QUAND LES « PAPYS » DE LA TANIÈRE FRAPPENT ENCORE AU BON MOMENT: Sadio Mané, l’éternel recours des Lions
À 33 ans, Sadio Mané continue de défier le temps et les procès en déclin. Buteur samedi face à la RD Congo dans le choc du groupe D, le numéro 10 des Lions a livré bien plus qu’un simple but : une leçon de leadership, d’abnégation et de longévité. Dans une CAN où l’expérience compte double, l’enfant de Bambali a rappelé que les cadres savent toujours répondre présent quand l’histoire l’exige.
TANGER, Maroc (Envoyé spécial) – Il y a des joueurs qui vieillissent, et d’autres qui apprennent à durer. Sadio Mané appartient clairement à la seconde catégorie. Face aux Léopards, dans un match âpre, verrouillé, presque étouffant, l’attaquant sénégalais a su surgir au moment clé pour remettre son équipe sur les rails. Un but, certes, mais surtout une présence constante, un poids psychologique énorme sur la défense congolaise et une implication de tous les instants.
À 33 ans, Mané n’est plus le feu follet insaisissable de Liverpool version 2019. Il le sait, le Sénégal aussi. Mais il demeure ce joueur des grands rendez-vous, celui qui sent le tempo d’un match et qui sait quand accélérer, quand temporiser, quand haranguer. Samedi, il a été dans tous les bons coups, multipliant les appels, les replis défensifs et les gestes justes, comme s’il était en mission.
53e but en sélection, 10e en CAN, 300e en carrière
Ce but inscrit contre la RD Congo n’est pas anodin sur le plan statistique. Il s’agit de son 10e but en Coupe d’Afrique des nations, une barre symbolique qui le place parmi les références du continent au 21e siècle. Seuls Samuel Eto’o (18), Didier Drogba (11) et Patrick Mboma (11) font mieux.
Mané rejoint ainsi Kalusha Bwalya, Santos, Joël Tiéhi, André Ayew ou encore Pierre Ndaye Mulamba. Et se retrouve à une seule unité de Drogba, Mboma et Hossam Hassan à la 5e place du classement des meilleures de l’histoire de la CAN. Des noms qui racontent l’histoire du football africain.Il réussit ainsi la grosse performance de marquer lors de 5 éditions de CAN d’affilée (2017, 2019, 2021, 2023 et 2025, la toute première en 2015 ayant été « blanche »). Sadio totalise désormais 10 buts, 6 passes décisives et un penalty provoqué en 24 matchs joués. Plus fort encore, l’attaquant d’Al-Nassr a inscrit, ce samedi, son 53e but en sélection, le 300e de sa carrière professionnelle, lui qui a débuté chez les pros en 2011.
Une longévité exceptionnelle, reflet d’une hygiène de vie, d’une exigence personnelle et d’un mental hors normes. L’homme le plus efficace de l’histoire des Lions continue d’écrire, presque en silence, des lignes majeures de son parcours.Sous les ordres de Pape Thiaw, Mané reste l’offensif le plus décisif et le plus fiable de l’effectif. Avec 9 buts, il est le meilleur buteur du Sénégal sous cette ère, mais aussi de l’histoire (53 buts). Et au-delà des chiffres, son influence est palpable. Après l’égalisation, on l’a vu presser, communiquer, réclamer le ballon pour relancer rapidement le jeu, comme pour refuser toute forme de résignation.
Le temps passe, l’instinct demeure
Annoncé vieillissant, parfois contesté, il aura pourtant été le joueur le plus remuant du secteur offensif. Son état d’esprit a marqué les esprits avec une disponibilité permanente, solidarité défensive, leadership assumé. Un modèle de courage et de professionnalisme, à l’image d’autres cadres comme Idrissa Gana Gueye ou Kalidou Koulibaly, eux aussi précieux depuis le début de la compétition.Homme du match, Mané est resté fidèle à lui-même en conférence de presse, préférant le collectif à la mise en avant personnelle.
« Dans l’ensemble, on méritait de gagner. Malheureusement, on n’a pas su concrétiser toutes nos occasions. En face, c’était une bonne équipe du Congo, très compacte », a-t-il analysé avec lucidité. Avant de temporiser : « C’est bon de se cacher, parce qu’il y a beaucoup d’euphorie autour de l’équipe. Maintenant, on se tourne vers le Bénin ».
À l’aube de ce qui pourrait être sa sixième et dernière CAN, Sadio Mané fait taire les critiques et balaie le débat sur sa place de titulaire. Loin d’être « finito », l’enfant de Bambali a encore de l’énergie à revendre. Et tant que les grands soirs existeront, il y aura certainement toujours un Mané pour y répondre.
Mouhamed DIEDHIOU

