COURSES DANS LES MARCHÉS EN RAMADAN- Ambiance en berne et nouveaux horaires : Castors et Grand-Dakar au rythme du jeûne
En ce mois béni de Ramadan, les marchés dakarois n’affichent pas le visage habituel des grandes affluences. À Castors comme à Grand-Dakar, commerçants et clients constatent un changement notable : une ambiance plus calme, des horaires décalés et, pour certains vendeurs, une baisse sensible de la fréquentation. Si les prix restent globalement stables pour plusieurs produits, la morosité ambiante inquiète nombre d’acteurs du commerce local.
D’ordinaire bouillonnants dès les premières heures de la matinée, les marchés semblent désormais tourner au ralenti. Les clients adaptent leurs déplacements au rythme du jeûne et aux exigences domestiques liées à la préparation de la rupture.
Des habitudes chamboulées par le jeûne
Ndeye Ndiaye, habitante de Castors, explique ce changement : « Avant le Ramadan, je venais très tôt le matin. Maintenant, je me rends au marché vers 11h ou 12h. Après le kheud, on s’occupe des tâches ménagères, on se repose un peu, puis on vient faire les courses ».Selon elle, les conditions d’achat restent les mêmes, mais les horaires ont changé. Elle souligne également que les prix des légumes et du poisson lui paraissent « abordables ».
Des grossistes confiants, des détaillants inquiets
Au marché de Castors, Meissa Ndao, gérant d’un commerce de gros, se veut rassurant. « Depuis le début du Ramadan, les clients viennent constituer leur panier pour le Sukaru koor. Il n’y a pas de rupture de stock », dit-il.Il observe toutefois un pic de fréquentation entre 10h et 12h, les clients préférant se reposer en matinée avant de faire leurs achats plus tard que d’habitude.Mais à quelques mètres de là, Bathie, jeune vendeur de légumes à même le sol (carottes, navets, aubergines, choux, poivrons, tomates, salades…), dresse un tableau plus sombre.
Il dit : « Le pays ne marche pas. Les charges sont élevées et les clients ne le comprennent pas ».S’il admet que certains légumes restent accessibles, il note une hausse pour des produits comme le piment et la tomate. Il déplore également la baisse de fréquentation, aggravée par la concurrence des supermarchés. Autre difficulté, les ventes à crédit via des services de livraison comme « Thiak Thiak ». « Après la livraison, certains clients deviennent injoignables. Cela nous met en difficulté », regrette-t-il.
Face à la mévente de produits périssables, certains vendeurs n’ont d’autre choix que de brader leurs marchandises auprès des restaurateurs pour éviter les pertes.À Grand-Dakar, la même morositéLe constat est similaire au marché de Grand-Dakar. À l’entrée, une vendeuse d’une cinquantaine d’années observe. « Si le commerce marchait vraiment, le marché ne serait pas aussi calme. Les clientes viennent une à une, ce n’est plus l’effervescence d’avant », déclare-t-il.
Le pic d’activité semble se limiter aux premières heures de la matinée. À midi, le marché se vide. Cette commerçante, qui se lève chaque jour à 4 heures pour gérer ses tâches ménagères avant de rejoindre son étal, s’inquiète. « C’est avec cette activité que je paie la scolarité de mes enfants, le ravitaillement et un loyer de 235 000 F CFA à Bène Tally. Si je ne vends pas, c’est très compliqué », confie-t-elle.
Elle appelle l’État à agir pour réduire les prix des denrées de première nécessité. Un autre commerçant abonde dans le même sens. « Avant, pendant le Ramadan, je voyais beaucoup de billets. Aujourd’hui, ma caisse est presque vide. J’étais pressé d’accueillir ce mois, mais maintenant je stresse chaque jour », renchérit-il.
Entre perception de cherté et réalité des prix
Si certains estiment que les prix restent « à la portée de presque toutes les couches », d’autres évoquent une cherté persistante.Une cliente rencontrée dans un commerce de gros à Grand-Dakar confie : « C’est l’image d’un pays en manque de travail et d’argent.
Ce Ramadan est plus difficile que les précédents »
Le riz, l’huile et la pomme de terre, produits phares du panier familial, se vendaient traditionnellement bien durant cette période. Cette année, cependant, la clientèle semble plus prudente, freinée par la baisse du pouvoir d’achat.
Un Ramadan sous le signe de la prudence
Entre adaptation des horaires, fréquentation en baisse et inquiétudes économiques, les marchés de Castors et de Grand-Dakar vivent un Ramadan différent.Si l’esprit de solidarité demeure, la dynamique commerciale, elle, paraît fragilisée par la conjoncture. Pour de nombreux vendeurs, ce mois, autrefois synonyme de forte activité, est devenu une période d’incertitude où chaque journée de vente compte.
Mame Ndella FAYE

