ALLAITEMENT DURANT LE RAMADAN: Entre foi, fatigue et responsabilité maternelle, les choix délicats des jeunes mamans
Pour les femmes allaitantes, le mois de Ramadan soulève une question sensible : faut-il jeûner malgré la fatigue et les risques de déshydratation, ou profiter des dispenses prévues par l’islam ? Entre attachement spirituel et impératifs de santé, les jeunes mamans vivent souvent un véritable dilemme intérieur.
Le Ramadan est un mois de spiritualité intense, de discipline et de purification. Mais derrière la ferveur collective, certaines catégories de croyants vivent cette période avec davantage de complexité. C’est le cas des femmes allaitantes, partagées entre le désir d’accomplir un pilier fondamental de l’islam et la nécessité de préserver leur santé ainsi que celle de leur nourrisson.Car allaiter exige déjà une importante dépense énergétique. Le corps de la mère mobilise ses réserves pour produire le lait maternel, ce qui augmente naturellement la sensation de faim et de soif.
En période de jeûne, où l’abstinence de nourriture et d’eau s’étend de l’aube au coucher du soleil, la fatigue peut s’accentuer, provoquant parfois vertiges, maux de tête ou baisse de lactation.
Une dispense religieuse clairement établie
Dans les textes islamiques, la question est pourtant encadrée. L’islam prévoit explicitement des dispenses pour les personnes malades, les femmes enceintes et les femmes allaitantes si le jeûne représente un risque pour elles ou pour leurs enfants. Elles peuvent reporter les jours non jeûnés à une période ultérieure, nourrir une personne démunie (miskine) pour chaque jour manqué, selon certaines écoles juridiques, notamment lorsque la crainte concerne l’enfant.
Cette flexibilité démontre que la préservation de la vie et de la santé prime dans la tradition musulmane. Mais dans la pratique, beaucoup de jeunes mamans ressentent une pression morale ou personnelle qui les pousse à vouloir jeûner coûte que coûte.
La volonté d’accomplir le pilier
Mame Fatou Mbaye, commerciale et mère d’un petit garçon, illustre ce tiraillement intérieur. « L’année dernière, j’étais enceinte et je n’ai pas jeûné. J’avais 30 jours à rattraper. Cette année, je ne veux pas encore manquer le Ramadan », explique-t-elle.
Elle reconnaît cependant la difficulté. « Quand j’allaite, j’ai très faim et très soif. Les bébés tètent souvent. On se sent vidée. Mais je veux au moins essayer. Si je ne tiens pas, j’arrêterai », confie-t-elle.
Pour elle, il s’agit autant d’un engagement spirituel que d’une responsabilité religieuse à honorer. Le cumul des jours à rattraper l’inquiète davantage que la fatigue immédiate.
Même détermination chez Satou Diop, qui a récemment accouché. « J’ai jeûné depuis le début. Ce n’est pas facile, surtout avec le travail. Mais je m’organise », renseigne-t-elle, tout en expliquant que son organisation passe par l’anticipation. « Je prépare du lait et de la purée pour mon bébé quand je vais au bureau. Cela m’aide à tenir », précise Satou qui estime que la clé réside dans la planification et la gestion du temps.
À sa grande surprise, le jeûne s’est révélé plus supportable qu’elle ne l’imaginait.
Organisation, adaptation et stratégies
D’autres misent sur l’alternance entre allaitement maternel et biberon afin de réduire l’épuisement. Sophie Fall, mère d’un premier enfant, affirme vivre le Ramadan avec sérénité. « Ce n’est pas aussi difficile qu’on le pense. C’est surtout mental. Je m’organise selon les besoins du bébé », dit-elle, confiant qu’elle adapte les heures d’allaitement et veille à bien s’hydrater entre la rupture du jeûne (iftar) et l’aube (sahur).
Mais toutes ne vivent pas cette expérience de la même manière. Ouleye Dia, qui allaite exclusivement au sein, se montre plus prudente. « J’avais prévu de jeûner dès le premier jour, mais j’étais souffrante. Je sais que la déshydratation peut être dangereuse pour moi et pour le bébé », indique la jeune maman qui reste néanmoins animée par le désir de participer au mois béni. Elle dit : « Je vais essayer progressivement. Si je sens que ça ne va pas, je m’arrêterai ».
L’avis médical : prudence et écoute du corps
Les spécialistes de santé recommandent généralement aux femmes allaitantes de consulter avant le Ramadan. Une déshydratation sévère peut entraîner une baisse de production de lait, une fatigue excessive, voire des complications plus sérieuses.Les médecins conseillent notamment une hydratation abondante entre l’iftar (ndogou) et le sahur (kheud), une alimentation riche en nutriments et en protéines, un repos suffisant et surtout l’arrêt du jeûne en cas de vertiges, malaise ou diminution notable du lait. Le principe fondamental reste l’écoute du corps.
Le jeûne ne doit jamais compromettre la santé de la mère ni celle de l’enfant.Un choix personnel et spirituelAu final, le Ramadan des femmes allaitantes se vit au cas par cas. Certaines jeûnent l’intégralité du mois, d’autres interrompent en cours de route, d’autres encore préfèrent reporter dès le départ.
Ce dilemme met en lumière une réalité souvent peu évoquée : la maternité transforme profondément la manière de vivre les obligations religieuses. Entre foi sincère et responsabilités maternelles, chaque femme cherche son équilibre. L’essentiel, rappellent les érudits, est l’intention. Car, en islam, la miséricorde et la préservation de la santé priment sur la contrainte.
Aïssatou Mbène COULIBALY

