres pathologies, notamment certains cancers ou des infections comme la filariose.

Un double fardeau sanitaire

Pour le Pr Diop, le Sénégal fait face à un double fardeau en matière de lymphœdème. D’un côté, il y a les cas d’origine infectieuse, particulièrement liés à la filariose lymphatique, qui restent très fréquents.

Sur ce plan, le Programme national de lutte contre les maladies tropicales négligées mène des actions importantes.« Entre 2021 et 2025, plus de 2 500 cas confirmés de lymphœdème d’origine filarienne ont été recensés et pris en charge, sans compter les cas non détectés », indique-t-il.

En revanche, concernant les lymphœdèmes liés aux cancers, les données restent insuffisantes. « Sur cet aspect, nous sommes encore dans le flou, faute d’informations précises sur l’ampleur du phénomène », regrette-t-il.

Le spécialiste insiste également sur les difficultés liées à la prise en charge. Actuellement, le traitement repose essentiellement sur des techniques physiques, notamment le bandage compressif et le drainage lymphatique.

« Le matériel nécessaire pour ces traitements est rarement disponible et reste coûteux pour les patients. Pourtant, même si le lymphœdème est une maladie chronique, il est possible de la maîtriser et de permettre aux malades de mener une vie relativement normale, à condition que le traitement soit maintenu sur la durée », souligne-t-il.

Vers une prise en charge par la CMU

De son côté, le Directeur de la lutte contre la maladie, Dr Mouhamadou Moustapha Diop, rappelle que le lymphœdème est une pathologie chronique pouvant avoir plusieurs origines, notamment infectieuses, cancéreuses ou congénitales.

Parmi les causes infectieuses, il cite la filariose lymphatique, une maladie tropicale négligée qui peut évoluer vers un lymphœdème lorsqu’elle n’est pas traitée.Pour lutter contre cette infection parasitaire, le ministère de la Santé organise régulièrement des campagnes de distribution de médicaments destinés à éliminer le parasite responsable de la maladie.

« Nous avons le devoir de protéger les populations, notamment les enfants, afin d’éviter qu’ils ne développent cette pathologie. Malheureusement, certaines personnes vivent déjà avec cette maladie depuis de nombreuses années », indique-t-il.

Dans cette perspective, des discussions sont en cours avec l’Agence de la Couverture maladie universelle (CMU) afin d’intégrer le lymphœdème dans le paquet de gratuité de la prise en charge.« L’espoir est permis, compte tenu de l’engagement du ministère de la Santé et des spécialistes pour soulager ces patients confrontés à des soins souvent coûteux », affirme Dr Diop.

Le combat des maladesPrésidente de l’Association d’aide aux personnes atteintes de lymphœdème au Sénégal (Apalysen), Aïssatou Mbodj souligne que cette maladie, encore peu connue, a un impact profond sur la vie des personnes qui en souffrent.

« Je vis avec le lymphœdème depuis 17 ans. Ce combat, je le mène à titre personnel, mais aussi collectivement à travers notre association », confie-t-elle.Créée pour soutenir les malades, Apalysen œuvre à offrir un accompagnement moral, sensibiliser les populations et promouvoir des actions sociales en faveur des personnes atteintes.

Selon Mme Mbodj, le lymphœdème ne touche pas seulement le corps : il affecte également les familles et les proches qui accompagnent les malades au quotidien.Rendant hommage à son mari qui la soutient depuis 2010, elle reconnaît que vivre avec cette maladie peut être éprouvant.

« Ce n’est pas toujours facile de partager la vie d’une personne malade, d’affronter la douleur, la fatigue et parfois le découragement. Mais son soutien constant m’a permis de continuer à avancer », témoigne-t-elle.

Elle lance ainsi un appel à la mobilisation collective : « Le lymphœdème n’est pas une fatalité. Avec une prise en charge adaptée, une meilleure sensibilisation et davantage de solidarité, nous pouvons améliorer significativement la qualité de vie des malades ».

Dans cette dynamique, elle invite la presse à accompagner les actions de sensibilisation pour mieux faire connaître cette maladie encore trop ignorée.

Viviane DIATTA