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CAN 2025- LE MALI ENFERME DANS SON PROPRE PLAN: Le « Haram Ball » rattrapé par ses limites

Face à un Sénégal supérieur et maître de son tempo (0-1), le Mali a vu son projet pragmatique atteindre ses limites en quart de finale de la CAN 2025. Trop restrictif, trop rugueux et plombé par une indiscipline récurrente, le « Haram Ball » de Tom Saintfiet n’a pas résisté à l’exigence du très haut niveau.

TANGER, Maroc (Envoyé spécial) – Le tournant du match intervient dans les arrêts de jeu de la première période. Yves Bissouma, déjà averti pour une intervention en retard sur Sadio Mané (23e), reçoit logiquement un second carton après avoir fauché Gana Gueye (45e+3). Une exclusion qui résume, à bien des égards, son tournoi.

En manque de rythme après une saison quasi blanche à Tottenham, le capitaine malien a cherché à compenser par l’impact et l’agressivité, au détriment de la lucidité. Déjà auteur d’un tir au but manqué contre la Tunisie en huitième de finale, il a cette fois laissé son équipe à dix au pire moment.Cette expulsion s’inscrit dans une tendance lourde.

Avec trois cartons rouges dans la compétition, après Woyo Coulibaly face à la Tunisie et Amadou Haidara contre les Comores, le Mali égale le record sur une même édition, détenu jusque-là par l’Algérie (2010) et le Ghana (2012). Depuis la CAN 2021, les Aigles cumulent cinq exclusions. Trop pour nourrir de réelles ambitions.Sur le plan tactique, le « Haram Ball » a également montré ses limites.

Fidèle à son credo, Tom Saintfiet a reconduit son dispositif avec cinq milieux à vocation défensive pour soutenir le seul Lassine Sinayoko. Isolé, l’attaquant a tenté d’exister en début de rencontre avant d’être peu à peu absorbé par le bloc sénégalais. Privé de véritables créateurs, le Mali a renié son identité et s’est condamné à vivre d’éclairs.

Paradoxalement, comme face à la Tunisie, les Aigles ont semblé plus entreprenants à dix contre onze, avec notamment l’entrée en jeu de Nene Dorgeles qui a apporté du mouvement, sans toutefois parvenir à revenir au score. En réponse aux critiques sur l’approche jugée trop prudente de son équipe, Tom Saintfiet a tenu à défendre la cohérence de son projet sur l’ensemble de la compétition.

Le sélectionneur malien a rappelé que le Mali n’avait jamais renoncé à jouer, s’appuyant sur des statistiques de possession élevées dès le premier match (72%), puis contre les Comores (près de 70%), et sur une domination assumée par séquences, notamment face au Maroc en seconde période. Il a également souligné que les scénarios défavorables (expulsions répétées, longues périodes à dix contre onze, décisions arbitrales contestées) avaient largement conditionné l’animation offensive des Aigles.

Selon lui, le Mali voulait attaquer, comme en témoignent les larges succès en qualifications, mais a dû adapter son ambition à des contextes de match contraignants. Une ligne de conduite qu’il assume, estimant que son équipe est restée compétitive jusqu’au bout, sans jamais sortir de son tournoi.

Éliminé une nouvelle fois en quart de finale, le Mali quitte la CAN avec un sentiment d’inachevé. Courageux, disciplinés par séquences, les Aigles n’ont jamais vraiment fait douter un Sénégal serein. Le « Haram Ball » aura permis de résister. Pas de renverser.

Mouhamed DIEDHIOU