Scandale ASER/AEE Power : Le déballage accablant de Thierno Alassane Sall sur le détournement présumé des 37 milliards
Thierno Alassane Sall a tenu, ce vendredi, une conférence de presse explosive sur le dossier ASER/AEE Power EPC. Armé de relevés bancaires transmis par la justice espagnole, l’ancien ministre de l’Énergie a présenté, chiffres à l’appui, ce qu’il décrit comme le détournement systématique de 56 millions d’euros destinés à l’électrification rurale de 1600 localités sénégalaises.
Le 11 juin 2024, le compte bancaire d’AEE Power EPC chez Banco Santander, qui affichait la veille un solde de 22 020 euros, a reçu en une seule journée trois virements totalisant près de 56 millions d’euros, soit environ 36,7 milliards de francs CFA. Il s’agissait de l’avance de démarrage (28 millions d’euros), d’une avance pour dépenses engagées (23,3 millions) et d’un crédit commercial (4,7 millions), tous liés au contrat d’électrification rurale financé par Banco Santander avec la garantie de l’État espagnol via la CESCE. Dès le lendemain, l’argent a commencé à quitter le compte. Quarante-huit jours plus tard, le 29 juillet 2024, le solde était tombé sous les dix millions d’euros. Au 27 février 2026, date d’examen du compte par la justice espagnole, il ne restait plus que 1 346 euros. Quarante-six millions d’euros avaient disparu en moins de sept semaines.
Les relevés produits par Banco Santander à la demande du juge espagnol, dans le cadre de la procédure Diligencias Previas 140/2026, permettent pour la première fois de tracer la destination des fonds. Les virements ont irrigué sept banques espagnoles (139 opérations, 13,6 millions d’euros), mais aussi le Sénégal (10,6 millions d’euros répartis entre trois entités : SONAC, AEE Power SUARL et Dakar Energie Projects SUARL), la Chine, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Kenya, la Tunisie et l’Égypte. À cela s’ajoutent 19,3 millions d’euros transférés vers des comptes de transit internes au groupe AEE, dont les bénéficiaires finaux restent à identifier. Particulièrement troublante : la conversion, le 17 juillet 2024, de 8,5 millions d’euros en devises sans aucun bénéficiaire identifiable dans les documents bancaires une opération caractéristique, selon TAS, des montages destinés à faire perdre la trace des fonds. En tout et pour tout, une seule dépense correspond, de manière documentée, à un achat de matériel pour le projet : deux factures payées à un fournisseur chinois de câbles électriques, pour 1,09 million d’euros, soit moins de 2 % des fonds reçus, réglés dix à onze mois après le décaissement.
TAS a également mis en cause l’attitude des autorités sénégalaises. Banco Santander aurait, dès le 5 septembre 2024, transmis plusieurs alertes sur de possibles détournements. La CESCE avait fini par suspendre les décaissements. La Cour suprême du Sénégal avait évoqué, dans une décision du 21 novembre 2024, des soupçons de prévarication. Malgré cela, selon l’ancien ministre, l’État n’a adressé aucune sommation à AEE Power EPC et n’a pas activé les garanties contractuelles. Pire : il aurait fait pression sur Banco Santander et la CESCE pour obtenir la levée de la suspension. TAS cite nommément l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko, qui avait publiquement nié tout scandale avant d’évoquer de simples « retards douaniers » dans un communiqué du Conseil des ministres du 11 mars 2026, et l’actuel Premier ministre Al Aminou Lo, alors Secrétaire général du gouvernement, qui avait reçu la banque le 26 décembre 2024.
À l’issue de sa déclaration, TAS a formulé six exigences : toute la lumière sur le dossier sans complaisance ; la convocation des dirigeants d’AEE Power EPC par les juridictions sénégalaises ; une coopération totale avec la justice espagnole ; la publication de l’état réel d’exécution physique du projet ; l’établissement de toutes les responsabilités, côté sénégalais comme espagnol ; et le gel conservatoire de tout nouveau décaissement lié au contrat. Les documents bancaires seront remis dès lundi au Pôle judiciaire financier de Dakar, en complément de la plainte déposée le 16 octobre 2025.

