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CHEIKHOUNA BOUSSO, ENSEIGNANT EN ARABE: « Ramadan constitue une école annuelle de repentance et de renouveau spirituel »

Enseignant en arabe, Cheikhouna Bousso revient, dans cet entretien, sur les recommandations de l’islam durant le mois béni de Ramadan. Pour lui, « Ramadan constitue une école annuelle de repentance et de renouveau spirituel ».

Quelle est l’importance du jeûne pour le croyant ?

Le jeûne est l’un des cinq piliers de l’islam, conformément à la parole du Très-Haut : « Ô vous qui avez cru ! Le jeûne vous a été prescrit… ». Il est considéré comme un acte d’adoration manifestant la parfaite soumission à Dieu, une école de piété (taqwâ), car son objectif suprême est la réalisation de la piété, comme l’indique le verset coranique, une purification de l’âme, par la maîtrise des désirs et l’élévation morale et un moyen de renforcer la solidarité sociale, en permettant au croyant de ressentir la situation des pauvres et des nécessiteux.Le jeûne du mois de Ramadan est une obligation individuelle pour tout musulman pubère, sain d’esprit, capable, résident et exempt d’empêchement légal. L’intention doit être formulée dès la première nuit du mois. Selon l’école malikite, il suffit d’avoir l’intention de jeûner tout le mois dès la première nuit, sans devoir la renouveler chaque soir, sauf en cas d’interruption pour une excuse valable. Dans ce cas, il est recommandé de la renouveler. Le jeûne se poursuit jusqu’au coucher du soleil. Il n’est pas imposé aux enfants avant la puberté pour le garçon, par l’émission de sperme, pour la fille, par l’apparition des menstrues. Une fois pubères, les obligations religieuses leur incombent pleinement.Parmi les immenses mérites de ce mois figure la parole du Prophète (paix et salut sur lui) : « Celui qui veille (en prière) pendant Ramadan avec foi et en recherchant la récompense verra ses péchés passés pardonnés ». Ainsi, Ramadan constitue véritablement une école annuelle de repentance et de renouveau spirituel.

Quelles sont les choses qui annulent le jeûne et exigent une expiation (kaffâra) ?

Le jeûne est annulé, durant la journée de Ramadan, par le fait de manger ou de boire volontairement, les rapports conjugaux, les attouchements ou baisers avec désir entraînant une émission de sperme, le vomissement provoqué volontairement. Celui qui rompt volontairement son jeûne par nourriture, boisson ou rapport sexuel doit rattraper le jour (qadâ’) et accomplir l’expiation. Dans l’école malikite, l’expiation consiste principalement à nourrir soixante pauvres, à raison d’un mudd (mesure prophétique) pour chacun. Il est également permis de jeûner deux mois consécutifs. Celui qui rompt son jeûne par erreur d’interprétation ou par ignorance n’a pas d’expiation à accomplir, mais doit seulement rattraper le jour. Quant à celui qui mange ou boit par oubli, il ne commet pas de péché, mais doit rattraper le jour lorsqu’il s’agit d’un jeûne obligatoire.

Quelles sont les principales dispenses prévues par la loi religieuse ?

Selon l’école malikite, certaines choses sont permises et n’annulent pas le jeûne. L’usage du siwâk (cure-dent) tout au long de la journée, de préférence sec. La saignée (hijama), à condition qu’elle n’entraîne pas une faiblesse excessive. Le fait d’être en état d’impureté majeure (janâba) à l’aube et de se laver après le fajr. Le retard de la prière constitue un péché, mais le jeûne reste valide. La femme devenue pure avant l’aube et ayant formulé l’intention de jeûner : son jeûne est valide même si elle se lave après l’aube. Le vomissement involontaire, qui n’exige pas de rattrapage.

Qu’est-ce qui peut dispenser un croyant du jeûne ?

Parmi les dispenses, il y a le voyageur effectuant un déplacement permettant de raccourcir la prière, il peut rompre son jeûne, même sans difficulté particulière, mais devra rattraper le jour. Toutefois, jeûner reste préférable en l’absence de gêne selon l’avis malikite. Le malade peut rompre son jeûne et devra rattraper les jours manqués. La femme enceinte, si elle craint pour son fœtus, peut rompre sans obligation de nourrir un pauvre selon l’avis dominant. La femme allaitante, si elle craint pour son enfant et ne trouve personne pour le remplacer, peut rompre et doit nourrir un pauvre pour chaque jour. La personne âgée incapable de jeûner est recommandée de nourrir un pauvre pour chaque jour. Celui qui retarde le rattrapage jusqu’à l’arrivée d’un nouveau Ramadan doit nourrir un pauvre pour chaque jour, en plus du rattrapage.

Quels sont vos conseils pour un jeûne correct et complet ?

Le jeûne ne consiste pas seulement à s’abstenir de nourriture et de boisson. Il implique aussi la préservation des membres. Le jeûneur doit préserver sa langue des paroles futiles et de la médisance, baisser son regard face à l’illicite, éviter les attouchements et baisers avec désir durant la journée, hâter la rupture du jeûne, retarder le repas du suhoûr, multiplier les prières nocturnes et respecter la sacralité du mois.

Quelle est l’importance de la prière des tarâwîh (nocturne) ?

La prière nocturne de Ramadan fait partie des plus grands rites du mois. Le Prophète (paix et salut sur lui) a dit : « Celui qui veille (en prière) pendant le Ramadan avec foi et en recherchant la récompense verra ses péchés passés pardonnés ». Les premières générations priaient vingt unités de prière (rak‘ât), puis concluaient par trois unités de Witr. Par la suite, certains ont porté le nombre à trente-six en dehors du Shaf‘ et du Witr. Tout cela est permis, en saluant toutes les deux unités.Il est rapporté d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) que le Prophète n’a jamais dépassé douze unités en Ramadan ni en dehors, auxquelles s’ajoute le Witr (soit treize unités). Cette narration est connue au Sénégal, où l’école malikite est largement adoptée, suivant l’enseignement de l’imam Malik ibn Anas. L’essentiel demeure la recherche du recueillement, de la sincérité et de la présence du cœur dans la prière.

Mamadou Lamine CAMARA