CANCER AU SÉNÉGAL: Dakar et Thiès concentrent 41% des cas
La Journée mondiale de lutte contre le cancer a été célébrée, hier, au Sénégal. Une occasion saisie par le Directeur général de la Santé pour lancer un appel pressant à une mobilisation accrue contre cette maladie devenue particulièrement préoccupante, avec près de 41% des cas concentrés dans les régions de Dakar et de Thiès.
La situation du cancer au Sénégal suscite une vive inquiétude. Selon les données du Centre international de recherche sur le cancer, le pays enregistre chaque année environ 11 841 nouveaux cas, pour plus de 8 000 décès. Les cancers du col de l’utérus, du sein, du foie, de la prostate et de l’estomac figurent parmi les plus fréquents.
Présidant la cérémonie officielle marquant cette journée mondiale, le Directeur général de la Santé, Dr Ousmane Cissé, a tiré la sonnette d’alarme. Il a souligné que la relance du registre national du cancer en 2022 permet désormais de disposer de données plus fiables pour mieux cerner l’ampleur de la maladie et orienter efficacement les politiques publiques. Une collecte rétrospective menée entre 2024 et 2025 dans 32 structures publiques et privées a permis d’analyser plus de 30 000 cas, confirmant une forte prévalence de certains cancers, notamment ceux du sein, du col de l’utérus et de la prostate.
« Ces données révèlent également des disparités régionales importantes, avec près de 41% des cas concentrés dans les régions de Dakar et de Thiès. Cela souligne la nécessité de renforcer l’accès aux soins et au dépistage sur l’ensemble du territoire national », a-t-il indiqué, avant, face à cette urgence sanitaire, d’annoncé l’élaboration d’un Plan national de lutte contre le cancer 2025-2029, axé sur la prévention, le dépistage précoce et l’amélioration de la prise en charge.
Cette stratégie s’inscrit dans la vision de l’Agenda national de transformation systémique Sénégal 2050 et de la Stratégie nationale de développement 2025, qui ambitionnent un développement endogène, durable et équitable, fondé sur la souveraineté économique et sanitaire.Pour le Directeur général de la Santé, la lutte contre le cancer participe pleinement à cet objectif.
Il s’agit, selon lui, de garantir à chaque Sénégalais un accès équitable aux services de santé, à travers la décentralisation des services de cancérologie et le rapprochement des soins des populations.« La prévention demeure essentielle.
De nombreux cancers peuvent être évités grâce à la sensibilisation, à l’adoption de comportements favorables à la santé et à la mise en œuvre de programmes de dépistage efficaces. Nous devons renforcer le plaidoyer, mobiliser les acteurs et sensibiliser davantage les communautés. J’invite à reconnaître et à valoriser chaque expérience face au cancer, celle des patients, des proches, des soignants tout en promouvant la solidarité et le soutien collectif », a-t-il recommandé.
Pour lui, la lutte contre le cancer est une responsabilité collective.Le gros problème de rupture des médicamentsDe son côté, le Secrétaire général de la Ligue sénégalaise contre le cancer (LISCA) a attiré l’attention sur les ruptures récurrentes de médicaments anticancéreux observées ces derniers temps. Pour Mansour Niang, ces difficultés sont étroitement liées à la continuité des soins, notamment en matière de disponibilité des médicaments et de la radiothérapie.
« Il y a des efforts importants qui doivent être faits sur les ruptures de médicaments sur tous les anticancéreux. Au-delà même des anticancéreux, vous avez globalement des ruptures de médicaments sur plusieurs types de pathologies. Aujourd’hui, que ce soit l’État, la Pharmacie nationale d’approvisionnement (PNA), il faut qu’on s’organise et trouver des solutions.
Parce qu’il y a des médicaments qui sont gratuits du fait de cette subvention de la chimiothérapie », a-t-il plaidé.Il a par ailleurs invité les autorités à engager des discussions avec le secteur privé afin d’anticiper les situations de pénurie lorsque les stocks atteignent un seuil critique, pour garantir la disponibilité et l’accessibilité des médicaments.
« Un privé n’achètera pas des médicaments qui sont distribués gratuitement. Donc, cela peut être des solutions pour pouvoir régler ces problèmes de rupture. Il faut qu’on puisse s’organiser en termes de prévision et avoir des seuils critiques et pouvoir réagir très rapidement. Nous avons des malades aujourd’hui qui courent un peu dans toutes les pharmacies de Dakar pour faire le point sur certains types de produits. Et c’est quelque chose qui est très difficile à supporter pour certains. Ce n’est pas qu’une question de soins. C’est une question d’accompagnement, de soins, de supports », a-t-il déploré.
Viviane DIATTA

